mardi 22 mars 2011

Article de Sjón dans Le monde des Livres

A l'occasion du Salon du Livre consacré aux littératures nordiques, Le Monde a consacré son cahier littéraire du jeudi 17 mars à ce thème. Un peu de lecture...

SALON DU LIVRE DE PARIS 2011 - LITTÉRATURES NORDIQUES

Je m'écris cette lettre...

LE MONDE DES LIVRES | 17.03.11

On dit des habitants des pays nordiques, des Islandais surtout, qu'ils sont incapables de répondre à une question sans raconter une histoire. La mise en mots d'une réflexion philosophique leur étant étrangère, ils pensent qu'un récit de bonne facture et bien dit recèle tout à la fois l'idée, la critique et la conclusion. Mais pourquoi ne pas s'amuser en confiant tout cela à une histoire où l'amour de l'humanité se mêle à un humour un peu sec et à la dépression hivernale, fondateurs de ces sociétés ?

*

J'étais récemment au Danemark, à Rungstedlund, où l'écrivaine Karen Blixen habita après son retour d'Afrique et jusqu'à sa mort. J'étais là pour me faire photographier avec un objet lui ayant appartenu, et que j'avais vu un an plus tôt, alors que j'étais invité avec d'autres auteurs par l'académie danoise. Ce jour-là, on nous avait fait visiter la maison et, comme elle était fermée au public, nous pouvions accéder aux pièces d'ordinaire interdites aux touristes : la chambre à coucher incroyablement spartiate aux murs entièrement lambrissés qu'occupait la baronne, ainsi que son bureau empli de lumière, orné de fleurs cueillies dans le parc et de sagaies rapportées d'Afrique. Dans ce bureau, j'ai noté, entre autres choses, que se trouvaient mis à l'honneur, sur les bibliothèques, les principaux romans du Prix Nobel de littérature islandais, Halldór Laxness, ainsi qu'un choix de sagas islandaises ; cela soulignait l'admiration déclarée de Karen pour ces oeuvres.
Alors que je franchissais le seuil, je remarquai un objet qui me sembla à première vue être un grand javelot blanc, dans le coin derrière le poêle noir qui avait réchauffé la conteuse de génie quand elle écrivait, dans les hivers glacés du détroit de l'Øresund, comme une magicienne occupée à façonner ses anecdotes du destin - tel le sublime Festin de Babette. Toutefois, l'objet posé contre le mur blanc n'était pas un javelot arrivé là, depuis le sud du monde, au terme d'un long périple, mais une gigantesque corne de narval. Le hasard avait voulu que, plus tôt ce jour-là, dans le salon de la baronne de Blixen, j'avais lu à voix haute le chapitre d'un roman décrivant la découverte d'une défense de narval, quatre cents ans plus tôt, par un poète islandais autodidacte et un recteur d'université danois.
Quelques mois plus tard, je revins donc à Rungstedlund afin d'y être photographié avec cette pièce de collection autrefois convoitée par les rois et les papes, et qui, moulue et mélangée à de l'esprit de vin, était considérée comme détenant un pouvoir de guérison supérieur à celui de tous les élixirs du monde ; du reste, les gens croyaient que cette corne appartenait à l'animal mythique capable de faire trembler la terre, et que seules les vierges les plus pures pouvaient amadouer ; en résumé, elle provenait du front d'une licorne.
On considère comme établi que ceux qui vendaient ces cornes aux cours royales et aux cathédrales d'Europe étaient des Islandais demeurant en Islande ou au Groenland - avec le profit tiré de l'illusion qu'ils entretenaient, ils auraient financé l'écriture et la facture des sagas islandaises. Dans le bureau de Karen Blixen, je sentais sur ma paume le contact de cet objet qu'elle avait possédé, et il me semblait caresser l'essence du lien entre les littératures nordiques.
*

Petit, j'écrivais parfois des lettres dont j'étais le destinataire. Lors de mon déménagement, l'été dernier, j'en ai retrouvé une, écrite alors que je devais avoir 8 ou 9 ans, au fond d'une boîte abritant divers objets de mon enfance. Sur une enveloppe faite maison est tracé un timbre avec le dessin d'une sterne arctique, mon oiseau préféré, un drapeau islandais sur un mât et les mots "par avion", que je ne comprenais évidemment pas, mais que j'avais vus sur toutes les lettres intéressantes qui arrivaient à notre domicile. L'adresse inscrite témoigne de l'état de ma connaissance du monde à l'époque :

Sigurjón B. Sigurðsson
Kleppsvegur 120
Reykjavík
Islande
Pays nordiques
Europe
Terre
Système solaire
Voie lactée
Univers

Et, bien que l'écriture enfantine montre clairement qu'il n'y avait pas derrière ce certificat d'autre autorité que celle de votre serviteur, ce document confirme que je percevais comme un privilège le fait de voir écrit noir sur blanc que je n'étais pas seulement un habitant de l'île d'Islande, mais également de cette autre île qu'on nomme Terre. C'était une étape importante que de me percevoir en tant que partie d'un tout plus vaste que cette île boréale - laquelle me plaisait bien, même si j'avais conscience qu'elle n'était pas immense - et c'était là une tentative pour me définir en tant que participant dans la machinerie du monde.

