
"Sá sem ekki lifir í skáldskap lifir ekki af hér á jörðinni." Halldór Laxness, Kristnihald undir Jökli. "Celui qui ne vit pas en poésie ne saurait survivre ici-bas." Halldór Laxness, Úa ou Chrétiens du glacier. (Traduction : Régis Boyer)
samedi 13 février 2010
Article dans le Canard Enchaîné

vendredi 12 février 2010
Interview d'Arnaldur Indriðason par William Irigoyen
http://blogs.arte.tv/Le_poing_et_la_plume/frontUser.do?method=getHomePage
Et aussi :
Un article paru dans Libération (11.02.2010) sous la plume de Sabrina Champenois qui nous parle d'Hypothermie d'Arnaldur. Dans le classement paru dans l'édition du même jour, le livre figure en tête des ventes. Not bad, Mr. Indriðason.
http://www.liberation.fr/livres/0101618579-corps-volatils
mercredi 10 février 2010
"Arnaldur Indriðason poursuit les fantômes" La Tribune de genève
http://www.tdg.ch/loisirs/livres/arnaldur-indridason-poursuit-fantomes-2010-02-08
mardi 9 février 2010
Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson
"Nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres."
Ainsi commence le livre dont je vous dirai prochainement quelques mots (un certain nombre de mots, car il le mérite). C'est un texte lumineux, poignant et riche qui nous parle de la vie, de la mort, de l'importance des mots, des rêves, de l'espoir et de la mémoire. Il paraîtra chez Gallimard - Du monde entier - le 18 février. C'est le premier roman de Jón Kalman Stefánsson à être traduit en français. C'est à lire - absolument...
Le combat d'Arnaldur Indriðason, Blog de Philippe Lemaire
http://blog.leparisien.fr/planete_polars/2010/02/le-combat-darnaldur-indridason.html#more
Cercle Polar : Hypothermie d'Arnaldur Indriðason et Noir Océan de Stefán Máni
http://www.telerama.fr/livres/noir-ocean,52117.php
Et puis, voici la présentation de Cercle Polar, une émission radio de Télérama qui traite cette semaine de trois polars nordiques, à écouter...
"Cette semaine, plongée dans des climats troublants : “L’Echo des morts”, second roman de Johan Theorin et son ambiance fantastique ; le huis clos en mer “Noir Océan”, de Stefan Mani ; et “Hypothermie”, d’Arnaldur Indridason, chouchou de “Cercle polar”, sont passés au crible de l’analyse critique de Michel Abescat et de ses chroniqueuses, soit Martine Laval et Christine Ferniot. Brr, ça fait froid dans le dos… "
http://www.telerama.fr/livre/cercle-polar-38-le-roman-policier-scandinave,52067.php#cmtavis
lundi 1 février 2010
Deux livres
Hmm, comme on peut. Par exemple, on expose sur son blog les couvertures car si on a traduit les deux, c'est qu'on aime l'un comme l'autre pour des raisons différentes...
Les deux seront en librairie le 5 février.

Arnaldur is back!
Eh oui, Arnaldur revient pour la sixième fois : La cité des jarres, La femme en vert, La voix, L'homme du lac, Hiver Arctique... Voici : Hypothermie. C'est toujours aussi bien, toujours aussi triste, aussi touchant. Erlendur poursuit sa quête et traîne ses démons, avec patience, avec détermination, non, entêtement : sa recherche de la vérité ne lui laisse jamais de répit.
Arnaldur, quant à lui, continue sa réfléxion sur le temps, celui qui se fige au moment où s'emballent les événements qui annihilent ou enferment les victimes dans leur propre enfer, celui qui engloutit ces moments qu'on croit être le bonheur, celui qui est, à jamais, perdu. C'est une oeuvre funèbre, une méditation sur le temps, la mort et le sens de la vie.
vendredi 29 janvier 2010
Stefán Máni, NOIR OCÉAN

Le quatre février prochain paraîtra dans la Série Noire chez Gallimard le premier livre traduit en français d'un auteur islandais né en 1970 à Reykjavik.
