dimanche 30 janvier 2011

La rivière noire, Arnaldur Indriðason et autres informations...


Le prochain livre d´Arnaldur Indriðason, La rivière noire, (Myrká) paraît aux Editions Métailié le 2 février... C'est Elinborg qui mène l'enquête, je n'en dirai pas plus ici, pour l'instant. Pour ceux qui n'ont pas vu l'article paru dans Libération cet été sous la plume de Sabrina Champenois, voici ce texte : Reykjavík, Plus au Nord, tu meurs, par Sabrina Champenois


Le même jour, 2 février, paraît chez Rivages un troisième livre de Sjón, De tes yeux, tu me vis (Augu þín sáu mig) est une merveille de poésie de d'inventivité narrative. Pour ceux qui aiment les jeux de cache-cache avec le lecteur, les digressions permanentes qui mènent à un but précis et autres joyeuses loufoqueries. Je me suis régalé à le traduire au début de l'été dernier, j'espère que quelques lecteurs se régaleront à le lire. C'est un livre à la fois drôle et grave.

Ici, la présentation de l'éditeur :
De tes yeux, tu me vis, Sjón, Payot & Rivages 


Et pour l'heure... Depuis le 21 décembre, le traducteur traduit, traduit, traduit Jón Kalman Stefánsson. C'est la suite d'Entre ciel et terre, il y neige beaucoup, le vent souffle, le froid pique et c'est un régal! Le style de ce second volet est à la hauteur du premier... Le livre paraîtra chez Gallimard en septembre. 

LE SALON DU LIVRE 2011

Jón Kalman Stefánsson est invité au Salon du Livre, de même qu'Árni Þórarinsson (Le temps de la sorcière, Le dresseur d'insectes et Le septième fils, Métailié) et deux autres auteures islandaises : Auður Ava Ólafsdóttir (Rosa Candida, chez Zulma, traduit par Catherine Eyjólfsson) et Steinunn Sigurðardóttir (Le Cheval soleil et Cent portes battantes aux quatre vents, Editions Héloïse d’Ormesson, tous deux traduits par Catherine Eyjólfsson ). Voilà pour les Islandais, mais seront en tout présents 40 auteurs nordiques.  

Salon du Livre de Paris, Edition 2011.

Et maintenant, il est temps pour moi de retourner à ma tempête de neige et à la beauté du texte de Jón Kalman.  

samedi 25 décembre 2010

Noël

Depuis quelques jours, je travaille sur la traduction  de Harmur englanna de Jón Kalman Stefánsson. C'est la suite d'Entre ciel et terre, et c'est aussi beau.  

 Parfois, la littérature contamine le réel, voilà qui plairait à plus d'un Islandais de ma connaissance. Quelque part, un homme écrit un livre envahi par la neige, un autre homme le traduit dans un autre pays et subitement, il se met à neiger là où, habituellement, il ne neige pas.

mercredi 8 décembre 2010

Noir Océan de Stefán Máni



Noir Océan (Skipið) de Stefán Máni, publié dans la Série Noire chez Gallimard a été sélectionné parmi les 20 meilleurs romans de l'année par le magazine LIRE.

Noir Océan, par Stefán Mani.
La page ci-dessus comporte également des liens vers deux critiques :

Sur l'Atlantique avec Stefán Máni.

Noir Océan, par Stefán Máni

mercredi 1 décembre 2010

Le blog de Martine Laval

Le texte de mon intervention à l'ambassade d'Islande est maintenant sur le blog de Martine Laval, journaliste à Télérama : Lectures buissonnières. Merci à elle!

dimanche 28 novembre 2010

Emission de France 3 Basse-Normandie sur le Festival des Boréales

Les Boréales à en perdre le Nord.

Reportages et interviews (littérature, musique, danse, etc.) sur le festival des Boréales dont la 19ème édition vient de s'achever...