A l'époque où cette lettre avait été "envoyée", j'ai découvert une chose qui, plus tard, m'influencerait beaucoup en tant qu'écrivain : un recueil de contes populaires islandais, trouvé dans la bibliothèque de ma grand-mère. S'est alors ouvert à moi un monde qui ne tendait pas vers l'extérieur, mais vers l'intérieur. L'intérieur d'une expérience particulière vécue par ceux qui habitaient mon pays longtemps avant moi, un univers mental façonné par leur expérience, et qui engendrait des histoires d'elfes et de monstres aquatiques, de pierres magiques et d'herbes médicinales, de pasteurs stupides et de fantômes prompts à la répartie. A cette lecture, je me reconnaissais sincèrement comme un descendant de ceux qui vivaient dans ces contes et me disais que mon adresse s'arrêtait au mot : "Islande".

Puis, à l'adolescence, j'ai découvert l'avant-garde européenne et, pendant de longues années, les idées des surréalistes m'ont beaucoup séduit. A cette époque, je me disais que mon adresse allait décidément jusqu'au mot "Europe", reconnaissons que je n'accordais guère de place à la littérature populaire de mon pays. Ce que je ne soupçonnais toutefois pas, dans l'ivresse de ma révolte, c'est qu'en réalité on m'avait envoyé parcourir le monde - comme n'importe quel nigaud de conte de fées - pour que je puisse m'y forger de nouveaux outils d'écriture et mieux travailler avec le seul matériau qui s'offre à un écrivain né dans une petite société : les histoires des siens.

Mais afin de pouvoir conter ces histoires pour qu'elles sonnent comme neuves et vraies aux oreilles de ceux qui les lisent et les écoutent, où qu'ils soient dans le monde, je dois recourir aux outils rapportés de mon expédition à mon retour en Islande, peu importe que ces artifices littéraires puissent paraître inattendus, rétifs, voire inappropriés.

M'efforçant ainsi de permettre la rencontre de traditions nationales et de nouveautés étrangères, j'espère pouvoir enfin gagner le droit de voir mes livres, ces missives que je continue de m'écrire à moi-même, s'arrêter à l'adresse qui est notre destination finale à tous : "Terre", l'île dans l'océan de l'Univers.


(Traduit de l'islandais par Eric Boury.)


Dernier ouvrage paru : "De tes yeux, tu me vis" (Rivages).

mercredi 16 mars 2011

Avant le Salon du livre.

Je passerai la fin de semaine au Salon du livre de Paris, consacré aux littératures nordiques. Quarante auteurs, venus des cinq pays nordiques sont invités et d'autres seront présents, avec leurs éditeurs français, en marge du Salon.

Quatre écrivains islandais sont à l'honneur : Auður Ava Jónsdóttir, Jón Kalman Stefánsson. Steinunn Sigurðardóttir et Árni Þórarinsson. Découvrez ici L'ensemble des auteurs nordiques du salon. Un autre Islandais, Steinar Bragi, sera également présent, à l'occasion de la publication de son premier roman, aux Editions Métailié, dans la traduction de Henrý Kiljan Albansson. Ici, une présentation de l'oeuvre: Installation de Steinar Bragi et là, un article paru sur le site de la revue des ressources :  L'Islande déshumanisée de Steinar Bragi

De mon côté, je dois signaler la parution (avec la même couverture que la version brochée) en format poche chez Rivages de Sur la paupière de mon père de Sjón, dont un article traduit par mes soins paraîtra demain dans le Monde des livres. Sur la paupière de mon père a eu un petit article dans le Télérama de cette semaine.  Je le mettrai ici plus tard.

Quant à Jón Kalman Stefánsson, son "Entre ciel et terre" est paru en collection Folio ce mois-ci et je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir la couverture, belle et évocatrice.  :


Et Arnaldur Indriðason alors? Eh bien, son dernier livre, La rivière noire, paru en février aux Editions Métailié a bénéficié d'un certain nombre d'échos élogieux dans la presse dont un article de Martine Laval et quatre étoiles dans le Télérama de cette semaine. C'est ici : La rivière noire d'Arnaldur Indriðason, critique par Martine Laval.

A lire également, à propos du Cent portes battantes aux quatre vents de Steinunn Sigurðardóttir, traduit chez Heloïse d'Ormesson par Catherine Eyjólfsson : La critique de Christine Ferniot, de Télérama et un article de Steinunn elle-même, traduit également par Catherine, dans Le Magazine Littéraire

J'en oublie, c'est sûr...

vendredi 11 mars 2011

De tes yeux, tu me vis, critique du livre de Sjón dans Libération par Eric Loret :


ARTICLE PARU DANS LIBERATION LE 10 FEVRIER 2010.

Boue, y es-tu ?