"Noir Océan" de Stefán Máni est une incursion vertigineuse dans un univers noir et brutal... L'intrigue se déroule presque entièrement sur un cargo, le Per Se dont le lecteur se demande de plus en plus au fil des pages s'il ne navigue pas simplement pour lui-même, comme l'indique son nom, animé qu'il serait d'une vie propre.
Les hommes qui se trouvent à son bord ne sont pas des enfants de choeur et, sachant qu'au fond de l'océan, qu'il soit déchaîné ou calme : "Ce qui sommeille pour l'éternité n'est pas mort", il n'y a pas de quoi être rassuré. Surtout quand on lit, dès le début du texte que "le mal est éternel et toutes les bonnes choses ont une fin".
Voici un extrait qui a retenu mon attention, son caractère autotélique (la représentation qu'il offre de l'oeuvre à l'intérieur de l'oeuvre) m'a séduit et il donne un bon aperçu de ce à quoi s'attendre :
Boum, boum, boum…
Les entrailles de la voiture sont noires. Vêtu d’un uniforme de marin blanc et bleu clair, Jón Karl est attaché à la civière. Le médecin qui veille sur lui est un homme-pieuvre avec un masque d’Albert Einstein sur le visage.
Si je vous dis : cela commence plutôt bien, ensuite, ça avance tranquillement, puis ça décolle nettement vers le milieu, mais personne ne comprend le dénouement. De quoi est-ce que je vous parle ?
Est-ce que c’est un film ?
Oui, mais je ne vous parle pas d’un film.
Serait-ce un livre ?
Oui, mais ce n’est pas d’un livre que je vous parle.
S’agit-il de cette traversée en mer ?
Oui, mais ce dont je vous parle est d’une ampleur et d’une importance qui dépasse celle de ce voyage.
L’ambulance roule sur une route cahoteuse, les chocs résonnent à l’intérieur de l’habitacle métallique aussi vaste que la cale d’un bateau :
Boum, boum, boum…"
J'avoue que cette traduction a relevé pour moi autant du plaisir que de l'épreuve : les termes de marine, de mécanique, d'économie, la hiérarchie à bord, les descriptions de salles des machines m'ont parfois donné bien du fil à retordre.
Martine Laval, critique littéraire à Télérama, en parle en termes élogieux sur ses LECTURES BUISSONNIERES.
http://www.telerama.fr/livre/la-nuit-je-lis-noir-ocean,51777.php
mercredi 20 janvier 2010
Le testament des gouttes de pluie, Revue Strokkur

Une belle surprise trouvée ces jours-ci sur la revue Strokkur : l'auteur de l'article propose une belle lecture poétique, à mon avis tout à fait bien vue, du Testament des gouttes de pluie, d'Einar Már Guðmundsson, publié chez Gaïa en octobre 2008.
"On pénètre dans l’univers des «gouttes de pluie» comme on traverse le miroir d’Alice. Il faut laisser derrière soi les oripeaux du réel et sa maussade linéarité pour un monde synesthésique où les arts se répondent : musique, peinture, littérature s’allient pour éviter le figement des (du) sens.
D’abord, on entre dans le livre comme on attend le commencement, l’éclatement pour ainsi dire, d’un opéra ; à l’ouverture du livre, le «sommaire», un programme musical : divisé en trois parties, comme en trois actes : «Le bateau dans la tempête», «Éclats de rire et battements de coeur» et «Le testament des gouttes de pluie», final qui donne son titre au roman. Puis trois niveaux de subdivision, jusqu’au détail de chacune des scènes ; les titres de celles-ci sont parfois très longs, souvent surprenants, construits selon un principe de concomitance incongrue qui n’est pas sans rappeler les collages surréalistes : «À propos de bibine provenant d’un magasin de tabac et d’alcool dirigé par l’État, de tambouille à vomir et de vins légers pour l’édification des poules mouillées» ou encore, plus courts mais non moins étonnants : «Caramels et églises», «Les têtes à l’intérieur des chapeaux», «Les bougies dans la boîte à chaussures». C’est que le narrateur, d’emblée, s’amuse, ainsi que le montrent de nombreux indices, dont le moindre serait l’usage récurrent de la formule «À propos de» au commencement des titres, clin d’oeil aux romans de Cervantès, Sterne et Diderot : omniscience du point de vue, jeu avec le lecteur, manipulation des personnages montrent la toute-puissance de l’instance narrative, qui se divertit aux rapprochements insolites. Deus ex machina, le narrateur donne la pleine mesure de sa puissance ; conduisant le lecteur de sa propre posture surplombante—le ciel d’orage au-dessus de «la ville obscure blottie dans le soir»—jusqu’à une «petite maison peinte en blanc» dans laquelle, avec lui, on s’attardera plus tard, et où sommeille Sigridur, femme de Daniel, le pasteur du quartier, le démiurge se fait peintre et esquisse le trait d’une ville à peine plus grosse qu’une «minuscule goutte d’eau», qu’il transformera ensuite à sa guise.
