jeudi 25 février 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson : critique...

Ah, on me signale une jolie critique d'Entre ciel et terre sur le site : A saut et à gambades (en deuxième position après le billet sur L'énigme du retour de Dany Laferrière). Merci à la personne qui l'a écrite.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/

mercredi 24 février 2010

Article de Martine Laval sur Hypothermie dans Télérama

http://www.telerama.fr/livres/hypothermie,52910.php

Roman noir

La facilité serait de croire que l'on sait tout de l'Islande, ses mystères, ses horreurs, tout sur Erlendur, flic et personnage récurrent d'Arnaldur ­Indridason. Naïvement, on pense entrer un peu comme chez soi, en terrain connu, dans ce sixième roman du chef de file du polar islandais. Erreur. On est vite happé par une sourde mélancolie, une poisse tracée à l'encre gelée, de celle qui ravive des meurtrissures enfouies depuis trop longtemps. Plus sage que La Cité des jarres (2005), moins bouleversant que La Femme en vert (2006), mais tout aussi impérieux, Hypothermie met en scène un Erlendur presque nouveau, plus fragile que jamais. Ereinté par les mauvais souvenirs (il porte son enfance et la disparition de son jeune frère comme un fardeau), accablé par ses échecs personnels (mauvais mari, piètre père), Erlendur voudrait se reposer - oublier -, il en est incapable. Une fois de plus, il va affronter de vieux démons, chercher une vérité qui se dérobe, découvrir ce que l'Is­lande porte en elle depuis la nuit des temps et qui l'empêche, lui, de dormir : des histoires de naufrages, d'hommes disparus dans des gouffres blancs, d'âmes tourmentées, d'esprits maléfiques, de fantômes réclamant justice.

Notre bon flic, seul contre tous, se met à enquêter sur la mort d'une femme retrouvée pendue. Les conclusions de ses confrères se résument en un mot : suicide. Lui ne peut s'en contenter. Arnaldur ­Indridason écrit le chaud et le froid, les amours déchues, les errances métaphysiques, la culpabilité, l'impossible deuil, et donne encore et toujours le frisson avec Hypothermie, roman des ténèbres.

Martine Laval Telerama n° 3137 - 27 février 2010

dimanche 21 février 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson

Un très bel article paru dans Livres-Hebdo, à propos d'Entre ciel et terre. Cela fait plaisir de voir un livre qu'on aime être aimé par ceux qui le lisent...


lundi 15 février 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson : Une lecture essentielle, une merveille de poésie et de vérité, un texte fulgurant.



ENTRE CIEL ET TERRE
Jón Kalman Stefánsson
A paraître chez Gallimard – Du monde entier – le 18 février.


Le livre s’ouvre sur un alexandrin esseulé au centre de la page blanche : « Nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres ».

Ces mots nous plongent d’emblée dans un monde méditatif, celui, nocturne, du rêve, du cauchemar peut-être, tout en nous renvoyant à ce que nous abritons de gouffres, de passions, de secrets, de terreurs, de tristesses, lesquels ne sauraient supporter la pleine lumière. Justement, il y a aussi dans cette phrase la lumière, qui brille par son absence, mais qui éclaire tout de même faiblement. Derrière ce qui n’est pas dit, dans l’espace ménagé par ce « presque uniquement » vient se lover, en creux, ce qui ne participe pas de notre ombre : la poésie, l’écriture, le soleil, la chaleur, l’amour ou l’amitié et aussi, tout ce qui est fragile, infime et éphémère, mais subtil et essentiel, simplement parce que nous sommes et qu’un jour, ceux qui nous survivront pourront dire de nous « ils furent » ou bien « je me souviens de lui, je me souviens d’elle ».

Jón Kalman Stefánsson laisse aux défunts le soin de nous conter ce récit. „C‘était en ces années où, probablement, nous étions encore vivants“. Ici, les morts prennent la plume pour nous parler d’autres défunts dont le sort fut tragique et dont ils se souviennent. Ceux qui n’étaient plus que des noms sur des tombes reviennent alors à la lumière, les moments engloutis remontent à la surface et, par la magie du verbe, deviennent éternité : ils se prolongent par-delà la mort et l’oubli en une longue anamnèse. Puisque les écrits restent, il est urgent de consigner les événements, de décrire ceux qui vécurent, de rappeler ce qui advint, de partir à la recherche du temps perdu, de se mettre en route pour arracher à l’oubli les existences de ces hommes :