Critique

Un déporté juif évadé et un petit garçon d’argile... La création du Golem revisitée par un ancien guitariste de Björk       Par ERIC LORET

Certains quadragénaires connaissent déjà Sjón ailleurs que dans un livre. On l’a vu sur scène vers la fin des années 80, aux côtés de Björk, quand elle n’était qu’un morceau de sucre. Sigurjón B. Sigurðsson (de son nom complet) jouait à l’époque de la guitare invisible, et il écrivait déjà les textes de certaines de ses chansons. De tes yeux, tu me vis a été publié en 1994, ce qui le place, dans la chrononologie de l’univers sjónien, avant la Paupière de mon père (réédité en Rivages poche). Certains connaissent déjà Léo Löwe, le héros de ces deux romans, puisque c’est le nom du rabbin qui, selon le mythe, fabriqua le Golem. Löwe est ici un Juif allemand échappé du camp de Theresienstadt et transportant avec lui un petit garçon d’argile à qui il tente d’insuffler la vie. Si la Paupière… racontait ses tribulations d’exilé en Islande, De tes yeux, tu me vis se réfère au psaume 139 («De tes yeux, tu me vis, alors que je n’étais qu’une ébauche informe») et expose la création du Golem, lequel devient pour l’occasion le narrateur du livre.
Lutins. Le point de vue d’un tas de boue, c’est pas mal. Aussi confus qu’onctueux : «Et quand il ne leur resta plus qu’à border la jeune fille dans le livre, à la napper de lait et de pain, à poser le matelas sur le secrétaire afin qu’elle puisse lire tandis qu’elle mangerait quelques allumettes et qu’elle se désaltérerait avec un peu de cire chaude, ils avaient eu tout le loisir d’examiner le malheureux qui dormait comme un ange malgré tout ce vacarme.» Sjón ne s’amuse pas systématiquement à tout caramboler, mais il joue beaucoup de ce stade oral propre au conte, où toute chose et tout mot sont bons à manger. Son récit se déroule dans une cache, une chambre mystérieuse dérobée entre deux cloisons aveugles au sommet d’une auberge de Basse-Saxe, la pension Vrieslander. Là, deux hommes ont confié à Marie-Sophie la garde d’un jeune homme traumatisé. Elle tente de le nourrir, de lui parler, mais il reste plus ou moins inerte sous ses couvertures jusqu’à la toute fin du livre. Sjón développe leur histoire d’amour dans une sorte de naturalisme apprivoisé, où les gargouillis des corps blessés, la scatologie transforment la chambre en étable à lutins, du moins dans l’imagination de la jeune fille.
Le conte, c’est aussi la longue focale. Ce qui s’y passe est à distance, en modèle réduit, dans un décor qui nécessite une vraie-fausse façon de faire vivre lieux et personnages. Dès le début, plusieurs univers déploient leurs espaces-temps sur des plans différents, de la même façon que l’histoire de Marie-Sophie et Léo est imperméable à ce qui se passe dans le reste de l’auberge et de la ville - même si les disputes entre Marie-Sophie et son petit ami Karl, ses discussions avec sa patronne folle ou ses hallucinations en constituent justement le double-fond. Le narrateur, devenu géant et atemporel, explore comme un Gulliver les amours de ses parents, en commençant par soulever le toit de l’hôtel sans que cela en gêne les pensionnaires. Il est accompagné d’un interlocuteur ayant tout l’air d’un ange gardien, mais traité sauce bourgeoise, plus inquiet de l’heure du dîner que de questions divines.
«M. le maudit». Le geste gigogne qui modèle De tes yeux, tu me vis inclut encore des récits de rêves, des relectures (où l’on reconnaît aussi bien M. le maudit de Lang que des flashes d’heroic fantasy) et Sjón adore en outre sauter du récit au théâtre entre deux séquences : «La lecture est un peu comme un rêve», conclut son innocente héroïne.
Il faut toute cette bonne humeur pour faire passer un sujet finalement pas tellement jouasse. Car dans cette fantaisie, les relations ne se passent jamais et des fantômes d’hommes composés «des organes et des membres, détachés des cadavres en putréfaction sur les champs de bataille» ne cessent d’errer, engendrés «par l’insatisfaction des femmes à partir des restes des hommes qu’elles avaient aimés, et perdus».

dimanche 30 janvier 2011

La rivière noire, Arnaldur Indriðason et autres informations...


Le prochain livre d´Arnaldur Indriðason, La rivière noire, (Myrká) paraît aux Editions Métailié le 2 février... C'est Elinborg qui mène l'enquête, je n'en dirai pas plus ici, pour l'instant. Pour ceux qui n'ont pas vu l'article paru dans Libération cet été sous la plume de Sabrina Champenois, voici ce texte : Reykjavík, Plus au Nord, tu meurs, par Sabrina Champenois


Le même jour, 2 février, paraît chez Rivages un troisième livre de Sjón, De tes yeux, tu me vis (Augu þín sáu mig) est une merveille de poésie de d'inventivité narrative. Pour ceux qui aiment les jeux de cache-cache avec le lecteur, les digressions permanentes qui mènent à un but précis et autres joyeuses loufoqueries. Je me suis régalé à le traduire au début de l'été dernier, j'espère que quelques lecteurs se régaleront à le lire. C'est un livre à la fois drôle et grave.