Dès le «sommaire», au «seuil» du texte, le roman se présente à la marge, sans décevoir l’effet d’attente du titre : les gouttes de pluie, personnifiées par le lien sémantique avec le «testament», occuperont bien un rôle central : thème principal, décliné, tout au long du roman, en de très nombreuses variations, les gouttes ponctuent le récit auquel elles confèrent, comme des battements de coeur, un rythme intérieur. L’orage symphonique de la première page donne le ton de cette longue métaphore : à l’origine de l’ébranlement de l’être, il donne lieu aussi à une déstructuration du récit : «Certains sentent leurs crâne vibrer», «on entend des craquements dans la croûte terrestre de l’esprit», «Quelque part, des failles se lovent autour d’âmes fragiles». Le réel, en vacillant, légitime alors tous les rapprochements, toutes les présences. Le narrateur convoque les êtres de légende, à l’origine probable du tremblement de terre (celui de l’être les soirs d’orage), parallèle aux secousses du ciel : des «nains» et des «elfes furibonds», les «antiques dragons et esprits tutélaires du pays» «virevoltent dans les entrailles de la terre» et «chaque chose tremblote pendant que le voûte céleste s’enflamme». Le récit semble basculer dans l’univers merveilleux du conte ; n’est-ce pas par ce genre de soirée que se manifeste «l’être vêtu de vert, le spectre de l’homme à la moustache constamment couverte de glaçons» ? Non content de mettre lui-même en cause la crédibilité d’un roman aussi composite, le narrateur se livre au pur plaisir de la narration. Dans un quartier de Reykjavik en effet, «à l’intérieur de l’atelier du vieux sellier» se sont rassemblés des personnages qui espèrent boire de l’alcool «afin d’engendrer des histoires». Quel plus bel hommage à la littérature que cette référence à L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, où chaque personnage semble n’être là que pour raconter une histoire. Mais l’apparent retour à une forme de réalisme n’est qu’illusoire ; le sellier lui-même est un être de légende : «il ne serait pas hors de propos de considérer qu’il ait atteint l’âge de trois cents, quatre cents ans voire qu’il ait compté parmi les premiers à s’être établis en Islande au IXe siècle.» Un personnage de roman donc, «qui sauta d’entre les lettres d’un livre, sortit de son histoire et se retrouva dans le monde», ou bien de théâtre ? Dans l’atelier, décor un peu fouillis où l’on peut voir «toutes sortes d’objets décoratifs qui mélangent les époques»—le «squelette poli d’une baleine qui brille et lance des étincelles», des «têtes de renards empaillés», des «peaux de bêtes venues de pays étrangers», des «boucliers», des «poignées d’épées décorées» — se retrouvent en effet, outre Gunnar, «le dernier paysan en activité dans le quartier», suivi de son chien noir, «les quatorze pêcheurs» réunis ainsi qu’un «choeur d’hommes». Nous voilà, l’espace d’un temps indéfinissable, transportés dans l’univers de la tragédie antique.
Monde illusoire que celui des gouttes de pluie, éphémères, tôt disparues ; monde d’illusion, tant elles transforment, l’espace d’un instant, ce (ceux) qu’elles atteignent. Il faut pénétrer dans l’univers des gouttes de pluie, écouter ce qu’elles racontent en tombant, les histoires, multiples, polymorphes, qu’elles laissent derrière elles ; les voir comme le temps qui martèle les existences et rappelle avec insistance que «nous flottons entre deux dimensions sur le seuil de l’univers»."
