jeudi 25 février 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson : critique...

Ah, on me signale une jolie critique d'Entre ciel et terre sur le site : A saut et à gambades (en deuxième position après le billet sur L'énigme du retour de Dany Laferrière). Merci à la personne qui l'a écrite.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/

mercredi 24 février 2010

Article de Martine Laval sur Hypothermie dans Télérama

http://www.telerama.fr/livres/hypothermie,52910.php

Roman noir

La facilité serait de croire que l'on sait tout de l'Islande, ses mystères, ses horreurs, tout sur Erlendur, flic et personnage récurrent d'Arnaldur ­Indridason. Naïvement, on pense entrer un peu comme chez soi, en terrain connu, dans ce sixième roman du chef de file du polar islandais. Erreur. On est vite happé par une sourde mélancolie, une poisse tracée à l'encre gelée, de celle qui ravive des meurtrissures enfouies depuis trop longtemps. Plus sage que La Cité des jarres (2005), moins bouleversant que La Femme en vert (2006), mais tout aussi impérieux, Hypothermie met en scène un Erlendur presque nouveau, plus fragile que jamais. Ereinté par les mauvais souvenirs (il porte son enfance et la disparition de son jeune frère comme un fardeau), accablé par ses échecs personnels (mauvais mari, piètre père), Erlendur voudrait se reposer - oublier -, il en est incapable. Une fois de plus, il va affronter de vieux démons, chercher une vérité qui se dérobe, découvrir ce que l'Is­lande porte en elle depuis la nuit des temps et qui l'empêche, lui, de dormir : des histoires de naufrages, d'hommes disparus dans des gouffres blancs, d'âmes tourmentées, d'esprits maléfiques, de fantômes réclamant justice.

Notre bon flic, seul contre tous, se met à enquêter sur la mort d'une femme retrouvée pendue. Les conclusions de ses confrères se résument en un mot : suicide. Lui ne peut s'en contenter. Arnaldur ­Indridason écrit le chaud et le froid, les amours déchues, les errances métaphysiques, la culpabilité, l'impossible deuil, et donne encore et toujours le frisson avec Hypothermie, roman des ténèbres.

Martine Laval Telerama n° 3137 - 27 février 2010

dimanche 21 février 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson

Un très bel article paru dans Livres-Hebdo, à propos d'Entre ciel et terre. Cela fait plaisir de voir un livre qu'on aime être aimé par ceux qui le lisent...


lundi 15 février 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson : Une lecture essentielle, une merveille de poésie et de vérité, un texte fulgurant.



ENTRE CIEL ET TERRE
Jón Kalman Stefánsson
A paraître chez Gallimard – Du monde entier – le 18 février.


Le livre s’ouvre sur un alexandrin esseulé au centre de la page blanche : « Nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres ».

Ces mots nous plongent d’emblée dans un monde méditatif, celui, nocturne, du rêve, du cauchemar peut-être, tout en nous renvoyant à ce que nous abritons de gouffres, de passions, de secrets, de terreurs, de tristesses, lesquels ne sauraient supporter la pleine lumière. Justement, il y a aussi dans cette phrase la lumière, qui brille par son absence, mais qui éclaire tout de même faiblement. Derrière ce qui n’est pas dit, dans l’espace ménagé par ce « presque uniquement » vient se lover, en creux, ce qui ne participe pas de notre ombre : la poésie, l’écriture, le soleil, la chaleur, l’amour ou l’amitié et aussi, tout ce qui est fragile, infime et éphémère, mais subtil et essentiel, simplement parce que nous sommes et qu’un jour, ceux qui nous survivront pourront dire de nous « ils furent » ou bien « je me souviens de lui, je me souviens d’elle ».

Jón Kalman Stefánsson laisse aux défunts le soin de nous conter ce récit. „C‘était en ces années où, probablement, nous étions encore vivants“. Ici, les morts prennent la plume pour nous parler d’autres défunts dont le sort fut tragique et dont ils se souviennent. Ceux qui n’étaient plus que des noms sur des tombes reviennent alors à la lumière, les moments engloutis remontent à la surface et, par la magie du verbe, deviennent éternité : ils se prolongent par-delà la mort et l’oubli en une longue anamnèse. Puisque les écrits restent, il est urgent de consigner les événements, de décrire ceux qui vécurent, de rappeler ce qui advint, de partir à la recherche du temps perdu, de se mettre en route pour arracher à l’oubli les existences de ces hommes :

« Les mots ont parfois le pouvoir des trolls et ils sont capables d’abattre les dieux, ils peuvent sauver des vies et les anéantir. Les mots sont des flèches, des balles de fusil, des oiseaux légendaires lancés à la poursuite des héros, les mots sont des poissons immémoriaux qui découvrent un secret terrifiant au fond de l’abîme, ils sont un filet assez ample pour attraper le monde et embrasser les cieux, mais parfois, ils ne sont rien, des guenilles usées, transpercées par le froid, des forteresses caduques que la mort et le malheur piétinent sans effort.
Les mots sont cependant tout ce que le gamin possède. A part les lettres de sa mère, un pantalon de grosse toile, ses vêtements de laine, trois livres peu épais ou plutôt des fascicules qu’il a emportés avec lui en quittant le baraquement, des bottes de mer et de mauvaises chaussures. Les mots sont ses compagnons les plus dévoués et ses amis les plus fidèles, ils se révèlent pourtant inutiles au moment où il en aurait le plus besoin. »

Jón Kalman nous livre une lancinante, une poignante élégie où chaque mot est à sa place, un texte qu’il faut lire avec la lenteur et le recueillement nécessaires. Une œuvre hautement littéraire qui s’interroge sur le pouvoir – parfois dérisoire – du langage et nous interpelle sur le sens de la vie tout en nous rappelant l’inéluctabilité de la mort ainsi que l’absolue nécessité des rêves et de l’espoir. Qu’y a-t-il entre ciel et terre ?

Il y a un absolu dérisoire. Il y a nous, quelque part entre le paradis et l’enfer, comme le suggère le titre original de l’œuvre, Himnaríki og helvíti, quelque part au centre de l’éternité. A chaque moment, nous sommes au centre de l’éternité. Il y a nous, ici et maintenant, toujours et partout : notre vie, nos souffrances, nos joies, nos rêves, nos espoirs et notre irréductible solitude. Et il y a ce combat si parfaitement décrit par la marche – certes, pas uniquement métaphorique – exposée au début du livre, qu’il vaut mieux laisser la parole à l’auteur :

„Ils avancent à vive allure – juvéniles jambes, feu qui flambe – livrant également contre les ténèbres une course tout à fait bienvenue puisque l’existence humaine se résume à une course contre la noirceur du monde, les traîtrises, la cruauté, la lâcheté, une course qui paraît si souvent tellement désespérée, mais que nous livrons tout de même tant que l’espoir subsiste. C’est pourtant d’une simple marche que Bárður et le gamin ont l’intention de se délester des ténèbres ou de l’obscurité du ciel pour arriver avant elles aux baraquements des pêcheurs. Parfois, ils marchent de front et c’est beaucoup mieux parce que des traces de pas posées les unes à côté des autres sont preuve de connivence et qu’alors, la vie n’est pas aussi solitaire.“


Oui, le combat est perdu d’avance, mais nous sommes ces juvéniles jambes, ce feu qui flambe jusqu’à notre dernier souffle et nous tentons d’en oublier l’issue inéluctable par cette marche, cette course, cette fuite avec parfois, quelqu’un à nos côtés, une personne qui nous accompagne, une main amie, véritablement amie, qui nous rassure alors que nous sommes plongés dans le noir et le froid, une personne que nous rassurons de même. « Nous devons prendre soin de ceux qui nous sont chers et à qui nous le sommes ».

Et quelles sont ces deux silhouettes qui marchent ainsi vers les baraquements des pêcheurs au début du livre ? Ce sont simplement un gamin et Bárður, le premier demeurera anonyme jusqu’au terme de l’œuvre. Il n’a plus rien, ni père, ni mère, ni petite sœur, il ne lui reste qu’un frère qui vit, si loin, de l’autre côté de la montagne : c’est un anonyme, vous, moi peut-être ? Heureusement, il a Bárður, son seul ami, presque un père. Bárður est marié, sa femme, Sigríður est restée à la ferme et elle lui manque terriblement sans que, jamais il ne le dise autrement que par des chemins détournés, ceux de la poésie. Intoxiqué de lecture, il lit de tout – surtout de la poésie, d’ailleurs – et transmet cet amour de la langue au gamin avec passion et patience, par-là, il lui apprend simplement à aimer, à espérer. Mais voilà, Bárður lit trop et, un matin, alors qu’il se plonge encore une fois dans un extrait du Paradis perdu, il oublie sa vareuse de peau au baraquement des pêcheurs avant de sortir en mer sur une barque non pontée avec le gamin et les autres membres de l’équipage. C’est le matin :

« Douce est la brise matinale, douce l’arrivée du jour, la suivent les notes mélodieuses, des oiseaux tôt levés, qui l’oreille enchantent. Nulle chose ne m’est plaisir en dehors de toi. »

Qui a écrit cela ? Milton. Qui le lit ? Qui le dit ? Bárður, pas en anglais ni en français, mais en islandais, dans la traduction de Jón Þorláksson, laquelle est d’une telle qualité que les Islandais affirment que, parfois, elle dépasse l’original et que, peut-être, son style a influencé l’immense Jónas Hallgrímsson, le poète romantique. Notons que ces phrases sont parfaitement intégrées à la prose de Jón Kalman, aucun signe de ponctuation ne nous indique à ce moment-là que nous sommes chez Milton. Est-ce une façon de dire que la poésie peut surgir à tout instant, nous surprendre et nous inonder l’âme en tout lieu ? Sans doute. Mais nous sommes aussi ici dans la thématique de la transmission, de la filiation, du lien, de l’héritage, autant génétique que littéraire. Qu’est-ce que la littérature ? Des mots qui créent un lien. Religare, religion.