Ici, la présentation de l'éditeur :
De tes yeux, tu me vis, Sjón, Payot & Rivages 


Et pour l'heure... Depuis le 21 décembre, le traducteur traduit, traduit, traduit Jón Kalman Stefánsson. C'est la suite d'Entre ciel et terre, il y neige beaucoup, le vent souffle, le froid pique et c'est un régal! Le style de ce second volet est à la hauteur du premier... Le livre paraîtra chez Gallimard en septembre. 

LE SALON DU LIVRE 2011

Jón Kalman Stefánsson est invité au Salon du Livre, de même qu'Árni Þórarinsson (Le temps de la sorcière, Le dresseur d'insectes et Le septième fils, Métailié) et deux autres auteures islandaises : Auður Ava Ólafsdóttir (Rosa Candida, chez Zulma, traduit par Catherine Eyjólfsson) et Steinunn Sigurðardóttir (Le Cheval soleil et Cent portes battantes aux quatre vents, Editions Héloïse d’Ormesson, tous deux traduits par Catherine Eyjólfsson ). Voilà pour les Islandais, mais seront en tout présents 40 auteurs nordiques.  

Salon du Livre de Paris, Edition 2011.

Et maintenant, il est temps pour moi de retourner à ma tempête de neige et à la beauté du texte de Jón Kalman.  

samedi 25 décembre 2010

Noël

Depuis quelques jours, je travaille sur la traduction  de Harmur englanna de Jón Kalman Stefánsson. C'est la suite d'Entre ciel et terre, et c'est aussi beau.  

 Parfois, la littérature contamine le réel, voilà qui plairait à plus d'un Islandais de ma connaissance. Quelque part, un homme écrit un livre envahi par la neige, un autre homme le traduit dans un autre pays et subitement, il se met à neiger là où, habituellement, il ne neige pas.

mercredi 8 décembre 2010

Noir Océan de Stefán Máni



Noir Océan (Skipið) de Stefán Máni, publié dans la Série Noire chez Gallimard a été sélectionné parmi les 20 meilleurs romans de l'année par le magazine LIRE.

Noir Océan, par Stefán Mani.
La page ci-dessus comporte également des liens vers deux critiques :

Sur l'Atlantique avec Stefán Máni.

Noir Océan, par Stefán Máni

mercredi 1 décembre 2010

Le blog de Martine Laval

Le texte de mon intervention à l'ambassade d'Islande est maintenant sur le blog de Martine Laval, journaliste à Télérama : Lectures buissonnières. Merci à elle!

dimanche 28 novembre 2010

Emission de France 3 Basse-Normandie sur le Festival des Boréales

Les Boréales à en perdre le Nord.

Reportages et interviews (littérature, musique, danse, etc.) sur le festival des Boréales dont la 19ème édition vient de s'achever...

En cours : correction de copies - la routine ! - rédaction d'un article sur la langue islandaise pour le Magazine Littéraire et relecture des épreuves finales du prochain livre de Sjón, De tes yeux, tu me vis, à paraître chez Rivages en février-mars 2011, je ne me priverai pas pour en dire quelques mots ici, le moment venu.
Pour l'heure, Mozart me transporte avec ses Noces et sa Flûte dans les versions de René Jacobs... et j'ouvre par moments au hasard René Char qui est, lui aussi, une excellente compagnie en ce dimanche glacial. Il est urgent de lire cet homme qui confiait être "pressé d'écrire". 

jeudi 25 novembre 2010

Transformer sans déformer

Le texte qui suit est la transcription de mon intervention intitulée "Transformer sans déformer" à l'ambassade d'Islande, le samedi 21 novembre 2010. 

"Que font les traducteurs ? Leur travail consiste à réécrire, le plus souvent dans leur langue maternelle, une œuvre qu’un auteur a conçue dans une langue étrangère. Formulée ainsi, la chose paraît extrêmement simple. Au risque de décevoir bien des gens, un traducteur n’est toutefois pas un écrivain ; les textes qu’il recréée, qu’il réécrit ne sont pas nés de son imaginaire et pourtant, il passe une bonne partie de sa vie plongé dans un paradoxe : il assemble des mots qui sont exclusivement les siens et, dans le même temps, appartiennent tout aussi exclusivement à un autre… Il est l’ombre de cet autre, une ombre qui s’efforce de transférer une œuvre rédigée dans une autre langue, un texte produit dans un univers mental et culturel spécifique et qui, s’il ne le traduisait pas, resterait inaccessible à un large public.