Malheureusement, le nom de l'auteur de ce bel article n'est pas précisé sur le site.
J'en profite pour signaler ici ce site de Strokkur qui est à explorer, on y trouve des analyses littéraires, des présentations, des traductions :
http://www.strokkur.org/Strokkur/hef1.html
dimanche 25 octobre 2009
Et pourtant, il y a la lumière...


Voilà, c'est l'heure d'hiver. L'été s'est enfin décidé à plier bagage : les feuilles jaunissent, rougissent et brunissent. Elles ne tarderont plus à rejoindre la terre et à n'être que le souvenir de ce qui fut et, lentement, se désagège. En regardant par ma fenêtre, j'ai l'impression que certaines s'accrochent désespérément à leurs branches, que quelques unes, encore obstinément vertes, se refusent à changer de couleur. Pourtant, le vent de novembre se chargera de les chasser, il aura raison de leur vigueur et dénudera les arbres. Alors, l'été sera tout à fait mort. Allons, nous savons tous que les bonnes choses ont une fin, cela vaut également pour les plus belles saisons que la nostalgie est impuissante à nous rendre même si certains soleils, comme les feuilles des arbres, refusent de s'éteindre.
J'aimerais être en Islande, c'est le moment où la lumière décline à vive allure et où on se sent enveloppé par la nuit. Cette période me plaît, je préfère la lenteur à la précipitation, la contemplation à la consommation : on entend les tempêtes qui hurlent au dehors, on voit la neige qui tombe, doucement ou en bourrasques et la lumière, la lumière ennivrante de l'été passé n'est plus que l'ombre d'elle-même. C'est le moment où l'on médite en écoutant dans la nuit les voix agréables de la radio nationale RUV : toute une atmosphère difficile à exprimer, un peu comme si le temps se mettait en suspens. Parfois, on aimerait bien voir le temps se suspendre, on aimerait que certains moments s'immobilisent à l'infini...
Dans son dernier livre, qui vient de paraître en Islande, et sera certainement traduit chez Gallimard à la suite du sublime "Entre ciel et terre" (à paraître au début de l'an prochain), Jón Kalman Stefánsson dit la chose suivante : "því tíminn er stundum bölvað kvikindi, færir okkur allt til þess eins að taka það burt aftur" / "Car le temps est parfois cet infâme salaud qui nous apporte tout dans l'unique but de nous le reprendre". Le titre du chapitre est : "Sum orð eru skeljar í tímanum, og inni í þeim er kannski minningin um þig : Au creux du temps, certains mots forment des coquilles à l'intérieur desquelles, peut-être, repose le souvenir de toi." C'est simplement beau, qu'y a-t-il à ajouter? Je suis au début de cette lecture, elle sera lente. J'ai éprouvé un tel plaisir à lire puis traduire "Entre ciel et terre" que j'entends déguster longuement la suite : La tristesse des anges/ Harmur Englanna, avant de la traduire, l'an prochain.
J'entreprends ces jours-ci le grand ménage d'automne - il est grand temps - en commençant la traduction d'un nouveau livre d'Arni Thorarinsson : Sjöundi sonurinn/Le septième fils, qui sera publié aux Editions Métailié courant 2010. Bon livre, le ton ne diffère que peu des deux précédents, lesquels m'ont beaucoup plu. Dans l'ordre : Le temps de la sorcière et Le dresseur d'insectes, tous deux publiés chez Métailié et maintenant disponibles en Points au Seuil.
samedi 3 octobre 2009
Automne
De mon côté, l'été fut bref, peuplé de fulgurances et septembre, précoce... Peut-être est-ce simplement la saison, à moins que ce ne soit l'effet de la lune montante de cette fin septembre ou simplement que le traducteur fatigue un peu.
dimanche 1 mars 2009
Critique de Gérard Meudal dans Le Monde pour Hiver Arctique et L'heure trouble
Le laboratoire scandinave, par Gérard Meudal. LE MONDE DES LIVRES, 20.02.09
Et si l'Islande constituait un observatoire privilégié, une sorte de poste avancé où les mutations de nos sociétés se manifesteraient de manière plus évidente, plus radicale que partout ailleurs ? Après tout, cette île peuplée de seulement 300 000 habitants est passée à une vitesse foudroyante du statut de société traditionnelle de paysans et de pêcheurs à celui d'eldorado économique. Et on découvre aujourd'hui avec stupeur que ce pays prospère se retrouve du jour au lendemain au bord de la banqueroute en raison de la crise financière internationale.