Si une œuvre littéraire est capable de changer notre vie, de modifier notre vision du monde, de nous faire rêver, espérer, réfléchir, rire ou pleurer, c’est qu’elle est de qualité. Entre ciel et terre appartient indubitablement à la grande littérature, à celle qui nous tend cette main amie et nous aide à vivre en nous indiquant dans quelle direction chercher la lumière et comment nous délester des ténèbres. Jón Kalman Stefánsson nous raconte une histoire sublime et limpide : il nous dépeint la vie d’un village des Fjords de l’Ouest. Cela se passe en Islande, au dix-neuvième siècle, c’est triste, c’est drôle, c’est beau. Son texte est sensible, riche, miroitant et profond comme la mer ; il touche le cœur autant que l’intellect. Certes, nous pleurons à la lecture de certains passages, mais ces larmes sont une grâce – et en basse, l’auteur nous murmure des mots qui consolent, il nous confie des fragments de lumière, à nous tous qui, un jour, serons presque uniquement constitués de ténèbres. Tandis que nous avançons vers la nuit, il nous accompagne, nous ramène à l’essentiel : son souffle nous porte ; il nous exhorte à vivre – avec ivresse.

Eric Boury

samedi 13 février 2010

Article dans le Canard Enchaîné


Article paru dans Le Canard enchaîné du mercredi 3 février. Cliquez sur l'image pour lire le texte...






vendredi 12 février 2010

Interview d'Arnaldur Indriðason par William Irigoyen

Les liens qui suivent vous mèneront vers le blog de William Irigoyen, le présentateur d'Arte Journal - 19 h - que j'ai eu le plaisir de rencontrer ce week-end à Paris où il a interviewé Arnaldur. On trouve sur son blog le résumé des livres jusqu'ici publiés en français ainsi que l'interview en audio, vers le bas de la page.


http://blogs.arte.tv/Le_poing_et_la_plume/frontUser.do?method=getHomePage




Et aussi :
Un article paru dans Libération (11.02.2010) sous la plume de Sabrina Champenois qui nous parle d'Hypothermie d'Arnaldur. Dans le classement paru dans l'édition du même jour, le livre figure en tête des ventes. Not bad, Mr. Indriðason.

http://www.liberation.fr/livres/0101618579-corps-volatils

mercredi 10 février 2010

mardi 9 février 2010

Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson


"Nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres."

Ainsi commence le livre dont je vous dirai prochainement quelques mots (un certain nombre de mots, car il le mérite). C'est un texte lumineux, poignant et riche qui nous parle de la vie, de la mort, de l'importance des mots, des rêves, de l'espoir et de la mémoire. Il paraîtra chez Gallimard - Du monde entier - le 18 février. C'est le premier roman de Jón Kalman Stefánsson à être traduit en français.
C'est à lire - absolument...

Le combat d'Arnaldur Indriðason, Blog de Philippe Lemaire

Merci à Philippe Lemaire, journaliste au Parisien pour le petit texte qu'il publie sur son blog. Nous nous sommes rencontrés vendredi à Paris avec Arnaldur et il nous offre un compte-rendu de ce moment. Agréable.

http://blog.leparisien.fr/planete_polars/2010/02/le-combat-darnaldur-indridason.html#more

Cercle Polar : Hypothermie d'Arnaldur Indriðason et Noir Océan de Stefán Máni

Un très bel article de Martine Laval qui nous parle de Noir Océan de Stefán Máni auquel elle attribue trois étoiles dans le Télérama de la semaine dernière :

http://www.telerama.fr/livres/noir-ocean,52117.php

Et puis, voici la présentation de Cercle Polar, une émission radio de Télérama qui traite cette semaine de trois polars nordiques, à écouter...

"Cette semaine, plongée dans des climats troublants : “L’Echo des morts”, second roman de Johan Theorin et son ambiance fantastique ; le huis clos en mer “Noir Océan”, de Stefan Mani ; et “Hypothermie”, d’Arnaldur Indridason, chouchou de “Cercle polar”, sont passés au crible de l’analyse critique de Michel Abescat et de ses chroniqueuses, soit Martine Laval et Christine Ferniot. Brr, ça fait froid dans le dos… "

http://www.telerama.fr/livre/cercle-polar-38-le-roman-policier-scandinave,52067.php#cmtavis

lundi 1 février 2010

Deux livres

Comment faire quand on a traduit deux livres - très différents l'un de l'autre - qui sortent en librairie le même jour?
Hmm, comme on peut. Par exemple, on expose sur son blog les couvertures car si on a traduit les deux, c'est qu'on aime l'un comme l'autre pour des raisons différentes...
Les deux seront en librairie le 5 février.


Arnaldur is back!

Eh oui, Arnaldur revient pour la sixième fois : La cité des jarres, La femme en vert, La voix, L'homme du lac, Hiver Arctique... Voici : Hypothermie. C'est toujours aussi bien, toujours aussi triste, aussi touchant. Erlendur poursuit sa quête et traîne ses démons, avec patience, avec détermination, non, entêtement : sa recherche de la vérité ne lui laisse jamais de répit.

Arnaldur, quant à lui, continue sa réfléxion sur le temps, celui qui se fige au moment où s'emballent les événements qui annihilent ou enferment les victimes dans leur propre enfer, celui qui engloutit ces moments qu'on croit être le bonheur, celui qui est, à jamais, perdu. C'est une oeuvre funèbre, une méditation sur le temps, la mort et le sens de la vie.



vendredi 29 janvier 2010

Stefán Máni, NOIR OCÉAN





Stefán Máni, Noir Océan (Skipið)

Le quatre février prochain paraîtra dans la Série Noire chez Gallimard le premier livre traduit en français d'un auteur islandais né en 1970 à Reykjavik.

"Noir Océan" de Stefán Máni est une incursion vertigineuse dans un univers noir et brutal... L'intrigue se déroule presque entièrement sur un cargo, le Per Se dont le lecteur se demande de plus en plus au fil des pages s'il ne navigue pas simplement pour lui-même, comme l'indique son nom, animé qu'il serait d'une vie propre.
Les hommes qui se trouvent à son bord ne sont pas des enfants de choeur et, sachant qu'au fond de l'océan, qu'il soit déchaîné ou calme : "Ce qui sommeille pour l'éternité n'est pas mort", il n'y a pas de quoi être rassuré. Surtout quand on lit, dès le début du texte que "le mal est éternel et toutes les bonnes choses ont une fin".

Voici un extrait qui a retenu mon attention, son caractère autotélique (la représentation qu'il offre de l'oeuvre à l'intérieur de l'oeuvre) m'a séduit et il donne un bon aperçu de ce à quoi s'attendre :

"Voyager inconscient est une expérience très étrange. On oscille d’avant en arrière comme sur une balançoire, les mouvements sont simplement plus lents ; on ressent également de désagréables secousses latérales avec, toujours, cette drôle d’impression que le chemin qui mène vers le bas est plus long, plus creusé que celui qui conduit vers le haut, comme si le corps impuissant tombait depuis un point situé à une limite extrême et qu’on montrait la scène au ralenti sur un écran de télévision, encore et encore, inlassablement. Il y a là-dedans quelque chose qui apaise, qui, pour ainsi dire, hypnotise, mais il s’agit surtout d’une infinie sensation d’engourdissement qui semble davantage irréelle au fur et à mesure qu’on tournoie plus longuement au sein de ce vide moite à l’odeur de sang tiède, ce vide aussi vaste ou aussi réduit que l’esprit, aussi profond que l’écho nonchalant du tambour provoqué par ce coup reçu sur la tête :

Boum, boum, boum…

Les entrailles de la voiture sont noires. Vêtu d’un uniforme de marin blanc et bleu clair, Jón Karl est attaché à la civière. Le médecin qui veille sur lui est un homme-pieuvre avec un masque d’Albert Einstein sur le visage.
Si je vous dis : cela commence plutôt bien, ensuite, ça avance tranquillement, puis ça décolle nettement vers le milieu, mais personne ne comprend le dénouement. De quoi est-ce que je vous parle ?
Est-ce que c’est un film ?
Oui, mais je ne vous parle pas d’un film.
Serait-ce un livre ?
Oui, mais ce n’est pas d’un livre que je vous parle.
S’agit-il de cette traversée en mer ?
Oui, mais ce dont je vous parle est d’une ampleur et d’une importance qui dépasse celle de ce voyage.
L’ambulance roule sur une route cahoteuse, les chocs résonnent à l’intérieur de l’habitacle métallique aussi vaste que la cale d’un bateau :

Boum, boum, boum…"

J'avoue que cette traduction a relevé pour moi autant du plaisir que de l'épreuve : les termes de marine, de mécanique, d'économie, la hiérarchie à bord, les descriptions de salles des machines m'ont parfois donné bien du fil à retordre.