« Les mots ont parfois le pouvoir des trolls et ils sont capables d’abattre les dieux, ils peuvent sauver des vies et les anéantir. Les mots sont des flèches, des balles de fusil, des oiseaux légendaires lancés à la poursuite des héros, les mots sont des poissons immémoriaux qui découvrent un secret terrifiant au fond de l’abîme, ils sont un filet assez ample pour attraper le monde et embrasser les cieux, mais parfois, ils ne sont rien, des guenilles usées, transpercées par le froid, des forteresses caduques que la mort et le malheur piétinent sans effort.
Les mots sont cependant tout ce que le gamin possède. A part les lettres de sa mère, un pantalon de grosse toile, ses vêtements de laine, trois livres peu épais ou plutôt des fascicules qu’il a emportés avec lui en quittant le baraquement, des bottes de mer et de mauvaises chaussures. Les mots sont ses compagnons les plus dévoués et ses amis les plus fidèles, ils se révèlent pourtant inutiles au moment où il en aurait le plus besoin. »

Jón Kalman nous livre une lancinante, une poignante élégie où chaque mot est à sa place, un texte qu’il faut lire avec la lenteur et le recueillement nécessaires. Une œuvre hautement littéraire qui s’interroge sur le pouvoir – parfois dérisoire – du langage et nous interpelle sur le sens de la vie tout en nous rappelant l’inéluctabilité de la mort ainsi que l’absolue nécessité des rêves et de l’espoir. Qu’y a-t-il entre ciel et terre ?

Il y a un absolu dérisoire. Il y a nous, quelque part entre le paradis et l’enfer, comme le suggère le titre original de l’œuvre, Himnaríki og helvíti, quelque part au centre de l’éternité. A chaque moment, nous sommes au centre de l’éternité. Il y a nous, ici et maintenant, toujours et partout : notre vie, nos souffrances, nos joies, nos rêves, nos espoirs et notre irréductible solitude. Et il y a ce combat si parfaitement décrit par la marche – certes, pas uniquement métaphorique – exposée au début du livre, qu’il vaut mieux laisser la parole à l’auteur :

„Ils avancent à vive allure – juvéniles jambes, feu qui flambe – livrant également contre les ténèbres une course tout à fait bienvenue puisque l’existence humaine se résume à une course contre la noirceur du monde, les traîtrises, la cruauté, la lâcheté, une course qui paraît si souvent tellement désespérée, mais que nous livrons tout de même tant que l’espoir subsiste. C’est pourtant d’une simple marche que Bárður et le gamin ont l’intention de se délester des ténèbres ou de l’obscurité du ciel pour arriver avant elles aux baraquements des pêcheurs. Parfois, ils marchent de front et c’est beaucoup mieux parce que des traces de pas posées les unes à côté des autres sont preuve de connivence et qu’alors, la vie n’est pas aussi solitaire.“


Oui, le combat est perdu d’avance, mais nous sommes ces juvéniles jambes, ce feu qui flambe jusqu’à notre dernier souffle et nous tentons d’en oublier l’issue inéluctable par cette marche, cette course, cette fuite avec parfois, quelqu’un à nos côtés, une personne qui nous accompagne, une main amie, véritablement amie, qui nous rassure alors que nous sommes plongés dans le noir et le froid, une personne que nous rassurons de même. « Nous devons prendre soin de ceux qui nous sont chers et à qui nous le sommes ».

Et quelles sont ces deux silhouettes qui marchent ainsi vers les baraquements des pêcheurs au début du livre ? Ce sont simplement un gamin et Bárður, le premier demeurera anonyme jusqu’au terme de l’œuvre. Il n’a plus rien, ni père, ni mère, ni petite sœur, il ne lui reste qu’un frère qui vit, si loin, de l’autre côté de la montagne : c’est un anonyme, vous, moi peut-être ? Heureusement, il a Bárður, son seul ami, presque un père. Bárður est marié, sa femme, Sigríður est restée à la ferme et elle lui manque terriblement sans que, jamais il ne le dise autrement que par des chemins détournés, ceux de la poésie. Intoxiqué de lecture, il lit de tout – surtout de la poésie, d’ailleurs – et transmet cet amour de la langue au gamin avec passion et patience, par-là, il lui apprend simplement à aimer, à espérer. Mais voilà, Bárður lit trop et, un matin, alors qu’il se plonge encore une fois dans un extrait du Paradis perdu, il oublie sa vareuse de peau au baraquement des pêcheurs avant de sortir en mer sur une barque non pontée avec le gamin et les autres membres de l’équipage. C’est le matin :