Les auteurs de romans policiers islandais l'ont bien compris et leur chef de file, Arnaldur Indridason, se sert des aventures de son commissaire Erlendur pour radiographier une société bouleversée par des évolutions rapides et spectaculaires. Erlendur, dont le nom, paraît-il, signifie en islandais "étranger", est une sorte de laissé-pour-compte, originaire de la région des fjords de l'est, qui n'est en phase ni avec la ville de Reykjavik où il travaille ni avec la vie moderne (son fils est alcoolique et sa fille junkie).
Cinquième roman d'Arnaldur Indridason traduit en français, Hiver arctique traite justement du statut des étrangers dans un pays où l'immigration est un phénomène relativement récent. Sunee, une jeune Thaïlandaise, est venue vivre à Reykjavik après avoir épousé un Islandais rencontré à Bangkok. Ils ont eu un fils, Elias, qui, à 10 ans, est un modèle d'intégration, bon élève, gamin charmant apprécié de tous. Sunee avait déjà un fils en Thaïlande, Niran, qu'elle a fait venir auprès d'elle. Mais celui-ci, plus âgé, a beaucoup de mal à s'adapter. Après son divorce, Sunee élève seule ses deux enfants. On découvre un jour Elias poignardé devant chez lui alors qu'il rentrait de l'école.
Pour Erlendur, les pistes ne manquent pas : crime d'un pédophile (on vient justement d'en signaler un dans le quartier), meurtre lié aux trafics de drogue à la porte des établissements scolaires, crime raciste ? L'auteur en profite pour rappeler que, sur la base américaine de Keflavik, l'interdiction de faire venir des militaires noirs a "longtemps été stipulée dans les accords entre l'Islande et les USA". Erlendur prend l'affaire d'autant plus à coeur que lui-même, dans son enfance, a perdu un frère, disparu sans laisser de traces. Un drame dont il se sent responsable et ne s'est jamais remis.
C'est aussi d'un enfant qu'il est question dans L'Heure trouble, de Johan Theorin. Un roman qui justifie amplement l'engouement que connaît actuellement le polar suédois auprès des lecteurs français, et un auteur dont il va falloir retenir le nom. Ce premier livre, qui a obtenu en 2007 le Prix du meilleur roman policier suédois décerné par la Swedish Academy of Crime, se déroule sur l'île d'Oland, au sud-est de la Suède. Jens Davidsson, un petit garçon de 6 ans, passe des vacances au bord de la mer. Un jour qu'il est confié à la surveillance peu efficace de ses grands-parents, il en profite pour faire le mur et s'aventurer sur la lande avoisinante malgré un épais brouillard. On ne retrouvera plus jamais sa trace.
UN PENCHANT POUR L'ALCOOL
Est-il tombé à la mer ? A-t-il fait une mauvaise rencontre ? Toutes les battues et les recherches resteront vaines et l'enquête policière aboutira à une impasse. La famille en reste durablement meurtrie. La mère végète dans une dépression aggravée par un certain penchant pour l'alcool et le grand-père coule des jours pas vraiment paisibles dans une maison de retraite, jusqu'au jour où il reçoit un colis contenant une des sandales que portait le gamin le jour de sa disparition.
L'intérêt de l'enquête, c'est qu'elle n'est pas menée par de brillants policiers rompus aux méthodes d'investigation les plus subtiles, mais par deux êtres cabossés par la vie, la mère et le grand-père, qui, animés des meilleures intentions, n'en multiplient pas moins les pires maladresses. Les paysages de cette île de la mer Baltique sont magnifiquement évoqués mais, là encore, le décor n'est qu'un prétexte à analyser les mutations sociales. Car ce lieu réputé sauvage et invivable est devenu en quelques années - et c'est là que réside la clé de l'énigme - un paradis touristique pour le plus grand profit de quelques entrepreneurs avisés.