Martine Laval, critique littéraire à Télérama, en parle en termes élogieux sur ses LECTURES BUISSONNIERES.

http://www.telerama.fr/livre/la-nuit-je-lis-noir-ocean,51777.php

mercredi 20 janvier 2010

Le testament des gouttes de pluie, Revue Strokkur



Une belle surprise trouvée ces jours-ci sur la revue Strokkur : l'auteur de l'article propose une belle lecture poétique, à mon avis tout à fait bien vue, du Testament des gouttes de pluie, d'Einar Már Guðmundsson, publié chez Gaïa en octobre 2008.

"On pénètre dans l’univers des «gouttes de pluie» comme on traverse le miroir d’Alice. Il faut laisser derrière soi les oripeaux du réel et sa maussade linéarité pour un monde synesthésique où les arts se répondent : musique, peinture, littérature s’allient pour éviter le figement des (du) sens.

D’abord, on entre dans le livre comme on attend le commencement, l’éclatement pour ainsi dire, d’un opéra ; à l’ouverture du livre, le «sommaire», un programme musical : divisé en trois parties, comme en trois actes : «Le bateau dans la tempête», «Éclats de rire et battements de coeur» et «Le testament des gouttes de pluie», final qui donne son titre au roman. Puis trois niveaux de subdivision, jusqu’au détail de chacune des scènes ; les titres de celles-ci sont parfois très longs, souvent surprenants, construits selon un principe de concomitance incongrue qui n’est pas sans rappeler les collages surréalistes : «À propos de bibine provenant d’un magasin de tabac et d’alcool dirigé par l’État, de tambouille à vomir et de vins légers pour l’édification des poules mouillées» ou encore, plus courts mais non moins étonnants : «Caramels et églises», «Les têtes à l’intérieur des chapeaux», «Les bougies dans la boîte à chaussures». C’est que le narrateur, d’emblée, s’amuse, ainsi que le montrent de nombreux indices, dont le moindre serait l’usage récurrent de la formule «À propos de» au commencement des titres, clin d’oeil aux romans de Cervantès, Sterne et Diderot : omniscience du point de vue, jeu avec le lecteur, manipulation des personnages montrent la toute-puissance de l’instance narrative, qui se divertit aux rapprochements insolites. Deus ex machina, le narrateur donne la pleine mesure de sa puissance ; conduisant le lecteur de sa propre posture surplombante—le ciel d’orage au-dessus de «la ville obscure blottie dans le soir»—jusqu’à une «petite maison peinte en blanc» dans laquelle, avec lui, on s’attardera plus tard, et où sommeille Sigridur, femme de Daniel, le pasteur du quartier, le démiurge se fait peintre et esquisse le trait d’une ville à peine plus grosse qu’une «minuscule goutte d’eau», qu’il transformera ensuite à sa guise.

Dès le «sommaire», au «seuil» du texte, le roman se présente à la marge, sans décevoir l’effet d’attente du titre : les gouttes de pluie, personnifiées par le lien sémantique avec le «testament», occuperont bien un rôle central : thème principal, décliné, tout au long du roman, en de très nombreuses variations, les gouttes ponctuent le récit auquel elles confèrent, comme des battements de coeur, un rythme intérieur. L’orage symphonique de la première page donne le ton de cette longue métaphore : à l’origine de l’ébranlement de l’être, il donne lieu aussi à une déstructuration du récit : «Certains sentent leurs crâne vibrer», «on entend des craquements dans la croûte terrestre de l’esprit», «Quelque part, des failles se lovent autour d’âmes fragiles». Le réel, en vacillant, légitime alors tous les rapprochements, toutes les présences. Le narrateur convoque les êtres de légende, à l’origine probable du tremblement de terre (celui de l’être les soirs d’orage), parallèle aux secousses du ciel : des «nains» et des «elfes furibonds», les «antiques dragons et esprits tutélaires du pays» «virevoltent dans les entrailles de la terre» et «chaque chose tremblote pendant que le voûte céleste s’enflamme». Le récit semble basculer dans l’univers merveilleux du conte ; n’est-ce pas par ce genre de soirée que se manifeste «l’être vêtu de vert, le spectre de l’homme à la moustache constamment couverte de glaçons» ? Non content de mettre lui-même en cause la crédibilité d’un roman aussi composite, le narrateur se livre au pur plaisir de la narration. Dans un quartier de Reykjavik en effet, «à l’intérieur de l’atelier du vieux sellier» se sont rassemblés des personnages qui espèrent boire de l’alcool «afin d’engendrer des histoires». Quel plus bel hommage à la littérature que cette référence à L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, où chaque personnage semble n’être là que pour raconter une histoire. Mais l’apparent retour à une forme de réalisme n’est qu’illusoire ; le sellier lui-même est un être de légende : «il ne serait pas hors de propos de considérer qu’il ait atteint l’âge de trois cents, quatre cents ans voire qu’il ait compté parmi les premiers à s’être établis en Islande au IXe siècle.» Un personnage de roman donc, «qui sauta d’entre les lettres d’un livre, sortit de son histoire et se retrouva dans le monde», ou bien de théâtre ? Dans l’atelier, décor un peu fouillis où l’on peut voir «toutes sortes d’objets décoratifs qui mélangent les époques»—le «squelette poli d’une baleine qui brille et lance des étincelles», des «têtes de renards empaillés», des «peaux de bêtes venues de pays étrangers», des «boucliers», des «poignées d’épées décorées» — se retrouvent en effet, outre Gunnar, «le dernier paysan en activité dans le quartier», suivi de son chien noir, «les quatorze pêcheurs» réunis ainsi qu’un «choeur d’hommes». Nous voilà, l’espace d’un temps indéfinissable, transportés dans l’univers de la tragédie antique.

Monde illusoire que celui des gouttes de pluie, éphémères, tôt disparues ; monde d’illusion, tant elles transforment, l’espace d’un instant, ce (ceux) qu’elles atteignent. Il faut pénétrer dans l’univers des gouttes de pluie, écouter ce qu’elles racontent en tombant, les histoires, multiples, polymorphes, qu’elles laissent derrière elles ; les voir comme le temps qui martèle les existences et rappelle avec insistance que «nous flottons entre deux dimensions sur le seuil de l’univers»."



Malheureusement, le nom de l'auteur de ce bel article n'est pas précisé sur le site.

J'en profite pour signaler ici ce site de Strokkur qui est à explorer, on y trouve des analyses littéraires, des présentations, des traductions :
http://www.strokkur.org/Strokkur/hef1.html

dimanche 25 octobre 2009

Et pourtant, il y a la lumière...



Voilà, c'est l'heure d'hiver. L'été s'est enfin décidé à plier bagage : les feuilles jaunissent, rougissent et brunissent. Elles ne tarderont plus à rejoindre la terre et à n'être que le souvenir de ce qui fut et, lentement, se désagège. En regardant par ma fenêtre, j'ai l'impression que certaines s'accrochent désespérément à leurs branches, que quelques unes, encore obstinément vertes, se refusent à changer de couleur. Pourtant, le vent de novembre se chargera de les chasser, il aura raison de leur vigueur et dénudera les arbres. Alors, l'été sera tout à fait mort. Allons, nous savons tous que les bonnes choses ont une fin, cela vaut également pour les plus belles saisons que la nostalgie est impuissante à nous rendre même si certains soleils, comme les feuilles des arbres, refusent de s'éteindre.


J'aimerais être en Islande, c'est le moment où la lumière décline à vive allure et où on se sent enveloppé par la nuit. Cette période me plaît, je préfère la lenteur à la précipitation, la contemplation à la consommation : on entend les tempêtes qui hurlent au dehors, on voit la neige qui tombe, doucement ou en bourrasques et la lumière, la lumière ennivrante de l'été passé n'est plus que l'ombre d'elle-même. C'est le moment où l'on médite en écoutant dans la nuit les voix agréables de la radio nationale RUV : toute une atmosphère difficile à exprimer, un peu comme si le temps se mettait en suspens. Parfois, on aimerait bien voir le temps se suspendre, on aimerait que certains moments s'immobilisent à l'infini...

Dans son dernier livre, qui vient de paraître en Islande, et sera certainement traduit chez Gallimard à la suite du sublime "Entre ciel et terre" (à paraître au début de l'an prochain), Jón Kalman Stefánsson dit la chose suivante : "því tíminn er stundum bölvað kvikindi, færir okkur allt til þess eins að taka það burt aftur" / "Car le temps est parfois cet infâme salaud qui nous apporte tout dans l'unique but de nous le reprendre". Le titre du chapitre est : "Sum orð eru skeljar í tímanum, og inni í þeim er kannski minningin um þig : Au creux du temps, certains mots forment des coquilles à l'intérieur desquelles, peut-être, repose le souvenir de toi." C'est simplement beau, qu'y a-t-il à ajouter? Je suis au début de cette lecture, elle sera lente. J'ai éprouvé un tel plaisir à lire puis traduire "Entre ciel et terre" que j'entends déguster longuement la suite : La tristesse des anges/ Harmur Englanna, avant de la traduire, l'an prochain.