Il n’est pas étonnant que, dans de telles conditions, l’activité du traducteur soit souvent perçue comme très utile. Aussi importante que suspecte. Un homme d’expérience pour lequel j’ai autant d’affection que d’admiration m’a un jour mis en garde : Il y a du vice dans la traduction, fiston, m’a-t-il averti. Du vice… Voulait-il parler peut-être d’une forme spéciale de masochisme développée par les traducteurs ou renvoyait-il à la formule du traducteur trahissant Traduttore tradittore qu’on prête aux Italiens ? En effet, quelle confiance peut-on accorder à des gens qui passent leur temps à écrire sans réellement le faire ? A des individus qui s’adonnent assidûment à une activité alors qu’en réalité, ils ne font rien d’autre, ou presque, que de répéter quasiment la même chose que ce qu’un autre a déjà dit. Serions-nous dans une version modernisée des habits neufs de l’empereur où les métiers à tisser auraient été remplacés par les ordinateurs ? Ou peut-être tenons-nous ici la solution définitive du « Je est un autre » ? Les traducteurs possèdent-ils également, tant qu’on y est, le don d’invisibilité ? Précisément, la plus précieuse louange qu’on puisse leur adresser est celle qui consiste à leur dire que leur texte semble avoir été rédigé directement dans la langue cible, sans intermédiaire. « Votre traduction est très belle, on ne voit pas du tout votre travail ! » Eh bien, merci pour ce compliment bien tourné, madame, monsieur ! Pour un peu, on se demanderait si on ne s’est pas en plus perdu entre les pages d’Alice au pays des merveilles : Do cats eat bats or do bats eat cats ? 

A propos, comment traduiriez-vous cette simple phrase de l’anglais vers le français ? Je vous propose : Les chats mangent-ils les chauves-souris ou les chauves-souris mangent-elles les chats ? Mais, me direz-vous, cette citation de Lewis Caroll ne signifie rien, c’est un Anglais et les Anglais sont les Anglais, n’est-ce pas ? La traduction que je propose ici est tout à fait exacte par rapport à l’original : elle ne signifie rien en français non plus ; pour un peu, on serait tenté d’ajouter une note de bas de page stipulant que c’est de l’humour anglais, synonyme d’hermétisme et le tour serait joué. Mais voilà, que fait-on de la répétition des quasi-homophones : cats et bats ? Et la « fonction poétique du langage » alors, que lui est-il arrivé ? Nous n’allons quand même pas lui tordre le cou : voilà pourquoi la proposition que je viens d’avancer n’était pas honnête. Vous voyez, je ne suis pas traducteur pour rien ! Le défaut majeur de la version française est qu’elle ne respecte pas l’esprit de l’original. Je lui préférerais nettement la formulation suivante : « Sont-ce les chats qui mangent les rats ou les rats qui mangent les chats ? » ou encore « Les chats mangent-ils les rats ou les rats mangent-ils les chats ? » Cette version-là contient certes un contresens majeur sur le terme « bat », lequel n’est pas équivalent de « rat » en anglais et pourtant, elle me semble nettement meilleure que la première car elle ne trahit pas l’esprit d’Alice au pays des merveilles. Jusqu’à quel point peut-on ou doit-on trahir pour rester fidèle ? Jusqu’à quel point la fidélité peut-elle être trahison ? Hvenær drepur maður mann og hvenær ekki (1)?