En cours : correction de copies - la routine ! - rédaction d'un article sur la langue islandaise pour le Magazine Littéraire et relecture des épreuves finales du prochain livre de Sjón, De tes yeux, tu me vis, à paraître chez Rivages en février-mars 2011, je ne me priverai pas pour en dire quelques mots ici, le moment venu.
Pour l'heure, Mozart me transporte avec ses Noces et sa Flûte dans les versions de René Jacobs... et j'ouvre par moments au hasard René Char qui est, lui aussi, une excellente compagnie en ce dimanche glacial. Il est urgent de lire cet homme qui confiait être "pressé d'écrire". 

jeudi 25 novembre 2010

Transformer sans déformer

Le texte qui suit est la transcription de mon intervention intitulée "Transformer sans déformer" à l'ambassade d'Islande, le samedi 21 novembre 2010. 

"Que font les traducteurs ? Leur travail consiste à réécrire, le plus souvent dans leur langue maternelle, une œuvre qu’un auteur a conçue dans une langue étrangère. Formulée ainsi, la chose paraît extrêmement simple. Au risque de décevoir bien des gens, un traducteur n’est toutefois pas un écrivain ; les textes qu’il recréée, qu’il réécrit ne sont pas nés de son imaginaire et pourtant, il passe une bonne partie de sa vie plongé dans un paradoxe : il assemble des mots qui sont exclusivement les siens et, dans le même temps, appartiennent tout aussi exclusivement à un autre… Il est l’ombre de cet autre, une ombre qui s’efforce de transférer une œuvre rédigée dans une autre langue, un texte produit dans un univers mental et culturel spécifique et qui, s’il ne le traduisait pas, resterait inaccessible à un large public.

Il n’est pas étonnant que, dans de telles conditions, l’activité du traducteur soit souvent perçue comme très utile. Aussi importante que suspecte. Un homme d’expérience pour lequel j’ai autant d’affection que d’admiration m’a un jour mis en garde : Il y a du vice dans la traduction, fiston, m’a-t-il averti. Du vice… Voulait-il parler peut-être d’une forme spéciale de masochisme développée par les traducteurs ou renvoyait-il à la formule du traducteur trahissant Traduttore tradittore qu’on prête aux Italiens ? En effet, quelle confiance peut-on accorder à des gens qui passent leur temps à écrire sans réellement le faire ? A des individus qui s’adonnent assidûment à une activité alors qu’en réalité, ils ne font rien d’autre, ou presque, que de répéter quasiment la même chose que ce qu’un autre a déjà dit. Serions-nous dans une version modernisée des habits neufs de l’empereur où les métiers à tisser auraient été remplacés par les ordinateurs ? Ou peut-être tenons-nous ici la solution définitive du « Je est un autre » ? Les traducteurs possèdent-ils également, tant qu’on y est, le don d’invisibilité ? Précisément, la plus précieuse louange qu’on puisse leur adresser est celle qui consiste à leur dire que leur texte semble avoir été rédigé directement dans la langue cible, sans intermédiaire. « Votre traduction est très belle, on ne voit pas du tout votre travail ! » Eh bien, merci pour ce compliment bien tourné, madame, monsieur ! Pour un peu, on se demanderait si on ne s’est pas en plus perdu entre les pages d’Alice au pays des merveilles : Do cats eat bats or do bats eat cats ? 

A propos, comment traduiriez-vous cette simple phrase de l’anglais vers le français ? Je vous propose : Les chats mangent-ils les chauves-souris ou les chauves-souris mangent-elles les chats ? Mais, me direz-vous, cette citation de Lewis Caroll ne signifie rien, c’est un Anglais et les Anglais sont les Anglais, n’est-ce pas ? La traduction que je propose ici est tout à fait exacte par rapport à l’original : elle ne signifie rien en français non plus ; pour un peu, on serait tenté d’ajouter une note de bas de page stipulant que c’est de l’humour anglais, synonyme d’hermétisme et le tour serait joué. Mais voilà, que fait-on de la répétition des quasi-homophones : cats et bats ? Et la « fonction poétique du langage » alors, que lui est-il arrivé ? Nous n’allons quand même pas lui tordre le cou : voilà pourquoi la proposition que je viens d’avancer n’était pas honnête. Vous voyez, je ne suis pas traducteur pour rien ! Le défaut majeur de la version française est qu’elle ne respecte pas l’esprit de l’original. Je lui préférerais nettement la formulation suivante : « Sont-ce les chats qui mangent les rats ou les rats qui mangent les chats ? » ou encore « Les chats mangent-ils les rats ou les rats mangent-ils les chats ? » Cette version-là contient certes un contresens majeur sur le terme « bat », lequel n’est pas équivalent de « rat » en anglais et pourtant, elle me semble nettement meilleure que la première car elle ne trahit pas l’esprit d’Alice au pays des merveilles. Jusqu’à quel point peut-on ou doit-on trahir pour rester fidèle ? Jusqu’à quel point la fidélité peut-elle être trahison ? Hvenær drepur maður mann og hvenær ekki (1)?