Hiver arctique (Vetrarborgin) d'Arnaldur IndridasonTraduit de l'islandais par Eric Boury,Métailié noir, 336 p., 19 €.
L'Heure trouble (Skumtimen) de Johan TheorinTraduit du suédois par Rémy Cassaigne,Albin Michel, 430 p., 19,50 €.
Gérard Meudal
jeudi 19 février 2009
Hiver Arctique d'Arnaldur Indriðason
http://public.datalib.net/fonctions/top_ventes.php?page=1&cat=3
Et oui, les Islandais savent écrire et, pas seulement des romans policiers d'ailleurs! Voir ci-dessous...
Les Annales de Brekkukot
dimanche 1 février 2009
Ce blog n'est pas une tribune politique, mais tout de même, l'Islande a un nouveau premier ministre et pour la première fois, le chef du gouvernement est une femme. Son nom: Jóhanna Sigurðardóttir. Adressons-lui nos félicitations et surtout, souhaitons-lui beaucoup de courage, elle en aura besoin! Til hamingju Jóhanna og gangi þér vel!samedi 31 janvier 2009

Au détour des pages de l'Internet, on trouve bien des choses, plus ou moins réjouissantes. Voici un article dont la lecture m'a particulièrement réjoui sous la plume de Thierry de Fages. L'article est élogieux et l'homme qui l'a écrit a saisi toutes les finesses d'une oeuvre que j'aime au plus haut point, l'un de mes romans préférés. Un immense merci à ce monsieur pour son bel article.
Je précise que trois romans d'Einar Mar Gudmundsson sont disponibles en traduction française. Le premier, Les anges de l'univers a reçu le Prix littéraire du Conseil Nordique en 1995. C'est un livre sublime, qui a été traduit, magnifiquement, par Catherine Eyjólfsson (je m'estime bien placé pour dire qu'elle a fait merveille car je sais à quel point cet auteur est difficile à rendre en français). Pour le second, Les chevaliers de l'escalier rond, il est paru chez Gaïa l'an dernier dans ma traduction et le troisième est Le Testament, thème de l'article ci-dessous. Avec les Editions Gaïa, nous envisageons de publier d'autres romans d'Einar Mar Gudmundsson (une trilogie), mais nous devrons attendre au moins un an à cause de mon programme surchargé...
LIEN vers LEMAGUE.NET : http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article5578
LE TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE…
Ecrivain islandais, né à Reykjavik en 1954, Einar Mar Gudmundsson est connu pour sa dizaine de romans et ses sept recueils de poèmes. Après « Les Chevaliers de l’escalier rond » (1985), son premier roman, paru chez Gaïa en 2007, la maison d’édition spécialisée dans les littératures nordiques vient de publier l’excellent Testament des gouttes de pluie…
L’étrange histoire du roman LE TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE se déroule dans la banlieue de Reykjavik. Ombres passagères, jouets des caprices de la Nature, les personnages insignifiants (?) de cette fresque au parfum de fjords et de flatkökur (1) évoluent dans un théâtre de la quotidienneté au décor plutôt pluvieux. Il y a là un coiffeur casanier, un gardien du Jardin des plantes tournant en rond, un sellier sans âge, captivant par ses contes les pêcheurs du coin lors de banquets arrosés, un pasteur tourmenté, possédé par sa mission éducative. Il y a aussi des écoliers, des oiseaux géants, des sirènes, des bateaux-fantômes…
Gudmundsson a une jolie formule pour exprimer son tempérament littéraire. Il tente d’examiner ce que « la réalité recèle de magique en même temps que la part de la réalité que la magie recèle ». Parfois, l’on songe à la lecture du TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE au réalisme magique de certains auteurs d’Amérique latine. Mine de rien, l’auteur nous bluffe par une méticuleuse description d’une petite ville islandaise avec son école, son église, son salon de coiffure, son asile psychiatrique, ses pêcheurs et ses notables. L’auteur semble gentiment se moquer de tout ce beau monde en lui prêtant certains traits islandais.