« Douce est la brise matinale, douce l’arrivée du jour, la suivent les notes mélodieuses, des oiseaux tôt levés, qui l’oreille enchantent. Nulle chose ne m’est plaisir en dehors de toi. »

Qui a écrit cela ? Milton. Qui le lit ? Qui le dit ? Bárður, pas en anglais ni en français, mais en islandais, dans la traduction de Jón Þorláksson, laquelle est d’une telle qualité que les Islandais affirment que, parfois, elle dépasse l’original et que, peut-être, son style a influencé l’immense Jónas Hallgrímsson, le poète romantique. Notons que ces phrases sont parfaitement intégrées à la prose de Jón Kalman, aucun signe de ponctuation ne nous indique à ce moment-là que nous sommes chez Milton. Est-ce une façon de dire que la poésie peut surgir à tout instant, nous surprendre et nous inonder l’âme en tout lieu ? Sans doute. Mais nous sommes aussi ici dans la thématique de la transmission, de la filiation, du lien, de l’héritage, autant génétique que littéraire. Qu’est-ce que la littérature ? Des mots qui créent un lien. Religare, religion.

Si une œuvre littéraire est capable de changer notre vie, de modifier notre vision du monde, de nous faire rêver, espérer, réfléchir, rire ou pleurer, c’est qu’elle est de qualité. Entre ciel et terre appartient indubitablement à la grande littérature, à celle qui nous tend cette main amie et nous aide à vivre en nous indiquant dans quelle direction chercher la lumière et comment nous délester des ténèbres. Jón Kalman Stefánsson nous raconte une histoire sublime et limpide : il nous dépeint la vie d’un village des Fjords de l’Ouest. Cela se passe en Islande, au dix-neuvième siècle, c’est triste, c’est drôle, c’est beau. Son texte est sensible, riche, miroitant et profond comme la mer ; il touche le cœur autant que l’intellect. Certes, nous pleurons à la lecture de certains passages, mais ces larmes sont une grâce – et en basse, l’auteur nous murmure des mots qui consolent, il nous confie des fragments de lumière, à nous tous qui, un jour, serons presque uniquement constitués de ténèbres. Tandis que nous avançons vers la nuit, il nous accompagne, nous ramène à l’essentiel : son souffle nous porte ; il nous exhorte à vivre – avec ivresse.

Eric Boury

samedi 13 février 2010

Article dans le Canard Enchaîné


Article paru dans Le Canard enchaîné du mercredi 3 février. Cliquez sur l'image pour lire le texte...






vendredi 12 février 2010

Interview d'Arnaldur Indriðason par William Irigoyen

Les liens qui suivent vous mèneront vers le blog de William Irigoyen, le présentateur d'Arte Journal - 19 h - que j'ai eu le plaisir de rencontrer ce week-end à Paris où il a interviewé Arnaldur. On trouve sur son blog le résumé des livres jusqu'ici publiés en français ainsi que l'interview en audio, vers le bas de la page.


http://blogs.arte.tv/Le_poing_et_la_plume/frontUser.do?method=getHomePage




Et aussi :
Un article paru dans Libération (11.02.2010) sous la plume de Sabrina Champenois qui nous parle d'Hypothermie d'Arnaldur. Dans le classement paru dans l'édition du même jour, le livre figure en tête des ventes. Not bad, Mr. Indriðason.

http://www.liberation.fr/livres/0101618579-corps-volatils

mercredi 10 février 2010

mardi 9 février 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson


"Nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres."

Ainsi commence le livre dont je vous dirai prochainement quelques mots (un certain nombre de mots, car il le mérite). C'est un texte lumineux, poignant et riche qui nous parle de la vie, de la mort, de l'importance des mots, des rêves, de l'espoir et de la mémoire. Il paraîtra chez Gallimard - Du monde entier - le 18 février. C'est le premier roman de Jón Kalman Stefánsson à être traduit en français.
C'est à lire - absolument...

Le combat d'Arnaldur Indriðason, Blog de Philippe Lemaire

Merci à Philippe Lemaire, journaliste au Parisien pour le petit texte qu'il publie sur son blog. Nous nous sommes rencontrés vendredi à Paris avec Arnaldur et il nous offre un compte-rendu de ce moment. Agréable.

http://blog.leparisien.fr/planete_polars/2010/02/le-combat-darnaldur-indridason.html#more

Cercle Polar : Hypothermie d'Arnaldur Indriðason et Noir Océan de Stefán Máni

Un très bel article de Martine Laval qui nous parle de Noir Océan de Stefán Máni auquel elle attribue trois étoiles dans le Télérama de la semaine dernière :

http://www.telerama.fr/livres/noir-ocean,52117.php

Et puis, voici la présentation de Cercle Polar, une émission radio de Télérama qui traite cette semaine de trois polars nordiques, à écouter...