Justement, allons un peu en Islande, c’est un pays intéressant où il n’y a pas que des glaciers, des geysers, des crises bancaires et des volcans farceurs. On y arrive la plupart du temps en avion quand ces volcans aux noms imprononçables ne font pas des leurs et, si l’on a la chance d’y atterrir finalement, on lira dans le long couloir vitré qui donne sur les champs de lave pluvieux et mélancoliques, parmi les publicités diverses, les deux inscriptions suivantes : Velkomin heim et Welcome to Iceland. A propos, comment dit-on Iceland en islandais ?  Euh… heim ? Sans doute et surtout, sans majuscule. Etonnant, non ? Je vous l’accorde. Le problème est que le mot heim renvoie dans bien des contextes à autre chose qu’à l’Islande, mais que, dans le cas présent, il ne peut désigner autre chose que, précisément, l’Islande. Cela ne vous rappellerait-il pas quelque chose ? Eh oui, nous revoilà chez Alice. Si on traduisait l’expression mot à mot en anglais, on aurait : Welcome home, Bienvenue à la maison, Bienvenue au pays : de quoi décevoir plus d’un touriste en mal de dépaysement…  Non, les autorités de l’aéroport de Keflavík n’ont pas commis une grossière erreur de traduction, Velkomin Heim signifie Bienvenue en Islande, Welcome to Iceland, mais l’inscription en islandais s’adresse aux Islandais et leur souhaite simplement un bon retour au pays. Ce petit exemple pose assez bien, me semble-t-il, le problème de la nécessaire mise en contexte de toute traduction en même temps que celui de l’adaptation. Chaque langue fonctionne en vertu de contraintes et de règles précises, celles du français ne sont pas identiques à celles de l’islandais, j’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte en le disant. 
Par exemple, le français supporte très mal la répétition, laquelle n’est nullement rédhibitoire en islandais. Il est fréquent que, dans les dialogues, un auteur se contente de recourir aux verbes « segja, svara et spyrja, dire, répondre et demander ».  La chose est tout simplement inenvisageable en français où l’on utilisera des verbes aussi variés qu’interroger, répliquer, rétorquer, renchérir, glisser, interrompre, couper, murmurer, marmonner, grommeler, regretter, crier, s’écrier, s’époumoner, hurler, s’exclamer, s’esclaffer… en fonction du ton, de la situation ou de l’expression du locuteur.  Ce n’est pas que l’islandais manque de vocabulaire. Il suffit de s’intéresser à la neige pour laquelle il existe quantité de termes. Ici, les Islandais ne se contentent pas de vagues approximations, pour des raisons qu’on saisira facilement. Dans un pays où l’on peut se retrouver bloqué par une tempête plusieurs jours de suite et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il convient que la langue soit précise. On a donc snjór, skafrenningur, krapi, slydda, hríð, fönn, mjöll, föl, stórhríð, neðanbylur, skafl etc. Afin de transférer ces termes en français, on ne peut que recourir à diverses périphrases. La phrase : Föl var á jörðu deviendra donc Un fin voile de neige recouvrait la terre, et je n’affirme pas que ce soit LA traduction, mais seulement UNE version possible, un essai, une proposition. 
Il convient en effet de souligner qu’il n’existe pas de traduction qui soit à la fois de bonne qualité littéraire et parfaitement exacte. Ce que ce qui compte le plus, c’est le respect de l’esprit d’un texte ainsi que de la culture qui l’a engendré et non de la lettre : il existe de belles, de très belles et très poétiques traductions qui parviennent à rendre l’atmosphère d’une œuvre, mais le lecteur doit se garder de croire qu’il lit exactement le même texte que celui écrit par l’auteur : ce ne sont pas les mêmes mots, le même rythme, les mêmes sons, la même musique, les mêmes jeux de langage : ce n’est pas la même langue.  On assiste toujours à une certaine déperdition en ce qui concerne les réseaux de sens, le phrasé et le rythme qu’il convient de tenter de reconstruire. Parfois, à l’inverse, certains passages d’une traduction dépassent en qualité loeuvre originale. Par exemple, cest le cas de celle que le pasteur Jón Þorláksson a faite du Paradis Perdu de Milton comme le précise Jón Kalman Stefánsson dans Entre ciel et terre (2).