Justement, allons un peu en Islande, c’est un pays intéressant où il n’y a pas que des glaciers, des geysers, des crises bancaires et des volcans farceurs. On y arrive la plupart du temps en avion quand ces volcans aux noms imprononçables ne font pas des leurs et, si l’on a la chance d’y atterrir finalement, on lira dans le long couloir vitré qui donne sur les champs de lave pluvieux et mélancoliques, parmi les publicités diverses, les deux inscriptions suivantes : Velkomin heim et Welcome to Iceland. A propos, comment dit-on Iceland en islandais ?  Euh… heim ? Sans doute et surtout, sans majuscule. Etonnant, non ? Je vous l’accorde. Le problème est que le mot heim renvoie dans bien des contextes à autre chose qu’à l’Islande, mais que, dans le cas présent, il ne peut désigner autre chose que, précisément, l’Islande. Cela ne vous rappellerait-il pas quelque chose ? Eh oui, nous revoilà chez Alice. Si on traduisait l’expression mot à mot en anglais, on aurait : Welcome home, Bienvenue à la maison, Bienvenue au pays : de quoi décevoir plus d’un touriste en mal de dépaysement…  Non, les autorités de l’aéroport de Keflavík n’ont pas commis une grossière erreur de traduction, Velkomin Heim signifie Bienvenue en Islande, Welcome to Iceland, mais l’inscription en islandais s’adresse aux Islandais et leur souhaite simplement un bon retour au pays. Ce petit exemple pose assez bien, me semble-t-il, le problème de la nécessaire mise en contexte de toute traduction en même temps que celui de l’adaptation. Chaque langue fonctionne en vertu de contraintes et de règles précises, celles du français ne sont pas identiques à celles de l’islandais, j’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte en le disant. 
Par exemple, le français supporte très mal la répétition, laquelle n’est nullement rédhibitoire en islandais. Il est fréquent que, dans les dialogues, un auteur se contente de recourir aux verbes « segja, svara et spyrja, dire, répondre et demander ».  La chose est tout simplement inenvisageable en français où l’on utilisera des verbes aussi variés qu’interroger, répliquer, rétorquer, renchérir, glisser, interrompre, couper, murmurer, marmonner, grommeler, regretter, crier, s’écrier, s’époumoner, hurler, s’exclamer, s’esclaffer… en fonction du ton, de la situation ou de l’expression du locuteur.  Ce n’est pas que l’islandais manque de vocabulaire. Il suffit de s’intéresser à la neige pour laquelle il existe quantité de termes. Ici, les Islandais ne se contentent pas de vagues approximations, pour des raisons qu’on saisira facilement. Dans un pays où l’on peut se retrouver bloqué par une tempête plusieurs jours de suite et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il convient que la langue soit précise. On a donc snjór, skafrenningur, krapi, slydda, hríð, fönn, mjöll, föl, stórhríð, neðanbylur, skafl etc. Afin de transférer ces termes en français, on ne peut que recourir à diverses périphrases. La phrase : Föl var á jörðu deviendra donc Un fin voile de neige recouvrait la terre, et je n’affirme pas que ce soit LA traduction, mais seulement UNE version possible, un essai, une proposition. 
Il convient en effet de souligner qu’il n’existe pas de traduction qui soit à la fois de bonne qualité littéraire et parfaitement exacte. Ce que ce qui compte le plus, c’est le respect de l’esprit d’un texte ainsi que de la culture qui l’a engendré et non de la lettre : il existe de belles, de très belles et très poétiques traductions qui parviennent à rendre l’atmosphère d’une œuvre, mais le lecteur doit se garder de croire qu’il lit exactement le même texte que celui écrit par l’auteur : ce ne sont pas les mêmes mots, le même rythme, les mêmes sons, la même musique, les mêmes jeux de langage : ce n’est pas la même langue.  On assiste toujours à une certaine déperdition en ce qui concerne les réseaux de sens, le phrasé et le rythme qu’il convient de tenter de reconstruire. Parfois, à l’inverse, certains passages d’une traduction dépassent en qualité loeuvre originale. Par exemple, cest le cas de celle que le pasteur Jón Þorláksson a faite du Paradis Perdu de Milton comme le précise Jón Kalman Stefánsson dans Entre ciel et terre (2).

J’ajouterai que, lisant le même livre, aucun lecteur ne lit jamais la même œuvre que son voisin, chaque lecteur, tout comme le traducteur, interprète le texte à travers le prisme de sa sensibilité, il se projette ou pas, s’attache parfois à des points auxquels ni l’auteur ni le traducteur n’ont accordé autant d’importance et, inversement, en ignore d’autres, capitaux pour l’auteur ou qui ont demandé un important travail de recherche lexicale au traducteur. Il ne faut pas non plus oublier que le traducteur est pris entre le marteau et l’enclume : sachant que le résultat ne sera jamais entièrement à la hauteur de ses attentes ou de ses désirs, il tente d’adapter le texte source sans le détruire ni le défigurer totalement et s’efforce de le fondre dans les usages de sa propre langue avec laquelle il négocie sans cesse, sa propre langue dont il arrive qu’il doive repousser, sans trop la malmener, les limites grammaticales et sémantiques. Parallèlement, il doit souvent procéder à quelques adaptations d’ordre culturel et n’a pas vraiment d’autre choix que de trahir parfois un peu la lettre afin de demeurer fidèle à l’esprit. Je n’affirme évidemment pas qu’il faille aller jusqu’à traduire hákarl et brennivín (3) par foie gras et cognac ou encore escargots et calvados sous prétexte que les premiers termes renvoient à une réalité typiquement islandaise et les derniers à la cuisine française, laquelle est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, et fait évidemment partie intégrante de la culture française. Ce serait tout de même aller un peu loin dans l’adaptation. Le traducteur doit s’attacher à transformer et à transférer sans trop déformer : en réalité, il ne dit pas la même chose, mais presque. Ce n’est certes qu’un presque, mais comme l’affirme Jón Kalman Stefánsson dès le début d’Entre ciel et terre quand il dit « Nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres », c’est dans l’espace offert par ce presque que réside l’essentiel. C’est dans ce presque que se logent la lumière et les mots, ceux de l’auteur, portés par la voix du traducteur…

Eric BOURY




[1] « Quand tue-t-on un homme et quand ne le tue-t-on pas ? Ou bien, « Il y a tuer un homme et tuer un homme ». On trouve cette phrase dans la Cloche d’Islande, Halldor Laxness, traduite par Régis Boyer.
[2] Publié chez Gallimard, traduit par Eric Boury.
[3] Le hákarl est du requin faisandé, pour ainsi dire pourri et le brennivín, une eau-de-vie islandaise : l’un comme l’autre ont un goût précis qu’on apprécie ou non. 

lundi 8 novembre 2010

Liste de traductions

Plusieurs personnes m'ont suggéré de publier sur mon blog la liste des traductions que j'ai effectuées. Voici : 