J'entreprends ces jours-ci le grand ménage d'automne - il est grand temps - en commençant la traduction d'un nouveau livre d'Arni Thorarinsson : Sjöundi sonurinn/Le septième fils, qui sera publié aux Editions Métailié courant 2010. Bon livre, le ton ne diffère que peu des deux précédents, lesquels m'ont beaucoup plu. Dans l'ordre : Le temps de la sorcière et Le dresseur d'insectes, tous deux publiés chez Métailié et maintenant disponibles en Points au Seuil.

samedi 3 octobre 2009

Automne

J'ai une bonne nouvelle pour les admirateurs d'Arnaldur Indridason... J'ai envoyé, il y a peu, le manuscrit du prochain opus qui s'intitule Hypothermie, je l'ai traduit, plongé dans la chaleur de l'Aveyron, au mois d'août. Le livre paraîtra aux Editions Métailié en février 2010. Je ne raconterai pas un mot de l'histoire.
De mon côté, l'été fut bref, peuplé de fulgurances et septembre, précoce... Peut-être est-ce simplement la saison, à moins que ce ne soit l'effet de la lune montante de cette fin septembre ou simplement que le traducteur fatigue un peu.

dimanche 1 mars 2009

Critique de Gérard Meudal dans Le Monde pour Hiver Arctique et L'heure trouble

Parmi les choses qui font plaisir : un bel article de Gérard Meudal en date du 20.02.09. Il porte sur Hiver Arctique, d'Arnaldur Indridason et sur L'heure trouble du Suédois Johan Theorin, traduit par Rémy Cassaigne. Gérard Meudal parle de l'Islande comme d'une sorte de laboratoire sociologique, sa vision est parfaitement juste, me semble-t-il. Voici l'article!

Le laboratoire scandinave, par Gérard Meudal. LE MONDE DES LIVRES, 20.02.09

Et si l'Islande constituait un observatoire privilégié, une sorte de poste avancé où les mutations de nos sociétés se manifesteraient de manière plus évidente, plus radicale que partout ailleurs ? Après tout, cette île peuplée de seulement 300 000 habitants est passée à une vitesse foudroyante du statut de société traditionnelle de paysans et de pêcheurs à celui d'eldorado économique. Et on découvre aujourd'hui avec stupeur que ce pays prospère se retrouve du jour au lendemain au bord de la banqueroute en raison de la crise financière internationale.
Les auteurs de romans policiers islandais l'ont bien compris et leur chef de file, Arnaldur Indridason, se sert des aventures de son commissaire Erlendur pour radiographier une société bouleversée par des évolutions rapides et spectaculaires. Erlendur, dont le nom, paraît-il, signifie en islandais "étranger", est une sorte de laissé-pour-compte, originaire de la région des fjords de l'est, qui n'est en phase ni avec la ville de Reykjavik où il travaille ni avec la vie moderne (son fils est alcoolique et sa fille junkie).
Cinquième roman d'Arnaldur Indridason traduit en français, Hiver arctique traite justement du statut des étrangers dans un pays où l'immigration est un phénomène relativement récent. Sunee, une jeune Thaïlandaise, est venue vivre à Reykjavik après avoir épousé un Islandais rencontré à Bangkok. Ils ont eu un fils, Elias, qui, à 10 ans, est un modèle d'intégration, bon élève, gamin charmant apprécié de tous. Sunee avait déjà un fils en Thaïlande, Niran, qu'elle a fait venir auprès d'elle. Mais celui-ci, plus âgé, a beaucoup de mal à s'adapter. Après son divorce, Sunee élève seule ses deux enfants. On découvre un jour Elias poignardé devant chez lui alors qu'il rentrait de l'école.
Pour Erlendur, les pistes ne manquent pas : crime d'un pédophile (on vient justement d'en signaler un dans le quartier), meurtre lié aux trafics de drogue à la porte des établissements scolaires, crime raciste ? L'auteur en profite pour rappeler que, sur la base américaine de Keflavik, l'interdiction de faire venir des militaires noirs a "longtemps été stipulée dans les accords entre l'Islande et les USA". Erlendur prend l'affaire d'autant plus à coeur que lui-même, dans son enfance, a perdu un frère, disparu sans laisser de traces. Un drame dont il se sent responsable et ne s'est jamais remis.
C'est aussi d'un enfant qu'il est question dans L'Heure trouble, de Johan Theorin. Un roman qui justifie amplement l'engouement que connaît actuellement le polar suédois auprès des lecteurs français, et un auteur dont il va falloir retenir le nom. Ce premier livre, qui a obtenu en 2007 le Prix du meilleur roman policier suédois décerné par la Swedish Academy of Crime, se déroule sur l'île d'Oland, au sud-est de la Suède. Jens Davidsson, un petit garçon de 6 ans, passe des vacances au bord de la mer. Un jour qu'il est confié à la surveillance peu efficace de ses grands-parents, il en profite pour faire le mur et s'aventurer sur la lande avoisinante malgré un épais brouillard. On ne retrouvera plus jamais sa trace.
UN PENCHANT POUR L'ALCOOL
Est-il tombé à la mer ? A-t-il fait une mauvaise rencontre ? Toutes les battues et les recherches resteront vaines et l'enquête policière aboutira à une impasse. La famille en reste durablement meurtrie. La mère végète dans une dépression aggravée par un certain penchant pour l'alcool et le grand-père coule des jours pas vraiment paisibles dans une maison de retraite, jusqu'au jour où il reçoit un colis contenant une des sandales que portait le gamin le jour de sa disparition.
L'intérêt de l'enquête, c'est qu'elle n'est pas menée par de brillants policiers rompus aux méthodes d'investigation les plus subtiles, mais par deux êtres cabossés par la vie, la mère et le grand-père, qui, animés des meilleures intentions, n'en multiplient pas moins les pires maladresses. Les paysages de cette île de la mer Baltique sont magnifiquement évoqués mais, là encore, le décor n'est qu'un prétexte à analyser les mutations sociales. Car ce lieu réputé sauvage et invivable est devenu en quelques années - et c'est là que réside la clé de l'énigme - un paradis touristique pour le plus grand profit de quelques entrepreneurs avisés.
Hiver arctique (Vetrarborgin) d'Arnaldur IndridasonTraduit de l'islandais par Eric Boury,Métailié noir, 336 p., 19 €.
L'Heure trouble (Skumtimen) de Johan TheorinTraduit du suédois par Rémy Cassaigne,Albin Michel, 430 p., 19,50 €.
Gérard Meudal

jeudi 19 février 2009

Hiver Arctique d'Arnaldur Indriðason

Depuis quelques jours, Hiver arctique, le dernier livre d'Arnaldur Indriðason figure en tête des ventes sur le site Datalib, à la rubrique Polars-SF. On y retrouve le commissaire Erlendur, qui ne manque pas de raisons pour déprimer.
http://public.datalib.net/fonctions/top_ventes.php?page=1&cat=3
Et oui, les Islandais savent écrire et, pas seulement des romans policiers d'ailleurs! Voir ci-dessous...

Les Annales de Brekkukot


Je tiens à signaler la parution d'un très beau livre chez Fayard : Les Annales de Brekkukot. Une très belle traduction de Régis Boyer qui a su saisir toute l'ironie de Laxness, un auteur particulièrement difficile à traduire.


dimanche 1 février 2009

Ce blog n'est pas une tribune politique, mais tout de même, l'Islande a un nouveau premier ministre et pour la première fois, le chef du gouvernement est une femme. Son nom: Jóhanna Sigurðardóttir. Adressons-lui nos félicitations et surtout, souhaitons-lui beaucoup de courage, elle en aura besoin! Til hamingju Jóhanna og gangi þér vel!

samedi 31 janvier 2009



Au détour des pages de l'Internet, on trouve bien des choses, plus ou moins réjouissantes. Voici un article dont la lecture m'a particulièrement réjoui sous la plume de Thierry de Fages. L'article est élogieux et l'homme qui l'a écrit a saisi toutes les finesses d'une oeuvre que j'aime au plus haut point, l'un de mes romans préférés. Un immense merci à ce monsieur pour son bel article.

Je précise que trois romans d'Einar Mar Gudmundsson sont disponibles en traduction française. Le premier, Les anges de l'univers a reçu le Prix littéraire du Conseil Nordique en 1995. C'est un livre sublime, qui a été traduit, magnifiquement, par Catherine Eyjólfsson (je m'estime bien placé pour dire qu'elle a fait merveille car je sais à quel point cet auteur est difficile à rendre en français). Pour le second, Les chevaliers de l'escalier rond, il est paru chez Gaïa l'an dernier dans ma traduction et le troisième est Le Testament, thème de l'article ci-dessous. Avec les Editions Gaïa, nous envisageons de publier d'autres romans d'Einar Mar Gudmundsson (une trilogie), mais nous devrons attendre au moins un an à cause de mon programme surchargé...