Le style évocateur de Gudmundsson, par sa verve gargantuesque, nous plonge dans un climat à la fois naïf, comique et magique, lorgnant vers les rivages - en apparence paisibles - de la fable et du conte. Parfois une touche « enfantine » et une tonalité anarchiste à la Roald Dahl viennent colorer ce curieux TESTAMENT. D’autres fois, c’est un univers fantastique, jubilatoire et inquiétant qui surgit comme ici : […] « Quelqu’un voit des anges planer sur leurs ailes noir corbeau et d’immémoriaux oiseaux de mauvais augure avec des têtes de trolls viennent visiter les rêves des enfants qui sommeillent, blottis dans leurs lits et innocents dans les grands immeubles […]
La première phrase du TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE crépite ainsi : « Au moment où le tonnerre et les éclairs explosent au-dessus de la ville obscure blottie dans le soir, on dirait que dans les airs retentit un concert d’innombrables instruments électriques. » Le panthéisme aux relents sensuels et mystiques de Gudmundsson se fond dans la symbolique de l’eau. Et l’on songe à « La Cloche d’Islande » (1943), célèbre roman de l’Islandais Halldor Laxness : « Il ne faut qu’à peine 10 minutes – à travers la lande qui embaume le thym sauvage et les bourgeons des bouleaux arctiques – pour arriver au sommet de la colline où on entend déjà le sourd martèlement de l’eau sur les colonnes de basalte noir. La cascade, d’une beauté incroyable, se jette avec grâce du haut d’une falaise noire […]
Dans son pénétrant roman, Gudmundsson nous suggère l’éternelle - et improbable - combinaison de l’immobilité, celle d’une petite ville pétrifiée par la routine et peuplée d’habitants solitaires et du mouvement, celui d’une nature indomptable. Mer, nuages, pluie, éclairs, tempête…Triomphe de la Nature, emportant tout. « Ils errent entre les maisons autour de la nuit ; autour de la mort, des gouttes de la pluie et de la nuit. », écrit Gudmundsson évoquant les marins.
« Au-dessus de la ville obscure et blottie dans le soir, on n’entend plus rien dans l’air, plus rien que le flic-flac des gouttes de pluie cristallines. », nous chuchote à l’oreille le romancier, fin observateur du pays des terres glacées et volcaniques. THIERRY DE FAGES
(1) épaisses galettes de farine sans levure cuites à même la plaque, on les consomme souvent avec les plats typiquement islandais comme le hangikjot, mouton fumé [note du traducteur]
LE TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE
Roman d’Einar Mar Gudmundsson, traduit de l’islandais par Eric Boury, éditions Gaïa, collection « Catalogue général », 249 pages, 2008. Prix : 21 euros
samedi 24 janvier 2009
Hiver Arctique
Il vit un cheval qui se débattait dans les sables mouvants, les yeux exorbités et les naseaux dilatés à l’extrême. Il entendit le bruit de l’aspiration au moment où l’animal parvint à libérer l’une de ses pattes, avant de s’enfoncer plus profondément dans le piège qui se refermait sur lui.
Il désirait avoir l’âme en paix. Il désirait voir les étoiles cachées par les nuages afin d’y trouver la tranquillité, l’assurance qu’il existait quelque chose de plus vaste et de plus important que sa propre conscience, l’assurance de pouvoir se perdre, ne serait-ce qu’un instant, dans les immensités de l’espace et du temps.
La famille était légèrement à l’étroit dans la petite maison aujourd’hui abandonnée. Les deux frères devaient partager la même chambre. Leurs parents occupaient la seconde. Il y avait aussi une grande cuisine prolongée par une remise ainsi qu’une petite salle à manger avec de vieux meubles et des photos de famille dont certaines se trouvaient aujourd’hui accrochées aux murs de l’appartement d’Erlendur. Il se rendait toujours dans les Fjords de l’Est à quelques années d’intervalle et passait la nuit dans les ruines de ce qui avait autrefois été sa maison. De là, il montait à pied ou à cheval sur la lande où il dormait à la belle étoile. Il appréciait de voyager seul et aimait sentir peu à peu la profonde solitude l’envahir sur les lieux de son enfance, peuplés de moments enfouis dans ce passé encore si fortement imprimé en lui, des moments dont il avait, encore aujourd'hui, la nostalgie. Il savait que ce passé ne survivait qu’à travers lui. Que lorsqu’il quitterait ce monde, ce serait comme si rien de tout cela n’avait jamais existé."