"Cette semaine, plongée dans des climats troublants : “L’Echo des morts”, second roman de Johan Theorin et son ambiance fantastique ; le huis clos en mer “Noir Océan”, de Stefan Mani ; et “Hypothermie”, d’Arnaldur Indridason, chouchou de “Cercle polar”, sont passés au crible de l’analyse critique de Michel Abescat et de ses chroniqueuses, soit Martine Laval et Christine Ferniot. Brr, ça fait froid dans le dos… "

http://www.telerama.fr/livre/cercle-polar-38-le-roman-policier-scandinave,52067.php#cmtavis

lundi 1 février 2010

Deux livres

Comment faire quand on a traduit deux livres - très différents l'un de l'autre - qui sortent en librairie le même jour?
Hmm, comme on peut. Par exemple, on expose sur son blog les couvertures car si on a traduit les deux, c'est qu'on aime l'un comme l'autre pour des raisons différentes...
Les deux seront en librairie le 5 février.


Arnaldur is back!

Eh oui, Arnaldur revient pour la sixième fois : La cité des jarres, La femme en vert, La voix, L'homme du lac, Hiver Arctique... Voici : Hypothermie. C'est toujours aussi bien, toujours aussi triste, aussi touchant. Erlendur poursuit sa quête et traîne ses démons, avec patience, avec détermination, non, entêtement : sa recherche de la vérité ne lui laisse jamais de répit.

Arnaldur, quant à lui, continue sa réfléxion sur le temps, celui qui se fige au moment où s'emballent les événements qui annihilent ou enferment les victimes dans leur propre enfer, celui qui engloutit ces moments qu'on croit être le bonheur, celui qui est, à jamais, perdu. C'est une oeuvre funèbre, une méditation sur le temps, la mort et le sens de la vie.



vendredi 29 janvier 2010

Stefán Máni, NOIR OCÉAN





Stefán Máni, Noir Océan (Skipið)

Le quatre février prochain paraîtra dans la Série Noire chez Gallimard le premier livre traduit en français d'un auteur islandais né en 1970 à Reykjavik.

"Noir Océan" de Stefán Máni est une incursion vertigineuse dans un univers noir et brutal... L'intrigue se déroule presque entièrement sur un cargo, le Per Se dont le lecteur se demande de plus en plus au fil des pages s'il ne navigue pas simplement pour lui-même, comme l'indique son nom, animé qu'il serait d'une vie propre.
Les hommes qui se trouvent à son bord ne sont pas des enfants de choeur et, sachant qu'au fond de l'océan, qu'il soit déchaîné ou calme : "Ce qui sommeille pour l'éternité n'est pas mort", il n'y a pas de quoi être rassuré. Surtout quand on lit, dès le début du texte que "le mal est éternel et toutes les bonnes choses ont une fin".

Voici un extrait qui a retenu mon attention, son caractère autotélique (la représentation qu'il offre de l'oeuvre à l'intérieur de l'oeuvre) m'a séduit et il donne un bon aperçu de ce à quoi s'attendre :

"Voyager inconscient est une expérience très étrange. On oscille d’avant en arrière comme sur une balançoire, les mouvements sont simplement plus lents ; on ressent également de désagréables secousses latérales avec, toujours, cette drôle d’impression que le chemin qui mène vers le bas est plus long, plus creusé que celui qui conduit vers le haut, comme si le corps impuissant tombait depuis un point situé à une limite extrême et qu’on montrait la scène au ralenti sur un écran de télévision, encore et encore, inlassablement. Il y a là-dedans quelque chose qui apaise, qui, pour ainsi dire, hypnotise, mais il s’agit surtout d’une infinie sensation d’engourdissement qui semble davantage irréelle au fur et à mesure qu’on tournoie plus longuement au sein de ce vide moite à l’odeur de sang tiède, ce vide aussi vaste ou aussi réduit que l’esprit, aussi profond que l’écho nonchalant du tambour provoqué par ce coup reçu sur la tête :