LIEN vers LEMAGUE.NET : http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article5578

LE TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE…

Ecrivain islandais, né à Reykjavik en 1954, Einar Mar Gudmundsson est connu pour sa dizaine de romans et ses sept recueils de poèmes. Après « Les Chevaliers de l’escalier rond » (1985), son premier roman, paru chez Gaïa en 2007, la maison d’édition spécialisée dans les littératures nordiques vient de publier l’excellent Testament des gouttes de pluie…

L’étrange histoire du roman LE TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE se déroule dans la banlieue de Reykjavik. Ombres passagères, jouets des caprices de la Nature, les personnages insignifiants (?) de cette fresque au parfum de fjords et de flatkökur (1) évoluent dans un théâtre de la quotidienneté au décor plutôt pluvieux. Il y a là un coiffeur casanier, un gardien du Jardin des plantes tournant en rond, un sellier sans âge, captivant par ses contes les pêcheurs du coin lors de banquets arrosés, un pasteur tourmenté, possédé par sa mission éducative. Il y a aussi des écoliers, des oiseaux géants, des sirènes, des bateaux-fantômes…

Gudmundsson a une jolie formule pour exprimer son tempérament littéraire. Il tente d’examiner ce que « la réalité recèle de magique en même temps que la part de la réalité que la magie recèle ». Parfois, l’on songe à la lecture du TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE au réalisme magique de certains auteurs d’Amérique latine. Mine de rien, l’auteur nous bluffe par une méticuleuse description d’une petite ville islandaise avec son école, son église, son salon de coiffure, son asile psychiatrique, ses pêcheurs et ses notables. L’auteur semble gentiment se moquer de tout ce beau monde en lui prêtant certains traits islandais.

Le style évocateur de Gudmundsson, par sa verve gargantuesque, nous plonge dans un climat à la fois naïf, comique et magique, lorgnant vers les rivages - en apparence paisibles - de la fable et du conte. Parfois une touche « enfantine » et une tonalité anarchiste à la Roald Dahl viennent colorer ce curieux TESTAMENT. D’autres fois, c’est un univers fantastique, jubilatoire et inquiétant qui surgit comme ici : […] « Quelqu’un voit des anges planer sur leurs ailes noir corbeau et d’immémoriaux oiseaux de mauvais augure avec des têtes de trolls viennent visiter les rêves des enfants qui sommeillent, blottis dans leurs lits et innocents dans les grands immeubles […]

La première phrase du TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE crépite ainsi : « Au moment où le tonnerre et les éclairs explosent au-dessus de la ville obscure blottie dans le soir, on dirait que dans les airs retentit un concert d’innombrables instruments électriques. » Le panthéisme aux relents sensuels et mystiques de Gudmundsson se fond dans la symbolique de l’eau. Et l’on songe à « La Cloche d’Islande » (1943), célèbre roman de l’Islandais Halldor Laxness : « Il ne faut qu’à peine 10 minutes – à travers la lande qui embaume le thym sauvage et les bourgeons des bouleaux arctiques – pour arriver au sommet de la colline où on entend déjà le sourd martèlement de l’eau sur les colonnes de basalte noir. La cascade, d’une beauté incroyable, se jette avec grâce du haut d’une falaise noire […]

Dans son pénétrant roman, Gudmundsson nous suggère l’éternelle - et improbable - combinaison de l’immobilité, celle d’une petite ville pétrifiée par la routine et peuplée d’habitants solitaires et du mouvement, celui d’une nature indomptable. Mer, nuages, pluie, éclairs, tempête…Triomphe de la Nature, emportant tout. « Ils errent entre les maisons autour de la nuit ; autour de la mort, des gouttes de la pluie et de la nuit. », écrit Gudmundsson évoquant les marins.

« Au-dessus de la ville obscure et blottie dans le soir, on n’entend plus rien dans l’air, plus rien que le flic-flac des gouttes de pluie cristallines. », nous chuchote à l’oreille le romancier, fin observateur du pays des terres glacées et volcaniques. THIERRY DE FAGES

(1) épaisses galettes de farine sans levure cuites à même la plaque, on les consomme souvent avec les plats typiquement islandais comme le hangikjot, mouton fumé [note du traducteur]

LE TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE
Roman d’Einar Mar Gudmundsson, traduit de l’islandais par Eric Boury, éditions Gaïa, collection « Catalogue général », 249 pages, 2008. Prix : 21 euros

samedi 24 janvier 2009

Hiver Arctique

MORCEAU CHOISI :
"Quand Erlendur rentra enfin chez lui, il n’alluma pas la lumière et alla directement s’asseoir dans son fauteuil, heureux de pouvoir enfin se détendre. Il regarda par la fenêtre en réfléchissant à Eva Lind et à ce rêve qu’elle voulait lui raconter.
Il vit un cheval qui se débattait dans les sables mouvants, les yeux exorbités et les naseaux dilatés à l’extrême. Il entendit le bruit de l’aspiration au moment où l’animal parvint à libérer l’une de ses pattes, avant de s’enfoncer plus profondément dans le piège qui se refermait sur lui.
Il désirait avoir l’âme en paix. Il désirait voir les étoiles cachées par les nuages afin d’y trouver la tranquillité, l’assurance qu’il existait quelque chose de plus vaste et de plus important que sa propre conscience, l’assurance de pouvoir se perdre, ne serait-ce qu’un instant, dans les immensités de l’espace et du temps.

La famille était légèrement à l’étroit dans la petite maison aujourd’hui abandonnée. Les deux frères devaient partager la même chambre. Leurs parents occupaient la seconde. Il y avait aussi une grande cuisine prolongée par une remise ainsi qu’une petite salle à manger avec de vieux meubles et des photos de famille dont certaines se trouvaient aujourd’hui accrochées aux murs de l’appartement d’Erlendur. Il se rendait toujours dans les Fjords de l’Est à quelques années d’intervalle et passait la nuit dans les ruines de ce qui avait autrefois été sa maison. De là, il montait à pied ou à cheval sur la lande où il dormait à la belle étoile. Il appréciait de voyager seul et aimait sentir peu à peu la profonde solitude l’envahir sur les lieux de son enfance, peuplés de moments enfouis dans ce passé encore si fortement imprimé en lui, des moments dont il avait, encore aujourd'hui, la nostalgie. Il savait que ce passé ne survivait qu’à travers lui. Que lorsqu’il quitterait ce monde, ce serait comme si rien de tout cela n’avait jamais existé."
Arnaldur Indridason, Hiver Arctique, à paraître le 5 février aux Editions Métailié.

mercredi 12 novembre 2008

Aujourd'hui Le testament des gouttes de pluie d'Einar Már Guðmundsson sort aux Editions Gaïa... Un livre magnifique qui nous parle de tempêtes, de naufrages, de fantômes, de marins, de boisson, de récits, de pasteurs, de coiffeurs, d'elfes et de temps qui passe ou qui ne passe pas, se distend, se contracte, se retourne à chaque page : une méditation sur le temps sous une forme poétique et loufoque. Merci à Gaïa, à Susanne et à Evelyne d'avoir pris le risque de publier ce livre et merci à Einar Mar de l'avoir écrit.

Vous trouverez la présentation de l'éditeur ici : http://www.gaia-editions.com/index.php?option=com_content&view=article&id=325:testament-des-gouttes-de-pluie-le&catid=12:catalogue-general&Itemid=6


Voici aussi ce qu'en dit le critique littéraire et traducteur Philippe Bouquet qui a beaucoup aimé le livre. MERCI à lui pour ce texte :

Einar Már Guðmundsson : Le Testament des gouttes de pluie, Gaïa, 2008, traduit de l’Islandais par Eric Boury.
"On croyait que le « réalisme magique » était la spécialité des latino-américains, mais quand un Islandais s’y met ce n’est pas mal non plus et il nous donne un livre aussi beau que son titre (et que sa couverture !). Il convient cependant de mettre en garde ceux qui n’admettent pas qu’on raconte une histoire en « remontant la pente » au lieu de la descendre (au point qu’on se croit parfois dans Tristram Shandy tant on remonte à Hérode à propos du moindre événement) et qu’elle n’ait pas de fin, que la pluie tombe horizontalement (parfois rouge sang, si elle ne s’envole pas, et en telle quantité qu’elle finit par créer un véritable déluge) et qu’une tempête s’apaise en un instant comme elle s’est levée. Ce livre n’est pas pour eux. Pour les autres, en voici la recette (partielle) : un sellier qui picole en compagnie de quelques « petits » pêcheurs ; un pasteur qui a du mal à écouter sa femme qui veut lui raconter son rêve ; un gardien de jardin des plantes qui s’aventure au-delà du carré des simples ; un coiffeur qui fait le ménage en grand dans sa boutique ; un chauffeur qui a perdu un orteil (lequel a été avalé par une pierre) ; un contremaître privé de son pantalon et de son slip par enchantement ; des gens qui habitent des pierres… Ajouter quelques ratons laveurs, cuire à feu doux dans un moule informe mais bien structuré, et servir chaud. Ne pas oublier la sauce : une langue magnifique qui alterne phrases courtes (parfois deux ou trois mots) et longues périodes de dix voire quinze lignes dans lesquelles le lecteur est ballotté comme au cours d’une partie de rafting sur un torrent alpestre et dont il sort ébloui et étourdi. Un humour cocasse traverse le livre de bout en bout et lui donne une saveur tout à fait particulière. N’oublions pas non plus le travail du traducteur, sans lequel ce livre ne serait pas un tel enchantement de lecture, il est à la hauteur du reste. Avis aux amateurs."
Philippe Bouquet

samedi 8 novembre 2008

Boréales : Invité d'honneur, l'Islande


Les Boréales approchent à grands pas, elles sont cette année consacrées en priorité à l'Islande. Beaucoup d'auteurs sont invités, dont Kristin Maria Baldursdottir, Arnaldur Indridason, Arni Thorarinsson, Einar Mar Gudmundsson, Steinunn Sigurdardottir, Sjon, Gudrun Eva Minvervudottir. L'ancienne présidente de la République d'Islande participera au premier débat intitulé Modernité Islandaise à 14H. A 16H, Arnaldur Indridason sera interviewé par Martine Laval, journaliste à Télérama. Notons également la présence de Régis Boyer qui participera à un débat sur le Réalisme Magique dans la littérature islandaise contemporaine à 17H30. Tout cela aura lieu le samedi 22 novembre à l'auditorium du Musée des Beaux-Arts, au château de Caen.
On remet le couvert le dimanche!
Il y a aussi des expositions, des films, des concerts, de la danse : bref, un véritable festival ! Caen et la Normandie seront pendant deux semaines à l'heure islandaise...