1. Hallgrímur Helgason, 101 Reykjavik, (101 Reykjavík, Actes Sud, 2002 )
2. Kristín Ómarsdóttir, T’es pas la seule à être morte (Elskan mín ég dey, Le Cavalier Bleu, 2003)
3. Arnaldur Indriðason, La cité des jarres, (Mýrin, Editions Métailié, 2005)
4. Arnaldur Indriðason, La femme en vert, (Grafarþögn, Editions Métailié, 2006)
5. Sjón, Le moindre des mondes, ( Skugga-Baldur, Editions Rivages, 2007)
6. Arnaldur Indriðason, La voix (Röddin, Editions Métailié, 2007)
7. Einar Már Guðmundsson, Les chevaliers de l'escalier rond (Riddarar hringstigans, Gaïa Editions, 2007)
8. Árni Þórarinsson,  Le temps de la sorcière (Tími nornarinnar, Editions Métailié, 2007)
9. Arnaldur Indriðason, L’homme du lac (Kleifarvatn, Editions Métailié, 2008)
10. Jón Hallur Stefánsson, Brouillages (Krosstré, Gaïa Editions, 2008)
11. Árni Þórarinsson, Le Dresseur d'insectes (Dauði trúðsins, Editions Métailié, 2008)
12. Einar Már Guðmundsson, Le testament des gouttes de pluie (Eftirmáli regndropanna, 2008)
13. Sjón, Sur la paupière de mon père (Með titrandi tár, Editions Rivages, 2008)
14. Arnaldur Indriðason, Hiver arctique (Vetrarborgin, Editions Métailié, 2009)
15. Stefán Máni, Noir Océan (Skipið, Editions Gallimard, Série Noire, 2010)
16. Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et terre (Himnaríki og helvíti, Editions Gallimard, Du monde entier, 2010)
17. Arnaldur Indriðason, Hypothermie (Harðskafi, Editions Métailié, 2010)
18. Árni Þórarinsson, Le septième fils (Sjöundi sonurinn, Editions Métailié, 2010)
19. Jón Hallur Stefánsson, L'incendiaire (Vargurinn, Gaïa Editions, 2010)

20. Sjón, De tes yeux tu me vis (Augu þín sáu mig, Editions Rivages, à paraître en 2011)
21. Arnaldur Indriðason, La rivière noire (Myrká, Editions Métailié, à paraître en 2011)

Quelques informations avant les Boréales...

Quelques informations avant les Boréales!

Une R E N C O N T R E   L I T T É R A I R E
a lieu le samedi 20 novembre 2010 de 14 heures à 16h30 à la mairie du 16e arrondissement

Avec les romanciers :
Steinunn Sigurdardóttir, Jón Kalman Stefánsson & Yrsa Sigurdardóttir
 
et les spécialistes de la littérature islandaise :
Régis Boyer, Torfi Tulinius, Susanne Juul & Eric Boury
 
Pour recevoir votre carton, à présenter obligatoirement à l’entrée,
réservez votre place avant le 9 novembre sur
paris@mfa.is ou par téléphone au 01 44 17 32 85


PAR AILLEURS : 
Par ailleurs

Je signale également que Jón Kalman Stefánsson, l'auteur d'Entre ciel et terre, publié chez Gallimard, sera à l'auditorium du musée des beaux-arts de Caen pour une table-ronde en compagnie d'une autre Islandaise, Auður Ava Jónsdóttir, l'auteur de Rosa Candida, publié chez Zulma. J'assurerai la traduction des propos de Jón Kalman et Auður Ava parle parfaitement français... Ce débat a lieu le dimanche 21 novembre à 11 heures du matin. Puis, après 15 heures 30, il y aura également une séance de dédicaces...

ENFIN, un peu de lecture sur le site de la revue STROKKUR que j'affectionne beaucoup, et dont le dernier numéro vient d'être mis en ligne :    Strokkur Numéro 21 



vendredi 15 octobre 2010

Rosa candida

Audur Ava Ólafsdóttir
Rosa candida
Roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson
PRIX PAGE DES LIBRAIRES 2010 — SÉLECTION EUROPÉENNE





Une amie... C'est une amie chère et de longue date qui a traduit ce livre, une amie qui traduit depuis bien plus longtemps que moi et dont j'admire la limpidité du style. Cela me fait plaisir de voir que Rosa Candida remporte un franc succès. L'auteur, la traductrice et l'éditrice le méritent largement.

lundi 11 octobre 2010

Critique du Septième Fils d'Arni Thorarinsson dans Télérama

Sous la plume de Martine Laval :

Le Septième Fils, Arni Thorarinsson, Polar, Editions Métailié.