Boum, boum, boum…

Les entrailles de la voiture sont noires. Vêtu d’un uniforme de marin blanc et bleu clair, Jón Karl est attaché à la civière. Le médecin qui veille sur lui est un homme-pieuvre avec un masque d’Albert Einstein sur le visage.
Si je vous dis : cela commence plutôt bien, ensuite, ça avance tranquillement, puis ça décolle nettement vers le milieu, mais personne ne comprend le dénouement. De quoi est-ce que je vous parle ?
Est-ce que c’est un film ?
Oui, mais je ne vous parle pas d’un film.
Serait-ce un livre ?
Oui, mais ce n’est pas d’un livre que je vous parle.
S’agit-il de cette traversée en mer ?
Oui, mais ce dont je vous parle est d’une ampleur et d’une importance qui dépasse celle de ce voyage.
L’ambulance roule sur une route cahoteuse, les chocs résonnent à l’intérieur de l’habitacle métallique aussi vaste que la cale d’un bateau :

Boum, boum, boum…"

J'avoue que cette traduction a relevé pour moi autant du plaisir que de l'épreuve : les termes de marine, de mécanique, d'économie, la hiérarchie à bord, les descriptions de salles des machines m'ont parfois donné bien du fil à retordre.

Martine Laval, critique littéraire à Télérama, en parle en termes élogieux sur ses LECTURES BUISSONNIERES.

http://www.telerama.fr/livre/la-nuit-je-lis-noir-ocean,51777.php

mercredi 20 janvier 2010

Le testament des gouttes de pluie, Revue Strokkur



Une belle surprise trouvée ces jours-ci sur la revue Strokkur : l'auteur de l'article propose une belle lecture poétique, à mon avis tout à fait bien vue, du Testament des gouttes de pluie, d'Einar Már Guðmundsson, publié chez Gaïa en octobre 2008.

"On pénètre dans l’univers des «gouttes de pluie» comme on traverse le miroir d’Alice. Il faut laisser derrière soi les oripeaux du réel et sa maussade linéarité pour un monde synesthésique où les arts se répondent : musique, peinture, littérature s’allient pour éviter le figement des (du) sens.

D’abord, on entre dans le livre comme on attend le commencement, l’éclatement pour ainsi dire, d’un opéra ; à l’ouverture du livre, le «sommaire», un programme musical : divisé en trois parties, comme en trois actes : «Le bateau dans la tempête», «Éclats de rire et battements de coeur» et «Le testament des gouttes de pluie», final qui donne son titre au roman. Puis trois niveaux de subdivision, jusqu’au détail de chacune des scènes ; les titres de celles-ci sont parfois très longs, souvent surprenants, construits selon un principe de concomitance incongrue qui n’est pas sans rappeler les collages surréalistes : «À propos de bibine provenant d’un magasin de tabac et d’alcool dirigé par l’État, de tambouille à vomir et de vins légers pour l’édification des poules mouillées» ou encore, plus courts mais non moins étonnants : «Caramels et églises», «Les têtes à l’intérieur des chapeaux», «Les bougies dans la boîte à chaussures». C’est que le narrateur, d’emblée, s’amuse, ainsi que le montrent de nombreux indices, dont le moindre serait l’usage récurrent de la formule «À propos de» au commencement des titres, clin d’oeil aux romans de Cervantès, Sterne et Diderot : omniscience du point de vue, jeu avec le lecteur, manipulation des personnages montrent la toute-puissance de l’instance narrative, qui se divertit aux rapprochements insolites. Deus ex machina, le narrateur donne la pleine mesure de sa puissance ; conduisant le lecteur de sa propre posture surplombante—le ciel d’orage au-dessus de «la ville obscure blottie dans le soir»—jusqu’à une «petite maison peinte en blanc» dans laquelle, avec lui, on s’attardera plus tard, et où sommeille Sigridur, femme de Daniel, le pasteur du quartier, le démiurge se fait peintre et esquisse le trait d’une ville à peine plus grosse qu’une «minuscule goutte d’eau», qu’il transformera ensuite à sa guise.