http://www.crl.basse-normandie.com/0-actu/boreales-2008/009.html

Juste avant ce grand week-end littéraire, je signale le colloque : "L'Islande dans l'imaginaire" organisé par Hanna Steinunn Thorleifsdottir et François Emion à l'Université de Caen. Il se tiendra à l'Amphi Bouard, Bâtiment des Lettres, à gauche du Phénix, le vendredi 21 à partir de 9 H et le samedi 22 (matin) également à partir de 9 H. Entrée libre.

http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/erlis/manifestations/807

mercredi 15 octobre 2008

SJÓN, Sur la paupière de mon père / Með titrandi tár

Aujourd'hui est paru Sur la paupière de mon père de Sjón. C'est une oeuvre poétique et surprenante, où l'imaginaire règne en maître, se mêlant de façon grandiose à une réalité parfois tout aussi "loufoque" que l'imagination elle-même. Sjón convie son lecteur à un grand banquet de mots, il lui offre un symphonie de clins d'oeil avec un plaisir de raconter qui jamais ne s'essouffle. Il reprend les mythes islandais ou mondiaux, mélangeant joyeusement Bible et mythologie nordique, sources grecques, sagas islandaises, contes populaires, Histoire récente et ancienne, Guerre froide et Seconde guerre mondiale. Sjón jongle avec une légèreté sans pareille. Il semble s'amuser à nous perdre avant de nous surprendre en nous prouvant que, s'il nous a perdus, ce n'est que pour mieux nous amener à nous retrouver puisque, dans cette oeuvre, chaque mot compte et chaque chose, même apparamment déplacée, est parfaitement à sa place. Un livre jubilatoire qui mérite d'être découvert par les amoureux de la littérature et de la poésie, par les amoureux de la vie.



samedi 4 octobre 2008


La suite du Temps de la Sorcière d'Arni Thorarinsson est parue aux Editions Métailié il y a deux jours. Ce nouvel opus des aventures d'Einar s'intitule Le Dresseur d'insectes. Arni Thorarinsson continue d'y explorer la culture et la société de son pays natal avec lequel il n'est pas tendre. Chaque famille a ses cadavres dans le placard et la société islandaise est une grande famille. Le dresseur d'insectes est un livre humain, on y apprend beaucoup de choses sur l'Islande et le mythe de la nation presque parfaite prend encore une fois du plomb dans l'aile. Les personnages sont bien construits et d'une grande justesse psychologique : celui de Victoria, très touchant, est une merveille. Quant à Einar, il est très en forme.

Voici ce qu'en dit Bernard Strainchamps : "Certes, l’Islande en hiver ressemble à la fin du monde : un désert noir et blanc de lave et de glace. Sans doute la raison pour laquelle l’Islande détient le record des pays où on lit le plus au monde. Mais l’Islande n’avait pas de tradition d’écriture de roman policier. Or dans ce pays où la population est équivalente à celle de Nantes, il y a aujourd’hui 10 auteurs de roman policier dont trois traduits en France.
Même si il y a une vraie vague du polar nordique en France, que le lecteur est donc cuit pour lire n’importe quoi, c’est assez fou. L’Islande n’a eu qu’une médaille d’argent aux derniers JO. Mais elle cartonne en Cinéma, en musique, et maintenant en polar !
Les lecteurs français ont plébiscité Erlendur, l’anagramme à une lettre près de Arnaldur. Mais si ! vous connaissez ce commissaire de la police criminelle à Reykjavik, personnage inventé par Arnaldur Indridason. Divorcé, souvent déprimé, il ne mange que des plats réchauffés au micro-ondes. Et comme Wallander, il a des relations très difficiles et conflictuelles avec sa fille. Et pour notre plus grand bonheur des lecteurs, il est étranger - Erlendur veut dire étranger en Islandais- à « une société trop exemplaire, trop hypocrite qui pèse comme une chape de plomb sur ses habitants ». Car rendez-vous compte : les Islandais ont la « nostalgie d’un eden, la douleur d’avoir à renoncer à cette idée que l’Islande, ce territoire de 103 00 Km² (1/5e de la France) peuplé de 288 000 habitants, où le taux de chômage atteint à peine 3%, n’est pas un cocon de solidarité, une contrée magique à l’abri du crime et de la bassesse, mais une société gangrenée par la violence, qui plus est dans le secret. »
Depuis un an, Erlendur a un petit frère : Einar. C’est un nom assez commun en Islande, proche du mot « einn » qui veut dire seul ou solitaire. Einar est journaliste, personnage récurant inventé par Arni Thorarinsson, publié en France, toujours par les mêmes éditions Métailié. Le temps de la sorcière, son premier roman traduit, a été vendu il y a un an comme le nouveau Millénium. Cette comparaison m’avait alors laissé sceptique. Einar est moins borderline que Lisbeth et Mikael Blomkvist. Même si les sujets abordés et la manière de les mettre en scène se ressemblent. Du Simenon à l’aquavit ! A la lecture de son deuxième roman à paraitre en octobre et intitulé Le dresseur d’insectes, j’ai changé d’avis. Et j’espère que vous allez plébisciter cet auteur. Thorarinson déclare dans une interview publiée sur Bibliosurf, « Einar est conduit par son sens de la justice, sa curiosité, mais il n’est pas politiquement correct. Il n’arrive pas à trouver un équilibre psychologique, mais il ne cesse d’essayer. Il est conscient de ses propres préjugés. Il se moque de lui-même. Dans un certain sens, il est sa propre parodie, et il le sait. » Dans cette dernière enquête, il va jusqu’à se faire interner dans un centre de désintoxication par ce qu’il a appris que son informatrice y a été assassinée. Alcoolique en rémission, il est toujours prêt à nous surprendre.
Arni Thorarinsson n’écrit pas des romans à la Crumley ou Pete Dexter. Mais il ne faut pas bouder son plaisir. C’est un roman noir plein d’humour, de vivacité et de suspense. Un bon remède à la morosité ambiante."

NB : Il y a une petite erreur sur les chiffres mentionnés par Bernard : la population islandaise a dépassé les 300.000 individus, mais bon, c'est un point de détail. J'ajoute qu'étant donné la conjoncture économique actuelle et le marasme monétaire (la couronne islandaise à perdu la moitié de sa valeur en quelques mois!) que le pays connaît depuis quelques mois, il y a fort à parier que le chômage, dont le taux a toujours été très bas en Islande, franchisse allègrement la barre des 3%.








Le temps de la sorcière est paru en poche chez Points Seuil en même temps que le second opus des aventures d'Einar chez Anne-Marie Métailié. C'est un très bon roman que j'ai eu grand plaisir à lire avant de le traduire.

Le texte qui suit a été écrit par Philippe Bouquet, traducteur et critique littéraire, dans le Bulletin Critique du Livre Français :

"Voici encore un « polar venu du froid ». La série commence à être longue (et inégale), mais celui-ci réjouira les lecteurs un peu exigeants. Il se caractérise par un ton absolument délicieux à base d’humour et d’ironie (et toutes les variétés intermédiaires, à commencer par l’auto-ironie). C’est l’histoire d’un journaliste dans la quarantaine, Einar, envoyé en « exil » dans le nord du pays, à Akureyri (une bonne carte d’état-major est recommandée pour situer la plupart des lieux) afin d’y chroniquer la « criminalité à petite échelle » du secteur : menu trafic de drogue, bagarres d’ivrognes et rixes entre indigènes et immigrés (dans ce pays où chacun, à l’origine, était un immigré !) Sans compter la disparition du chien d’Asbjörn Grimson et de Karolina ou le décès d’Asdis Björk au cours d’une partie de rafting organisée par son entreprise pour motiver son personnel et qui tourne mal. Les choses se corsent avec la découverte, sur une décharge, du cadavre carbonisé d’un lycéen qui devait tenir le rôle principal d’une pièce de théâtre. Pour avoir voulu se mêler de l’enquête, Einar est l’objet d’une tentative de meurtre sur la personne de… sa perruche (sauvée par l’intervention d’une karateka femelle). Et il voit Joa, sa photographe, pour qui il en pince un peu, entamer une relation lesbienne. Heureusement, il lui reste sa perruche. Pas drôle, donc, la vie dans ces contrées boréales – mais le lecteur, lui, ne s’embête pas. Il peut même admirer l’habileté avec laquelle l’auteur noue des fils très complexes et disparates et les relie à des notions aussi spécifiquement islandaises que le « Heaume de terreur » ou un lieu aussi important dans l’histoire du pays que l’évêché de Holar, mais aussi avec la criminalité en col blanc, le rock, le théâtre et le cinéma – pour ne pas parler du téléphone portable, lequel peut servir à tout autre chose qu’à téléphoner, comme chacun sait. Ajouter un soupçon de Narcistic personality disorder, une pincée de mondialisation et secouer. Voilà, le cocktail est prêt : il est assez corsé, un peu vertigineux et pas très optimiste : « Est-il possible que les gens aient des enfants ? Si c’est le cas, comment vont-ils ? Dans quel état sont-ils ? » se demande l’(anti-)héros de cette histoire. Au total : du travail d’artiste, servi par une bonne traduction, et un régal de lecture. L’excellent Arnaldur Indridason (publié en France chez le même éditeur) trouve là un sérieux concurrent. Après tout, la saga n’est peut-être pas un genre aussi mort qu’on le croit parfois et les scaldes étaient des virtuoses dans l’art de la tresse littéraire. Beau sang ne saurait mentir." Philippe Bouquet.