J’ajouterai que, lisant le même livre, aucun lecteur ne lit jamais la même œuvre que son voisin, chaque lecteur, tout comme le traducteur, interprète le texte à travers le prisme de sa sensibilité, il se projette ou pas, s’attache parfois à des points auxquels ni l’auteur ni le traducteur n’ont accordé autant d’importance et, inversement, en ignore d’autres, capitaux pour l’auteur ou qui ont demandé un important travail de recherche lexicale au traducteur. Il ne faut pas non plus oublier que le traducteur est pris entre le marteau et l’enclume : sachant que le résultat ne sera jamais entièrement à la hauteur de ses attentes ou de ses désirs, il tente d’adapter le texte source sans le détruire ni le défigurer totalement et s’efforce de le fondre dans les usages de sa propre langue avec laquelle il négocie sans cesse, sa propre langue dont il arrive qu’il doive repousser, sans trop la malmener, les limites grammaticales et sémantiques. Parallèlement, il doit souvent procéder à quelques adaptations d’ordre culturel et n’a pas vraiment d’autre choix que de trahir parfois un peu la lettre afin de demeurer fidèle à l’esprit. Je n’affirme évidemment pas qu’il faille aller jusqu’à traduire hákarl et brennivín (3) par foie gras et cognac ou encore escargots et calvados sous prétexte que les premiers termes renvoient à une réalité typiquement islandaise et les derniers à la cuisine française, laquelle est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, et fait évidemment partie intégrante de la culture française. Ce serait tout de même aller un peu loin dans l’adaptation. Le traducteur doit s’attacher à transformer et à transférer sans trop déformer : en réalité, il ne dit pas la même chose, mais presque. Ce n’est certes qu’un presque, mais comme l’affirme Jón Kalman Stefánsson dès le début d’Entre ciel et terre quand il dit « Nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres », c’est dans l’espace offert par ce presque que réside l’essentiel. C’est dans ce presque que se logent la lumière et les mots, ceux de l’auteur, portés par la voix du traducteur…

Eric BOURY




[1] « Quand tue-t-on un homme et quand ne le tue-t-on pas ? Ou bien, « Il y a tuer un homme et tuer un homme ». On trouve cette phrase dans la Cloche d’Islande, Halldor Laxness, traduite par Régis Boyer.
[2] Publié chez Gallimard, traduit par Eric Boury.
[3] Le hákarl est du requin faisandé, pour ainsi dire pourri et le brennivín, une eau-de-vie islandaise : l’un comme l’autre ont un goût précis qu’on apprécie ou non. 

lundi 8 novembre 2010

Liste de traductions

Plusieurs personnes m'ont suggéré de publier sur mon blog la liste des traductions que j'ai effectuées. Voici : 