Dès le «sommaire», au «seuil» du texte, le roman se présente à la marge, sans décevoir l’effet d’attente du titre : les gouttes de pluie, personnifiées par le lien sémantique avec le «testament», occuperont bien un rôle central : thème principal, décliné, tout au long du roman, en de très nombreuses variations, les gouttes ponctuent le récit auquel elles confèrent, comme des battements de coeur, un rythme intérieur. L’orage symphonique de la première page donne le ton de cette longue métaphore : à l’origine de l’ébranlement de l’être, il donne lieu aussi à une déstructuration du récit : «Certains sentent leurs crâne vibrer», «on entend des craquements dans la croûte terrestre de l’esprit», «Quelque part, des failles se lovent autour d’âmes fragiles». Le réel, en vacillant, légitime alors tous les rapprochements, toutes les présences. Le narrateur convoque les êtres de légende, à l’origine probable du tremblement de terre (celui de l’être les soirs d’orage), parallèle aux secousses du ciel : des «nains» et des «elfes furibonds», les «antiques dragons et esprits tutélaires du pays» «virevoltent dans les entrailles de la terre» et «chaque chose tremblote pendant que le voûte céleste s’enflamme». Le récit semble basculer dans l’univers merveilleux du conte ; n’est-ce pas par ce genre de soirée que se manifeste «l’être vêtu de vert, le spectre de l’homme à la moustache constamment couverte de glaçons» ? Non content de mettre lui-même en cause la crédibilité d’un roman aussi composite, le narrateur se livre au pur plaisir de la narration. Dans un quartier de Reykjavik en effet, «à l’intérieur de l’atelier du vieux sellier» se sont rassemblés des personnages qui espèrent boire de l’alcool «afin d’engendrer des histoires». Quel plus bel hommage à la littérature que cette référence à L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, où chaque personnage semble n’être là que pour raconter une histoire. Mais l’apparent retour à une forme de réalisme n’est qu’illusoire ; le sellier lui-même est un être de légende : «il ne serait pas hors de propos de considérer qu’il ait atteint l’âge de trois cents, quatre cents ans voire qu’il ait compté parmi les premiers à s’être établis en Islande au IXe siècle.» Un personnage de roman donc, «qui sauta d’entre les lettres d’un livre, sortit de son histoire et se retrouva dans le monde», ou bien de théâtre ? Dans l’atelier, décor un peu fouillis où l’on peut voir «toutes sortes d’objets décoratifs qui mélangent les époques»—le «squelette poli d’une baleine qui brille et lance des étincelles», des «têtes de renards empaillés», des «peaux de bêtes venues de pays étrangers», des «boucliers», des «poignées d’épées décorées» — se retrouvent en effet, outre Gunnar, «le dernier paysan en activité dans le quartier», suivi de son chien noir, «les quatorze pêcheurs» réunis ainsi qu’un «choeur d’hommes». Nous voilà, l’espace d’un temps indéfinissable, transportés dans l’univers de la tragédie antique.

Monde illusoire que celui des gouttes de pluie, éphémères, tôt disparues ; monde d’illusion, tant elles transforment, l’espace d’un instant, ce (ceux) qu’elles atteignent. Il faut pénétrer dans l’univers des gouttes de pluie, écouter ce qu’elles racontent en tombant, les histoires, multiples, polymorphes, qu’elles laissent derrière elles ; les voir comme le temps qui martèle les existences et rappelle avec insistance que «nous flottons entre deux dimensions sur le seuil de l’univers»."



Malheureusement, le nom de l'auteur de ce bel article n'est pas précisé sur le site.

J'en profite pour signaler ici ce site de Strokkur qui est à explorer, on y trouve des analyses littéraires, des présentations, des traductions :
http://www.strokkur.org/Strokkur/hef1.html

dimanche 25 octobre 2009

Et pourtant, il y a la lumière...



Voilà, c'est l'heure d'hiver. L'été s'est enfin décidé à plier bagage : les feuilles jaunissent, rougissent et brunissent. Elles ne tarderont plus à rejoindre la terre et à n'être que le souvenir de ce qui fut et, lentement, se désagège. En regardant par ma fenêtre, j'ai l'impression que certaines s'accrochent désespérément à leurs branches, que quelques unes, encore obstinément vertes, se refusent à changer de couleur. Pourtant, le vent de novembre se chargera de les chasser, il aura raison de leur vigueur et dénudera les arbres. Alors, l'été sera tout à fait mort. Allons, nous savons tous que les bonnes choses ont une fin, cela vaut également pour les plus belles saisons que la nostalgie est impuissante à nous rendre même si certains soleils, comme les feuilles des arbres, refusent de s'éteindre.


J'aimerais être en Islande, c'est le moment où la lumière décline à vive allure et où on se sent enveloppé par la nuit. Cette période me plaît, je préfère la lenteur à la précipitation, la contemplation à la consommation : on entend les tempêtes qui hurlent au dehors, on voit la neige qui tombe, doucement ou en bourrasques et la lumière, la lumière ennivrante de l'été passé n'est plus que l'ombre d'elle-même. C'est le moment où l'on médite en écoutant dans la nuit les voix agréables de la radio nationale RUV : toute une atmosphère difficile à exprimer, un peu comme si le temps se mettait en suspens. Parfois, on aimerait bien voir le temps se suspendre, on aimerait que certains moments s'immobilisent à l'infini...