samedi 20 septembre 2008

Arnaldur

Je viens de rendre le manuscrit du prochain livre d'Arnaldur Indriðason qui paraîtra, comme d'habitude, aux Editions Métailié début février 2009 sous le titre Hiver Arctique. Je n'en dis pas plus, mais c'est toujours aussi bien. Un livre très émouvant, une atmosphère comme Arnaldur sait en créer... glaçante, avec pour toile de fond, l'hiver et la désepérance d'Erlendur.

dimanche 24 août 2008

Pas grand-chose à dire : le traducteur traduit, traduit, traduit... Trois traductions paraîtront en septembre octobre novembre. 1. Le Dresseur d'insectes d'Arni Thorarinsson aux Editions Métailié. 2. Le testament des gouttes de pluie d'Einar Mar Gudmundsson, chez Gaïa Editions. 3. Sur la paupière de mon père, de Sjón. Je dirai quelques mots des ces trois livres, tous très bons dans leur genre. Le premier est un policier, le second, tel un immense poème en prose, le troisième, très poétique et très drôle.

jeudi 3 avril 2008

Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie




Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie, Guðrún Eva Mínervudóttir, traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson.
Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie est un recueil de nouvelles de la jeune écrivaine islandaise Guðrún Eva Mínervudóttir. Le livre vient de sortir en français aux éditions Zulma dans la très belle traduction de Catherine Eyjólfsson.
PRESENTATION DES EDITIONS ZULMA


"Qu’il s’agisse de prendre un bain après un concert, de manger de la pâtée pour chats, d’adopter un ficus, de prendre Dieu pour amant ou d’ôter de la gorge d’un garçon la boule qui l’étrangle, le quotidien islandais de la narratrice ne manque pas de sel. Ni de piquant.Voici des nouvelles courtes, souvent écrites à la première personne ; des histoires d’amour, de haine, de fantômes, de règlements de comptes avec les autres ou avec soi-même. L’humour, la candeur douce-amère qui se dégage de l’œuvre toute entière ainsi qu’une distance prise par rapport aux personnages laissent à penser qu’on peut tirer des leçons de ce qui nous est raconté, qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre.Le charme subtilement empoisonné d’une prose qui, sous des dehors de ne pas y toucher, sème une étrange confusion dans l’âme."
MON OPINION PERSONNELLE :
Vous n'avez pas trop le moral? La réalité quotidienne vous semble manquer de relief ? Vous êtes follement amoureux? Vous haïssez votre voisin ou au contraire l'aimez secrètement? Vous êtes persuadé que la voisine du dessus est folle ou qu'elle s'entretient avec les fantômes? Vous êtes un jeune homme, un vieille femme, un adolescent qui se cherche, un homme d'âge mûr qui s'est trouvé, mais regrette de ne s'être pas perdu? Vous vous posez des questions existentielles? Vous ne vous en posez pas? Peu importe...
QUI QUE VOUS SOYEZ, ce livre est pour VOUS. Ce n'est pas qu'il va totalement chambouler votre vision du monde, ce n'est pas qu'il va vous entraîner dans des aventures palpitantes et pleines de rebondissements, ce n'est pas tellement non plus qu'il va vous plonger dans des mondes parallèles ou vous emmener sur des planètes étrangères.
Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie vous amènera à envisager le quotidien sous un autre jour. Entre douceur amère, drôlerie et humour parfois décalé, simplicité du style et beauté de la langue (magnifiquement rendue par la traduction de Catherine Eyjólfsson), Gudrun Eva nous promène dans un réel où bien des situation anodines dérapent, quelque part entre la banalité quotidienne et l'imaginaire, le rêve, la cocasserie.
Il suffit de lire les titre des nouvelles pour s'apercevoir que tout n'est pas tout à fait "normal" dans les histoires que Guðrún Eva nous raconte. L'auteur se joue de la logique comme des liens de causalité. Prenez ce : "Maintenant, je vais te donner un bain parce que tu es mon amie"... Ah bon, vous donnez souvent des bains à vos amis, vous? Pas moi! Eh bien, justement c'est peut-être un tort car à la lecture du texte, on aurait bien envie de se mettre au plus vite à cette pratique!
Et cette pure merveille qu'est le titre de l'ensemble du recueil : "Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie" et qui sous-entend que pendant qu' "il ne la regarde pas, elle serait quelqu'un d'autre"?? Je précise que le contenu des nouvelles est évidemment à la hauteur des titres. Certaines sont joyeuses comme un jour d'été, d'autres presque inquiétantes, mais toutes communiquent une irrésistible joie, un irrésistible désir de vivre.
Je m'arrête là car je vous recommande tout simplement de courir acheter le livre dans la première librairie. Eteignez votre ordinateur, sortez de chez vous, trouvez le livre et LISEZ... Bonne lecture!

dimanche 2 mars 2008

Article de Gérard Meudal à propos de "Lhomme du lac" et de "Brouillages" dans Le Monde

Je suis très heureux du bel article de Gérard Meudal dans Le Monde des Livres du jeudi 29 février. Il est élogieux quant aux deux livres dont il parle et surtout il précise deux éléments qu'il est important de garder à l'esprit quand on s'intéresse à la littérature islandaise : premièrement, la langue islandaise a très peu évolué dans sa structure grammaticale depuis le Moyen Âge et, par conséquent, la littérature de cette époque qui semble bien lointaine aux Français est toujours très présente dans l'esprit des Islandais qui baignent littéralement dans la culture des sagas puisqu'ils peuvent lire "dans le texte" les écrits des XIIème et XIIIème siècles ; deuxièmement, cette proximité a nécessairement des répercussions sur la littérature moderne. Ces données surprennent toujours les Français, il est donc bon que quelqu'un les rappelle. Merci pour cela à Gérard Meudal dont voici l'article :

Critique : "L'Homme du lac" et "Brouillages" : du mauvais côté du soleil
LE MONDE DES LIVRES 28.02.08 17h26 • Mis à jour le 28.02.08 17h26

Voilà une épineuse question enfin résolue. On s'interrogeait depuis des lustres sur les origines du roman policier. Fallait-il remonter jusqu'à Poe, Voltaire, ou la tragédie grecque ? Pour Arnaldur Indridason, le roman policier trouve sa source dans les sagas islandaises, et il revendique pour sa part l'héritage de la saga de Gisli Sursson (1), une sombre histoire de meurtre en famille dans une ferme islandaise au IXe siècle.

Ayant peu évolué, la langue ancienne des sagas est restée parfaitement accessible aux lecteurs islandais contemporains et on peut donc admettre qu'elle influence la littérature contemporaine. La floraison tardive de nombreux romans policiers dans un pays qui n'en produisait guère il y a encore quelques années peut sembler, en revanche, plus surprenante. "Le pays compte trop peu de gens (moins de 300 000 habitants), peu d'événements, un quotidien plat, explique Indridason, mais la société islandaise a évolué très vite. On est passé en peu de temps d'une société de paysans pauvres à une société citadine très riche. Mon commissaire Erlendur fait partie des laissés-pour-compte. Il n'arrive à se lier ni à la ville ni au présent."

Le père d'Arnaldur était écrivain ("J'ai été élevé au son de la machine à écrire") et a publié plusieurs ouvrages consacrés à l'exode rural, ce qui explique peut-être pourquoi le thème des déracinés se retrouve si souvent dans les livres du fils. Pourtant, ici, dans ce quatrième roman traduit en français, Arnaldur Indridason s'aventure sur un nouveau terrain, celui du roman d'espionnage. Un tremblement de terre provoque la baisse brutale des eaux d'un lac islandais. On y découvre à cette occasion un squelette vieux de quarante ans, lesté d'un émetteur-récepteur de fabrication soviétique.

UNE SAVEUR PARTICULIÈRE

L'enquête ne vise pas à exhumer les secrets d'espions du temps de la guerre froide, mais, comme d'habitude, à mettre en évidence la solitude et le désenchantement de quelques personnages inadaptés aux mutations brutales de la société. Dans les années 1960, des étudiants islandais de gauche avaient obtenu une bourse pour poursuivre leurs études en RDA, à Leipzig. Passé le premier moment d'enthousiasme, ils avaient découvert le "socialisme réellement existant".

Certains en étaient revenus horrifiés, d'autres n'en étaient pas revenus du tout, mais ils avaient tous commis la même erreur : croire que le danger vient forcément de l'étranger et que, s'il était légitime, et nécessaire, de se méfier des mouchards de la Stasi, ils n'avaient rien à craindre de leurs compatriotes.

Jon Hallur Stefansson, né en 1959, appartient à la même génération que Arnaldur Indridason. Brouillages, son premier roman, met en scène un conflit de générations qui tourne à l'affrontement sanglant.