1. Hallgrímur Helgason, 101 Reykjavik, (101 Reykjavík, Actes Sud, 2002 )
2. Kristín Ómarsdóttir, T’es pas la seule à être morte (Elskan mín ég dey, Le Cavalier Bleu, 2003)
3. Arnaldur Indriðason, La cité des jarres, (Mýrin, Editions Métailié, 2005)
4. Arnaldur Indriðason, La femme en vert, (Grafarþögn, Editions Métailié, 2006)
5. Sjón, Le moindre des mondes, ( Skugga-Baldur, Editions Rivages, 2007)
6. Arnaldur Indriðason, La voix (Röddin, Editions Métailié, 2007)
7. Einar Már Guðmundsson, Les chevaliers de l'escalier rond (Riddarar hringstigans, Gaïa Editions, 2007)
8. Árni Þórarinsson,  Le temps de la sorcière (Tími nornarinnar, Editions Métailié, 2007)
9. Arnaldur Indriðason, L’homme du lac (Kleifarvatn, Editions Métailié, 2008)
10. Jón Hallur Stefánsson, Brouillages (Krosstré, Gaïa Editions, 2008)
11. Árni Þórarinsson, Le Dresseur d'insectes (Dauði trúðsins, Editions Métailié, 2008)
12. Einar Már Guðmundsson, Le testament des gouttes de pluie (Eftirmáli regndropanna, 2008)
13. Sjón, Sur la paupière de mon père (Með titrandi tár, Editions Rivages, 2008)
14. Arnaldur Indriðason, Hiver arctique (Vetrarborgin, Editions Métailié, 2009)
15. Stefán Máni, Noir Océan (Skipið, Editions Gallimard, Série Noire, 2010)
16. Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et terre (Himnaríki og helvíti, Editions Gallimard, Du monde entier, 2010)
17. Arnaldur Indriðason, Hypothermie (Harðskafi, Editions Métailié, 2010)
18. Árni Þórarinsson, Le septième fils (Sjöundi sonurinn, Editions Métailié, 2010)
19. Jón Hallur Stefánsson, L'incendiaire (Vargurinn, Gaïa Editions, 2010)

20. Sjón, De tes yeux tu me vis (Augu þín sáu mig, Editions Rivages, à paraître en 2011)
21. Arnaldur Indriðason, La rivière noire (Myrká, Editions Métailié, à paraître en 2011)

Quelques informations avant les Boréales...

Quelques informations avant les Boréales!

Une R E N C O N T R E   L I T T É R A I R E
a lieu le samedi 20 novembre 2010 de 14 heures à 16h30 à la mairie du 16e arrondissement

Avec les romanciers :
Steinunn Sigurdardóttir, Jón Kalman Stefánsson & Yrsa Sigurdardóttir
 
et les spécialistes de la littérature islandaise :
Régis Boyer, Torfi Tulinius, Susanne Juul & Eric Boury
 
Pour recevoir votre carton, à présenter obligatoirement à l’entrée,
réservez votre place avant le 9 novembre sur
paris@mfa.is ou par téléphone au 01 44 17 32 85


PAR AILLEURS : 
Par ailleurs

Je signale également que Jón Kalman Stefánsson, l'auteur d'Entre ciel et terre, publié chez Gallimard, sera à l'auditorium du musée des beaux-arts de Caen pour une table-ronde en compagnie d'une autre Islandaise, Auður Ava Jónsdóttir, l'auteur de Rosa Candida, publié chez Zulma. J'assurerai la traduction des propos de Jón Kalman et Auður Ava parle parfaitement français... Ce débat a lieu le dimanche 21 novembre à 11 heures du matin. Puis, après 15 heures 30, il y aura également une séance de dédicaces...

ENFIN, un peu de lecture sur le site de la revue STROKKUR que j'affectionne beaucoup, et dont le dernier numéro vient d'être mis en ligne :    Strokkur Numéro 21 



vendredi 15 octobre 2010

Rosa candida

Audur Ava Ólafsdóttir
Rosa candida
Roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson
PRIX PAGE DES LIBRAIRES 2010 — SÉLECTION EUROPÉENNE





Une amie... C'est une amie chère et de longue date qui a traduit ce livre, une amie qui traduit depuis bien plus longtemps que moi et dont j'admire la limpidité du style. Cela me fait plaisir de voir que Rosa Candida remporte un franc succès. L'auteur, la traductrice et l'éditrice le méritent largement.

lundi 11 octobre 2010

Critique du Septième Fils d'Arni Thorarinsson dans Télérama

Sous la plume de Martine Laval :

Le Septième Fils, Arni Thorarinsson, Polar, Editions Métailié.