mercredi 12 novembre 2008
Aujourd'hui Le testament des gouttes de pluie d'Einar Már Guðmundsson sort aux Editions Gaïa... Un livre magnifique qui nous parle de tempêtes, de naufrages, de fantômes, de marins, de boisson, de récits, de pasteurs, de coiffeurs, d'elfes et de temps qui passe ou qui ne passe pas, se distend, se contracte, se retourne à chaque page : une méditation sur le temps sous une forme poétique et loufoque. Merci à Gaïa, à Susanne et à Evelyne d'avoir pris le risque de publier ce livre et merci à Einar Mar de l'avoir écrit. Vous trouverez la présentation de l'éditeur ici : http://www.gaia-editions.com/index.php?option=com_content&view=article&id=325:testament-des-gouttes-de-pluie-le&catid=12:catalogue-general&Itemid=6
Voici aussi ce qu'en dit le critique littéraire et traducteur Philippe Bouquet qui a beaucoup aimé le livre. MERCI à lui pour ce texte :
Einar Már Guðmundsson : Le Testament des gouttes de pluie, Gaïa, 2008, traduit de l’Islandais par Eric Boury.
"On croyait que le « réalisme magique » était la spécialité des latino-américains, mais quand un Islandais s’y met ce n’est pas mal non plus et il nous donne un livre aussi beau que son titre (et que sa couverture !). Il convient cependant de mettre en garde ceux qui n’admettent pas qu’on raconte une histoire en « remontant la pente » au lieu de la descendre (au point qu’on se croit parfois dans Tristram Shandy tant on remonte à Hérode à propos du moindre événement) et qu’elle n’ait pas de fin, que la pluie tombe horizontalement (parfois rouge sang, si elle ne s’envole pas, et en telle quantité qu’elle finit par créer un véritable déluge) et qu’une tempête s’apaise en un instant comme elle s’est levée. Ce livre n’est pas pour eux. Pour les autres, en voici la recette (partielle) : un sellier qui picole en compagnie de quelques « petits » pêcheurs ; un pasteur qui a du mal à écouter sa femme qui veut lui raconter son rêve ; un gardien de jardin des plantes qui s’aventure au-delà du carré des simples ; un coiffeur qui fait le ménage en grand dans sa boutique ; un chauffeur qui a perdu un orteil (lequel a été avalé par une pierre) ; un contremaître privé de son pantalon et de son slip par enchantement ; des gens qui habitent des pierres… Ajouter quelques ratons laveurs, cuire à feu doux dans un moule informe mais bien structuré, et servir chaud. Ne pas oublier la sauce : une langue magnifique qui alterne phrases courtes (parfois deux ou trois mots) et longues périodes de dix voire quinze lignes dans lesquelles le lecteur est ballotté comme au cours d’une partie de rafting sur un torrent alpestre et dont il sort ébloui et étourdi. Un humour cocasse traverse le livre de bout en bout et lui donne une saveur tout à fait particulière. N’oublions pas non plus le travail du traducteur, sans lequel ce livre ne serait pas un tel enchantement de lecture, il est à la hauteur du reste. Avis aux amateurs."
Philippe Bouquet
samedi 8 novembre 2008
Boréales : Invité d'honneur, l'Islande

http://www.crl.basse-normandie.com/0-actu/boreales-2008/009.html
Juste avant ce grand week-end littéraire, je signale le colloque : "L'Islande dans l'imaginaire" organisé par Hanna Steinunn Thorleifsdottir et François Emion à l'Université de Caen. Il se tiendra à l'Amphi Bouard, Bâtiment des Lettres, à gauche du Phénix, le vendredi 21 à partir de 9 H et le samedi 22 (matin) également à partir de 9 H. Entrée libre.
http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/erlis/manifestations/807