L'Islande était, il y a encore peu, un pays inconnu, sinon oublié. Depuis les sept romans traduits en France d'Arnaldur Indridason (éd. Métailié), ­depuis une crise financière ­insensée (2009), depuis qu'un volcan (au nom imprononçable...) a semé la panique sur la planète entière en mai dernier, l'Islande désormais fait (presque) partie de l'Europe. L'Islande s'éveille, donc, mais avec une gueule de bois, ce qui préoccupe les auteurs de romans noirs. Le troisième roman du journaliste Arni Thorarinsson jette l'ancre dans les fjords de l'ouest et remet en selle Einar, reporter désoeuvré et détective malgré lui, rencontré déjà dans Le Temps de la sorcière et Le Dresseur d'insectes. Einar, poussé par un rédacteur en chef peu scrupuleux, traque le scoop dans une cité endormie, Isafjördur. Il s'y ennuie ferme, assiste au désastre de la presse (chute des ventes et chute de la liberté d'écrire), se coltine des politiciens véreux, des gamins paumés, des stars pas encore révélées, des immigrés apeurés. Dans une atmosphère entre chien et loup, il affronte le froid... et quelques désastres qui l'obligent à se ­réveiller : incendies criminels, tombes profanées, trafic de drogue...

Radicalement moins sombre que le terrible Noir Océan de Stefan Mani (éd. Gallimard, coll. Série Noire, 2010), ce Septième Fils joue la carte de l'humour tendre. Einar, qui a aussi quelques soucis de coeur, s'agite dans une Islande inconnue des tour-opérateurs. L'île abrite des failles volcaniques. Désormais, elle se craquelle, et de fractures politiques en failles sociales, elle perd le nord. Arni Thorarinsson écrit son pays, une nation perdue dans la mondialisation, mais où tous les espoirs sont permis !

Martine Laval

Telerama n° 3169 - 09 octobre 2010

jeudi 7 octobre 2010

L'incendiaire, Jón Hallur Stefánsson

Ces jours-ci... Aux éditions Gaïa, la suite de Brouillages, paru il y a deux ans.
J'en profite pour signaler la réédition de Brouillages, en version poche, dans la collection Babel Noir d'Actes Sud.


lundi 13 septembre 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson

Je signale la parution d'une critique du roman dans L'Express :

http://www.lexpress.fr/culture/livre/entre-ciel-et-terre_907452.html

Stefánsson à cheval Entre ciel et terre
Par Baptiste Liger, publié le 22/07/2010 à 07:00

Un pêcheur meurt d'avoir été hanté par la poésie. Un grand roman mystique islandais.
Il n'y a guère qu'une lettre de différence entre les "morts" et les "mots". On ne sait pas ce qu'il en est en islandais : toujours est-il que Jón Kalman Stefánsson a cherché, avec Entre ciel et terre, à explorer les rapports entre la littérature et l'au-delà. Ainsi, ce livre a coûté la vie à Bárour, au moins indirectement.

Hanté par les vers du Paradis perdu du Britannique John Milton, ce pêcheur d'Islande -rien à voir avec celui de Pierre Loti - n'a pas pris garde à enfiler sa satanée vareuse, lors d'une sortie en mer. "Voilà le genre de tours que peut nous jouer la poésie. [...] Les mots n'offrent qu'un abri bien frêle face au vent venu du pôle qui transperce tout et s'immisce dans la chair." Le froid intense du grand large aura raison de lui, et ses compagnons de pêche ramèneront son cadavre à terre. Parmi ceux-ci, le "gamin" se révèle particulièrement bouleversé par cette disparition. Il s'impose alors comme devoir moral, hommage à son ami Bárour, de rendre le livre à son propriétaire, Kolbeinn, un vieillard aveugle "aussi féroce qu'un loup atlantique" sorti d'Homère.

On pourrait évidemment saluer la magnifique évocation de l'Islande du XIXe siècle et l'admirable portrait du milieu des pêcheurs. Mais outre cet aspect "naturaliste", Entre ciel et terre est une grande odyssée mystique, où les voix des morts s'entremêlent à celles des vivants. Dans une langue d'une splendeur absolue (remarquablement retranscrite par la traduction d'Eric Boury), Jón Kalman Stefánsson médite sur la postérité et le sens de la vie, comme dans cet aphorisme aux airs de condensé de son admirable roman : "Nos paroles sont des brigades de sauveteurs désemparées, équipées de cartes de géographie inutilisables et du chant des oiseaux en guise de boussole."


Je signale également la lecture du début de ce texte (Gallimard, Du monde entier, 2010) par Martine Laval, critique littéraire à Télérama :

http://www.telerama.fr/livre/lectures-buissonnieres-version-voix-off-entre-ciel-et-terre-de-jon-kalman-stefansson,55458.php

A écouter...

Le septième fils, Árni Thórarinsson

A paraître ces jours-ci aux éditions Métailié.


Arni vient quelques jours en France...

Mercredi 29 septembre : journée d’études nordiques à la BNF (Paris) en présence de son traducteur Eric Boury. L'intitulé de la journée est "A glacer le sang - autour du polar scandinave".
Toutes les informations se trouvent ici : http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/calendrier_manifestations/f.polar_scandinave.html?seance=1223904060520

Jeudi 30 septembre, 18h : rencontre à la librairie Ombres Blanches (50 rue Gambetta, 31000 Toulouse)