L'Islande était, il y a encore peu, un pays inconnu, sinon oublié. Depuis les sept romans traduits en France d'Arnaldur Indridason (éd. Métailié), ­depuis une crise financière ­insensée (2009), depuis qu'un volcan (au nom imprononçable...) a semé la panique sur la planète entière en mai dernier, l'Islande désormais fait (presque) partie de l'Europe. L'Islande s'éveille, donc, mais avec une gueule de bois, ce qui préoccupe les auteurs de romans noirs. Le troisième roman du journaliste Arni Thorarinsson jette l'ancre dans les fjords de l'ouest et remet en selle Einar, reporter désoeuvré et détective malgré lui, rencontré déjà dans Le Temps de la sorcière et Le Dresseur d'insectes. Einar, poussé par un rédacteur en chef peu scrupuleux, traque le scoop dans une cité endormie, Isafjördur. Il s'y ennuie ferme, assiste au désastre de la presse (chute des ventes et chute de la liberté d'écrire), se coltine des politiciens véreux, des gamins paumés, des stars pas encore révélées, des immigrés apeurés. Dans une atmosphère entre chien et loup, il affronte le froid... et quelques désastres qui l'obligent à se ­réveiller : incendies criminels, tombes profanées, trafic de drogue...

Radicalement moins sombre que le terrible Noir Océan de Stefan Mani (éd. Gallimard, coll. Série Noire, 2010), ce Septième Fils joue la carte de l'humour tendre. Einar, qui a aussi quelques soucis de coeur, s'agite dans une Islande inconnue des tour-opérateurs. L'île abrite des failles volcaniques. Désormais, elle se craquelle, et de fractures politiques en failles sociales, elle perd le nord. Arni Thorarinsson écrit son pays, une nation perdue dans la mondialisation, mais où tous les espoirs sont permis !

Martine Laval

Telerama n° 3169 - 09 octobre 2010

jeudi 7 octobre 2010

L'incendiaire, Jón Hallur Stefánsson

Ces jours-ci... Aux éditions Gaïa, la suite de Brouillages, paru il y a deux ans.
J'en profite pour signaler la réédition de Brouillages, en version poche, dans la collection Babel Noir d'Actes Sud.


lundi 13 septembre 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson

Je signale la parution d'une critique du roman dans L'Express :

http://www.lexpress.fr/culture/livre/entre-ciel-et-terre_907452.html

Stefánsson à cheval Entre ciel et terre
Par Baptiste Liger, publié le 22/07/2010 à 07:00

Un pêcheur meurt d'avoir été hanté par la poésie. Un grand roman mystique islandais.
Il n'y a guère qu'une lettre de différence entre les "morts" et les "mots". On ne sait pas ce qu'il en est en islandais : toujours est-il que Jón Kalman Stefánsson a cherché, avec Entre ciel et terre, à explorer les rapports entre la littérature et l'au-delà. Ainsi, ce livre a coûté la vie à Bárour, au moins indirectement.

Hanté par les vers du Paradis perdu du Britannique John Milton, ce pêcheur d'Islande -rien à voir avec celui de Pierre Loti - n'a pas pris garde à enfiler sa satanée vareuse, lors d'une sortie en mer. "Voilà le genre de tours que peut nous jouer la poésie. [...] Les mots n'offrent qu'un abri bien frêle face au vent venu du pôle qui transperce tout et s'immisce dans la chair." Le froid intense du grand large aura raison de lui, et ses compagnons de pêche ramèneront son cadavre à terre. Parmi ceux-ci, le "gamin" se révèle particulièrement bouleversé par cette disparition. Il s'impose alors comme devoir moral, hommage à son ami Bárour, de rendre le livre à son propriétaire, Kolbeinn, un vieillard aveugle "aussi féroce qu'un loup atlantique" sorti d'Homère.

On pourrait évidemment saluer la magnifique évocation de l'Islande du XIXe siècle et l'admirable portrait du milieu des pêcheurs. Mais outre cet aspect "naturaliste", Entre ciel et terre est une grande odyssée mystique, où les voix des morts s'entremêlent à celles des vivants. Dans une langue d'une splendeur absolue (remarquablement retranscrite par la traduction d'Eric Boury), Jón Kalman Stefánsson médite sur la postérité et le sens de la vie, comme dans cet aphorisme aux airs de condensé de son admirable roman : "Nos paroles sont des brigades de sauveteurs désemparées, équipées de cartes de géographie inutilisables et du chant des oiseaux en guise de boussole."