Dans son dernier livre, qui vient de paraître en Islande, et sera certainement traduit chez Gallimard à la suite du sublime "Entre ciel et terre" (à paraître au début de l'an prochain), Jón Kalman Stefánsson dit la chose suivante : "því tíminn er stundum bölvað kvikindi, færir okkur allt til þess eins að taka það burt aftur" / "Car le temps est parfois cet infâme salaud qui nous apporte tout dans l'unique but de nous le reprendre". Le titre du chapitre est : "Sum orð eru skeljar í tímanum, og inni í þeim er kannski minningin um þig : Au creux du temps, certains mots forment des coquilles à l'intérieur desquelles, peut-être, repose le souvenir de toi." C'est simplement beau, qu'y a-t-il à ajouter? Je suis au début de cette lecture, elle sera lente. J'ai éprouvé un tel plaisir à lire puis traduire "Entre ciel et terre" que j'entends déguster longuement la suite : La tristesse des anges/ Harmur Englanna, avant de la traduire, l'an prochain.


J'entreprends ces jours-ci le grand ménage d'automne - il est grand temps - en commençant la traduction d'un nouveau livre d'Arni Thorarinsson : Sjöundi sonurinn/Le septième fils, qui sera publié aux Editions Métailié courant 2010. Bon livre, le ton ne diffère que peu des deux précédents, lesquels m'ont beaucoup plu. Dans l'ordre : Le temps de la sorcière et Le dresseur d'insectes, tous deux publiés chez Métailié et maintenant disponibles en Points au Seuil.

samedi 3 octobre 2009

Automne

J'ai une bonne nouvelle pour les admirateurs d'Arnaldur Indridason... J'ai envoyé, il y a peu, le manuscrit du prochain opus qui s'intitule Hypothermie, je l'ai traduit, plongé dans la chaleur de l'Aveyron, au mois d'août. Le livre paraîtra aux Editions Métailié en février 2010. Je ne raconterai pas un mot de l'histoire.
De mon côté, l'été fut bref, peuplé de fulgurances et septembre, précoce... Peut-être est-ce simplement la saison, à moins que ce ne soit l'effet de la lune montante de cette fin septembre ou simplement que le traducteur fatigue un peu.

dimanche 1 mars 2009

Critique de Gérard Meudal dans Le Monde pour Hiver Arctique et L'heure trouble

Parmi les choses qui font plaisir : un bel article de Gérard Meudal en date du 20.02.09. Il porte sur Hiver Arctique, d'Arnaldur Indridason et sur L'heure trouble du Suédois Johan Theorin, traduit par Rémy Cassaigne. Gérard Meudal parle de l'Islande comme d'une sorte de laboratoire sociologique, sa vision est parfaitement juste, me semble-t-il. Voici l'article!