Marteinn découvre que son père, Björn, un brillant architecte de Reykjavik, entretient une liaison avec Sunneva, la fille d'un associé qu'il a plus ou moins évincé et dont il pourrait être le père. Avec l'aide de son ami Hallgrimur, il va mener une enquête qu'il veut discrète.

Mais lorsqu'on retrouve Björn dans le coma près du chalet d'été de la famille, où gît le cadavre de Sunneva, il n'est plus temps de laisser l'enquête aux mains de détectives amateurs. Valdimar, le policier chargé de l'affaire, est lui-même un bel exemple de ce conflit générationnel.

Quand il vitupère sans cesse contre ces gens qui mènent une vie sexuelle dissolue et passent leur temps à fumer des joints, ce n'est pas aux adolescents qu'il pense mais à la génération de ses parents, et plus précisément à son père, ex-soixante-huitard.

L'élégance et la précision de la langue, qui doivent sans doute beaucoup au travail remarquable d'Eric Boury, le traducteur des deux romans, forme un étrange contraste avec la cruauté des situations. Volonté de domination, lourds silences des familles, haines recuites : bien sûr, on trouvait déjà tout cela dans les sagas, rien de nouveau sous le soleil. Sauf que le soleil islandais a la particularité de briller par son absence pendant de longs mois avant d'imposer sa présence jour et nuit, ce qui modifie légèrement l'éclairage et donne une saveur particulière à ces polars venus du Nord.

--------------------------------------------------------------------------------
"L'Homme du lac" (Kleifarvatn) d'Arnaldur Indridason. Traduit de l'islandais par Eric Boury. Métailié Noir, 390 p., 18 €.

"Brouillages" (Krosstré) de Jon Hallur Stefansson. Traduit de l'islandais par Eric Boury Gaïa, 320 p., 21 €.

(1) "Folio", Gallimard, traduit par Régis Boyer.

A signaler la parution en Points de La Voix, le précédent roman d'Arnaldur Indridason qui a obtenu en France le Grand Prix de littérature policière 2007.

Gérard Meudal
Article paru dans l'édition du 29.02.08

Petite précision avec retard, L'homme du lac d'Arnaldur a reçu le Prix du Polar européeen du point à l'occasion du festival Quai du Polar, à Lyon.

vendredi 11 janvier 2008

Brouillages, polar islandais chez Gaïa

Brouillages de Jón Hallur Stefánsson (Krosstré) paraîtra aux Editions Gaïa début février. Le livre est paru en janvier au Danemark sous le titre : Kvinden der forsvandt. La presse danoise s'est montrée très élogieuse... (Malheureusement, je n'ai pas le temps de traduire les compliments en français pour l'instant!)

Brouillages de Jón Hallur STEFÁNSSON
Polar traduit de l’islandais par Éric Boury
13 x 23, 320 pages, 21 €
Collection Gaïa polar

Le livre :

Un architecte apparemment bien sous tous rapports est retrouvé inanimé au bord du lac de sa maison d’été. Qui lui a fracassé le crâne ? Sa femme ? Son fils ? Sa jeune maîtresse ? Son ancien associé, viré pour alcoolisme ? Ou ce mercenaire japonais qui disserte volontiers sur l’art de tuer, et qui trouve en l’Islande un décor idyllique pour mettre en scène ses meurtres ?Jón Hallur Stefánsson nous immerge dans la bonne société islandaise, où tout le monde sait tout sur tout le monde, où la vie à la fois monotone et complexe de chacun brouille les pistes. Brouillages est un polar empreint de relations humaines à la violence exacerbée, à l’image d’une nature grandiose et extrême, qui plonge le lecteur dans un huis clos étouffant.

L'auteur
Jón Hallur Stefánsson est né en 1959. Il s’était fait remarquer en 2004 en obtenant le prix de l’Association des auteurs policiers d’Islande pour une nouvelle intitulée Enginn engill (Loin d’être un ange). Brouillages a connu un grand succès public en Islande, la critique l’ayant décrit comme l’héritier du maître maintenant incontesté qu’est Arnaldur Indriðason.


Extraits de la presse étrangère
Le livre est un bouillonnement de passions enflammées, de haine, d’obsessions, de jalousie agrémentées d’une petite touche de folie. Jón Hallur mélange tous ces ingrédients en un roman policier extrêmement bien écrit, ce qui fait de Brouillages un livre à la fois littéraire et très captivant.Þórarinn Þórarinsson, Fréttablaðið
Jón Hallur est surnommé le prince héritier du roman policier islandais et il mérite amplement son titre de bout en bout de son premier roman. L’histoire est captivante et l’intrigue, les personnages et tout l’environnement collent impeccablement à la réalité islandaise. Brynhildur Björnsdóttir, Birta
Complexe, poétique et remarquablement bien écrit, Brouillages est le premier volume captivant d’une excellente série de polars. Buch-Aktuell
Jón Hallur Stefánsson écrit de manière plus épurée, plus austère qu’Arnaldur Indridason. Chez ses personnages, l’amour est brutal, jamais délectable. Mais l’humour est noir, bizarre et hilarant. Un polar macabre qui prend le lecteur en otage jusqu’à la dernière page.

Quant à la présentation de L'homme du lac, on la trouvera plus bas ici et sur le site des Editions Métailié http://www.editions-metailie.com/indoc/l-homme-du-lac-de-arnaldur-indridason-T927.htm

jeudi 3 janvier 2008

La voix d'Indridason en Points Seuil

Aujourd'hui, 3 janvier 2008 paraît en collection de poche le troisième Indridason, LA VOIX, qui a obtenu le Grand prix de la littérature policière cet automne.

Plus qu'un mois à peine à patienter avant la sortie de L'HOMME DU LAC, le quatrième opus sort chez Anne-Marie Métailié le 1er février...

mardi 18 décembre 2007

Homère à Reykjavík





Par amour pour ce texte, je l'ai finalement traduit. Einar Már Guðmundsson, l'auteur des Chevaliers de l'escalier rond et des Anges de l'Univers y dit tant de belles choses sur l'Islande. A chaque fois que je le lis, il suscite en moi les mêmes images : la rue Hverfisgata, la neige, le vent, le froid, la lumière bleutée de l'hiver et la hâte de rentrer se mettre au chaud. Evidemment, ça donne le mal du pays...

Sagnaþulurinn Hómer, Einar Már Guðmundsson


Eitt regnþungt síðdegi,
á skipi úr víðförlum draumi,
kom sagnaþulurinn Hómer til Reykjavíkur.
Hann gekk frá hafnarbakkanum
og tók leigubíl sem ók með hann
eftir regngráum götum
þar sem dapurleg hús liðu hjá.


Við gatnamót sneri sagnaþulurinn Hómer
sér að bílstjóranum og sagði:
"Hvernig er hægt ímynda sér
að hér í þessu regngráa
tilbreytingarleysi búi söguþjóð?"
"Það er einmitt ástæðan," svaraði bílstjórinn,
"aldrei langar mann jafn mikið
að heyra góða sögu og
þegar droparnir lemja rúðurnar."


þegar droparnir lemja rúðurnar
og þokan sem liðast inn flóann
hylur jafnt fjöllin og hafið,
ekkert í frásögur færandi
nema krapið á götunum,


enginn seiðandi söngur,
engin syngjandi sól,
aðeins fótspor sem hverfa
einsog regnið í hafið,
í tómið og vindinn sem syngur og blæs . . .


Sveipaður gráma
líður tíminn um stræti,
einstaka fugl svífur
draumlaust um bæinn,
regnslæður skýja
herpast um hálsinn
og náttmyrkrið hellist
sem net yfir heiminn.


Maður siglir í bát út á hafið,
það er syngjandi alda,
það er sofandi hús,
segl sem er undið í draumi,
heimurinn bylgjast
um svartan sæ
og ljósin líða
sem logar um stræti.



Le conteur Homère, Einar Már Guðmundsson


Par une soirée lourde de pluie,
Sur un navire tissé en un rêve voyageur
Le conteur Homère s’en vint à Reykjavik.
Il s’éloigna du quai,
monta dans un taxi qui l’emmena
longer des rues grises de pluie
où défilaient des maisons tristes.


A un carrefour, Homère se retourna
vers le chauffeur et lui dit :
“Comment peut-on s’imaginer qu’ici,
au creux de cette monotonie grise de pluie
vive une nation de conteurs ?”
“C’en est la raison précise,” répondit le chauffeur,
“jamais on n'a autant envie
d’entendre une belle histoire
que quand les gouttes frappent les vitres.”



lorsque les gouttes frappent les vitres,
que la brume se glisse dans la baie,
couvrant montagnes et océan,
et que rien ne vaut d’être conté
sauf la neige boueuse et glacée des rues,



nul chant ensorcelant,
nul soleil virtuose,
seules des traces de pas qui se perdent,
telle la pluie sur l’océan,
dans le néant et dans le vent
qui fredonne et qui s’époumone...


Drapé dans sa grisaille,
le temps longe les rues,
un oiseau esseulé plane
sur la ville en un vol sans rêve,
les voiles de pluie des nuages
s’enroulent autour du cou
et le noir de la nuit se déverse
tel un filet sur le monde.


Un homme vogue en bateau bien loin sur l'océan,
ici une vague qui chante,
ici une maison qui sommeille,
une voile enveloppée dans un songe
le monde ondule sur l’océan noirâtre
et les lumières passent
telles des flammes le long des rues.


Traduction : Eric Boury, 7 novembre 2007