Je signale également la lecture du début de ce texte (Gallimard, Du monde entier, 2010) par Martine Laval, critique littéraire à Télérama :

http://www.telerama.fr/livre/lectures-buissonnieres-version-voix-off-entre-ciel-et-terre-de-jon-kalman-stefansson,55458.php

A écouter...

Le septième fils, Árni Thórarinsson

A paraître ces jours-ci aux éditions Métailié.


Arni vient quelques jours en France...

Mercredi 29 septembre : journée d’études nordiques à la BNF (Paris) en présence de son traducteur Eric Boury. L'intitulé de la journée est "A glacer le sang - autour du polar scandinave".
Toutes les informations se trouvent ici : http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/calendrier_manifestations/f.polar_scandinave.html?seance=1223904060520

Jeudi 30 septembre, 18h : rencontre à la librairie Ombres Blanches (50 rue Gambetta, 31000 Toulouse)








dimanche 30 mai 2010

Cette photo a été prise à Paris par Karl-Ludwig Wetzig, mon collègue allemand, traducteur d'islandais qui a, lui aussi, traduit Jón Kalman Stefánsson...
J'apprécie beaucoup la composition de ce cliché, les lignes obliques que forment la lumière et l'ombre, les contrastes, les mots illuminés par le soleil et ceux qui sont plongés dans l'ombre : cette image nous en apprend bien plus de la vie qu'il n'y paraît à première vue, elle nous en apprend sur les mots et sur le silence. Jón Kalman dit cela en ces termes : "Nous sommes ce que nous disons, mais aussi ce que nous taisons."



mardi 11 mai 2010

Critique de Juan Asensio sur Entre ciel et terre

Ci-dessous, une très belle et riche critique d'Entre ciel et terre de Jon Kalman Stefansson publiée sur son site qui est, par ailleurs, une mine d'informations pour littéraires de tout poil.
Merci à lui pour ce texte :

http://stalker.hautetfort.com/archive/2010/04/20/entre-ciel-et-terre-de-jon-kalman-stefansson.html

samedi 1 mai 2010


INDRE-SOURCE

Week-end du Premier Mai. Pendant la Révolution française, mon village a été rebaptisé Indre-Source. Il a depuis repris son nom, mais il y a toujours la rivière qui coule inlassablement, et chuchotte entre les pierres. Par endroits, elle est plus calme, elle gagne en profondeur, les remous sont à peine visibles sous la surface.

Jacques Tati a tourné un film en 1947. Un musée commémore aujourd'hui ce qui fut l'événement le plus marquant de l'histoire des habitants. La Maison de Jour de Fête est un lieu à voir : http://www.maisondejourdefete.com/

Plus personnellement, il y a dans ce village les maisons de mon enfance, celle-là est de loin ma préférée, biscornue à souhait. En passant devant, je me suis aperçu que toutes les cloisons avaient été abattues, le plancher du rez-de-chaussée supprimé, mais la devanture est, pour l'instant, intacte. La cave où j'allais enfant chercher les pommes de terre pour ma grand-mère apparaît désormais à la pleine lumière : il n'y a plus aucune raison de craindre les ténèbres dans lesquelles elle était plongée, elles ne sont plus qu'un souvenir...

Bachelard affirmait qu'il fallait une cave pour avoir peur et un grenier pour rêver. Cette maison-là était à l'image de cette réflexion : la cave était noire à souhait, il n'y avait là que des pommes de terre, du charbon et un sol en terre battue. Le grenier était chaud et poussiéreux, un peu étouffant, peut-être, j'en perçois encore l'odeur et je me souviens de cette lumière douce qui entrait par la lucarne. Mon père y avait entassé ses jouets et j'y montais souvent en catimini pour regarder ces merveilles sans y toucher, sans les abîmer.