Le laboratoire scandinave, par Gérard Meudal. LE MONDE DES LIVRES, 20.02.09

Et si l'Islande constituait un observatoire privilégié, une sorte de poste avancé où les mutations de nos sociétés se manifesteraient de manière plus évidente, plus radicale que partout ailleurs ? Après tout, cette île peuplée de seulement 300 000 habitants est passée à une vitesse foudroyante du statut de société traditionnelle de paysans et de pêcheurs à celui d'eldorado économique. Et on découvre aujourd'hui avec stupeur que ce pays prospère se retrouve du jour au lendemain au bord de la banqueroute en raison de la crise financière internationale.
Les auteurs de romans policiers islandais l'ont bien compris et leur chef de file, Arnaldur Indridason, se sert des aventures de son commissaire Erlendur pour radiographier une société bouleversée par des évolutions rapides et spectaculaires. Erlendur, dont le nom, paraît-il, signifie en islandais "étranger", est une sorte de laissé-pour-compte, originaire de la région des fjords de l'est, qui n'est en phase ni avec la ville de Reykjavik où il travaille ni avec la vie moderne (son fils est alcoolique et sa fille junkie).
Cinquième roman d'Arnaldur Indridason traduit en français, Hiver arctique traite justement du statut des étrangers dans un pays où l'immigration est un phénomène relativement récent. Sunee, une jeune Thaïlandaise, est venue vivre à Reykjavik après avoir épousé un Islandais rencontré à Bangkok. Ils ont eu un fils, Elias, qui, à 10 ans, est un modèle d'intégration, bon élève, gamin charmant apprécié de tous. Sunee avait déjà un fils en Thaïlande, Niran, qu'elle a fait venir auprès d'elle. Mais celui-ci, plus âgé, a beaucoup de mal à s'adapter. Après son divorce, Sunee élève seule ses deux enfants. On découvre un jour Elias poignardé devant chez lui alors qu'il rentrait de l'école.
Pour Erlendur, les pistes ne manquent pas : crime d'un pédophile (on vient justement d'en signaler un dans le quartier), meurtre lié aux trafics de drogue à la porte des établissements scolaires, crime raciste ? L'auteur en profite pour rappeler que, sur la base américaine de Keflavik, l'interdiction de faire venir des militaires noirs a "longtemps été stipulée dans les accords entre l'Islande et les USA". Erlendur prend l'affaire d'autant plus à coeur que lui-même, dans son enfance, a perdu un frère, disparu sans laisser de traces. Un drame dont il se sent responsable et ne s'est jamais remis.
C'est aussi d'un enfant qu'il est question dans L'Heure trouble, de Johan Theorin. Un roman qui justifie amplement l'engouement que connaît actuellement le polar suédois auprès des lecteurs français, et un auteur dont il va falloir retenir le nom. Ce premier livre, qui a obtenu en 2007 le Prix du meilleur roman policier suédois décerné par la Swedish Academy of Crime, se déroule sur l'île d'Oland, au sud-est de la Suède. Jens Davidsson, un petit garçon de 6 ans, passe des vacances au bord de la mer. Un jour qu'il est confié à la surveillance peu efficace de ses grands-parents, il en profite pour faire le mur et s'aventurer sur la lande avoisinante malgré un épais brouillard. On ne retrouvera plus jamais sa trace.
UN PENCHANT POUR L'ALCOOL
Est-il tombé à la mer ? A-t-il fait une mauvaise rencontre ? Toutes les battues et les recherches resteront vaines et l'enquête policière aboutira à une impasse. La famille en reste durablement meurtrie. La mère végète dans une dépression aggravée par un certain penchant pour l'alcool et le grand-père coule des jours pas vraiment paisibles dans une maison de retraite, jusqu'au jour où il reçoit un colis contenant une des sandales que portait le gamin le jour de sa disparition.
L'intérêt de l'enquête, c'est qu'elle n'est pas menée par de brillants policiers rompus aux méthodes d'investigation les plus subtiles, mais par deux êtres cabossés par la vie, la mère et le grand-père, qui, animés des meilleures intentions, n'en multiplient pas moins les pires maladresses. Les paysages de cette île de la mer Baltique sont magnifiquement évoqués mais, là encore, le décor n'est qu'un prétexte à analyser les mutations sociales. Car ce lieu réputé sauvage et invivable est devenu en quelques années - et c'est là que réside la clé de l'énigme - un paradis touristique pour le plus grand profit de quelques entrepreneurs avisés.
Hiver arctique (Vetrarborgin) d'Arnaldur IndridasonTraduit de l'islandais par Eric Boury,Métailié noir, 336 p., 19 €.
L'Heure trouble (Skumtimen) de Johan TheorinTraduit du suédois par Rémy Cassaigne,Albin Michel, 430 p., 19,50 €.
Gérard Meudal

jeudi 19 février 2009

Hiver Arctique d'Arnaldur Indriðason

Depuis quelques jours, Hiver arctique, le dernier livre d'Arnaldur Indriðason figure en tête des ventes sur le site Datalib, à la rubrique Polars-SF. On y retrouve le commissaire Erlendur, qui ne manque pas de raisons pour déprimer.
http://public.datalib.net/fonctions/top_ventes.php?page=1&cat=3
Et oui, les Islandais savent écrire et, pas seulement des romans policiers d'ailleurs! Voir ci-dessous...

Les Annales de Brekkukot


Je tiens à signaler la parution d'un très beau livre chez Fayard : Les Annales de Brekkukot. Une très belle traduction de Régis Boyer qui a su saisir toute l'ironie de Laxness, un auteur particulièrement difficile à traduire.


dimanche 1 février 2009

Ce blog n'est pas une tribune politique, mais tout de même, l'Islande a un nouveau premier ministre et pour la première fois, le chef du gouvernement est une femme. Son nom: Jóhanna Sigurðardóttir. Adressons-lui nos félicitations et surtout, souhaitons-lui beaucoup de courage, elle en aura besoin! Til hamingju Jóhanna og gangi þér vel!