lundi 2 avril 2012

Une critique de Noir Karma de Stefán Mani par Jean-Marc Laherrère

Stefán Máni par Jean-Marc Laherrère : Le bad boy du polar islandais

"Ceux qui croyaient connaître le polar scandinave en général, et le polar islandais en particulier à partir d’Indridason et Thorarinson (excellents au demeurant) avaient pris une grosse douche froide en découvrant Noir océan de Stefán Máni. Une douche froide et salée … Ceux d’entre vous qui sont prêts à prendre la deuxième couche peuvent se plonger dans Noir karma, le second roman traduit de cet islandais pour le moins étonnant. 
 
 
Mani
Stefán a débarqué à Reykjavík depuis sa province avec son appareil photo et l’ambition de devenir photographe de groupes de rock. Il se retrouve barman au Blúsbar, un rade pas vraiment flamboyant. Heureusement pour ses finances le videur de ce bouge trafique et le met rapidement au parfum. Tout va pour le mieux, jusqu’à ce que ses employeurs commencent à avoir des ambitions, et décident de provoquer le caïd de la ville. C’est alors l’enfer se déchaine. 

Ceux qui ont donc découvert Stefán Máni avec Noir océan se doutent que ce n’est pas à une bluette qu’il nous invite ici.  

Au son d’une BO fracassante (AC/DC y fait figure de groupe de balades sentimentales), pied au plancher, le lecteur plonge avec le narrateur, un brin naïf, dans un tourbillon de drogue, de violence et de mort. Os et têtes fracassés, tabassages en tous genre, mutilations … ça saigne, ça cogne, ça hurle, sa baise à tout va pendant presque 600 pages.

On pourrait se lasser. Il n’en est rien. L’énergie phénoménale de l’écriture, les truands tellement bêtes et tellement méchants, et l’humour grinçant dû au regard décalé d’un narrateur plutôt crétin mais pas aussi gentil qu’on peut le croire au début, font qu’on ne voit pas le temps passer et qu’on en redemanderait bien une louche.

Comme dans son précédent roman, Stefán Máni jongle en virtuose avec les temps du récit, campe des affreux particulièrement réussis et nous plonge dans un maelstrom de violence et de bêtise. Il ajoute ici l’humour, retire le soupçon de fantastique qui en avait peut-être gêné quelques-uns dans le premier roman, mais garde son talent pour les fins bien abominables …

En bref, ça secoue et c’est bon." Jean-Marc Laherrère

Stefán Máni / Noir karma (Svartur á leik, 2004), Série Noire (2012), traduit de l’islandais par Eric Boury.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai hate de le lire ! le premier m'a bouleversée, un véritable chef d'oeuvre

clem2381 a dit…

Ravie d'avoir fait votre connaissance aux Quais du polar!
Ce "Noir Karma" est vraiment spécial et déroutant, une autre image de l'Islande qu'Arnaldur nous donne, et celle-là fait bien moins envie...

clem2381 a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Eric Boury a dit…

Merci Clem! C'est drôle car j'ai rencontré tant de gens à Lyon que je peine à mettre un visage et un nom sur votre pseudonyme. Tant pis pour ma curiosité naturelle!

clem2381 a dit…

Je vous ai fait dédicacer les livres d'Arnaludur et un d'Arni, dimanche vers 12h! ;)

Eric Boury a dit…

Ah, d'accord, là, je vois qui vous êtes!!

Stéphanie a dit…

Bonjour,
Je viens de terminer Noir Karma, et je voulais vous féliciter d'avoir baigné dans cet univers ultra glauque et violent de quasiment 600 pages pour nous le traduire...
Pour être honnête, j'ai tout de même trouvé Noir Océan plus réussi. Les personnages de Noir Karma me semblent plus caricaturaux, mais après tout je ne connais pas ce milieu (et heureusement j'ai envie de dire...)
Voilà !