Voilà, j'ai appris que cette maison serait prochainement transformée en agence immobilière. J'ai une nouvelle raison de n'aimer que peu... les agences immobilières...




"(...) papa went to other lands
and found someone who understands
the ticking and the western man's need to cry
he came back the other day you know
some things in life may change
and some things they stay the same
like time
there's always time
on my mind
so pass me by
i'll be fine " Damien RICE, Older Chests.

dimanche 25 avril 2010

Article de Martine LAVAL sur Entre Ciel et Terre




Après une absence longue de deux semaines, loin des perturbations d'Internet pour cause de traduction intensive, on peut avoir bien des surprises, bonnes et moins bonnes. En voici une très bonne. Martine Laval a écrit sur Entre ciel et terre de Jón Kalman Stefánsson, le magnifique article que voilà, où elle a saisi toute la beauté de ce livre... Elle lui attribue quatre étoiles, le maximum prévu par Télérama.

Entre ciel et terre Jón Kalman Stefánsson, Roman.


Entre ciel et terre, il y a la mer, celle d'Islande, versatile, calme dans ses profondeurs, tourmen­tée à sa surface où elle nargue une lumière aux couleurs froides. Il y a le temps, immuable comme les étoiles, ces lointaines étrangères, parfois boussoles, parfois ennemies. Ici, en ces confins, le jour s'écoule, le soir se pose, le silence enve­loppe toute chose, toute âme. Le vent colporte bien quelques paroles, mais elles sont vite emportées par l'oubli. Entre ciel et terre, il y a des mots, ceux de Jón Kalman Stefánsson, écrivain islandais pour la première fois traduit en français avec une grâce inouïe par Eric Boury. Ces mots-là sont « des brigades de sauveteurs » qui jamais ne renoncent à leur quête, arracher au vide - enfer ou paradis - des vies noyées dans l'indifférence.

Une histoire de pêcheurs à la morue, de marins perdus dans l'âpreté des jours et des nuits, de gamin blessé à jamais, de son camarade trop épris de poésie, de gelures et de solitude, de trahison et de rédemption, de capitaine aveugle épris de littérature qui navigue sur des « cartes de géographies obsolètes », rien que de pauvres livres rescapés dont la prose défie les abysses. L'un d'eux est signé Milton, poète anglais, aveugle lui aussi. Il s'intitule Paradis perdu.

Entre ciel et terre - le roman - est un requiem à la force tellurique. Il enfle et se déchire comme un long poème venu des ténèbres, parle de souffrances et de croyances, de mal de vivre et d'infortune, d'amitié déchirée et de destinée malmenée. Récit initiatique, quête métaphysique, explosion des sens ? Il y a dans cette écriture au long souffle, à la tendresse palpable, quelque chose de miraculeux qui serait magie des images, magie des mots, « de ceux dont on peut se passer pour survivre, mais pas pour vivre ». Jón Kalman Stefánsson fait se découvrir l'impalpable, lui insuffle fureurs et mélancolies et convie le lecteur, non sans dérision, à sombrer avec elles : « C'est dans nos propres souvenirs que nous plongeons, c'est là que se trouve le fil qui nous relie à l'existence. Des souvenirs de ces jours où nous étions on ne peut plus vivants, ces jours où il neigeait, où il pleuvait sur nos vies, ces moments brûlants de soleil, sombres de nuit... »

Histoire d'un autre temps, d'un autre monde, Entre ciel et terre explore la lisière entre songes et réalités, conscience et innocence, trace une route vertigineuse à travers le fracas de l'humanité et nous invite à cheminer avec un gamin porteur d'espérance, messager malgré lui d'une poésie intemporelle. Celle nichée dans un livre meurtrier... « Il veut atteindre l'essentiel, quel qu'il soit, il voudrait découvrir si l'essentiel existe, mais il est parfois difficile de réfléchir et de lire quand on est tout vermoulu après une journée épuisante à ramer. Ses pensées peuvent être tellement lourdes qu'il parvient à peine à les soulever, alors, il est à des lieues de l'essentiel. » On lui souffle deux mots. Loyauté. Amitié.

Martine Laval Telerama n° 3144 - 17 avril 2010
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