vendredi 17 février 2012

Réponse à Danielle Cusin

Danielle Cusin a dit…
SVP, dites-moi si le troisième volet de la trilogie de Stefansson va être publié. Je ne sais pas quoi de ses héros qui tombent sur une surface dur et pour qui le monde s'éteint.  OUI, Danielle, évidemment qu'il le sera, je vais le traduire à la fin du printemps, je dois rendre le manuscrit à la mi-juillet et il sera publié au début de l'année 2013, toujours dans la collection Du Monde Entier, chez Gallimard! Je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant, mais je signalerai évidemment la parution ici...

jeudi 9 février 2012

La traduction : frontières et limites

Vous lirez ci-dessous un article que j'ai rédigé en décembre dernier pour la revue Hieronymus, le bulletin trimestriel de l'Association Suisse des Traducteurs et Terminologues. Le thème était : Traduction : frontières et limites. 



La traduction : frontières et limites

Sans doute n’est-il que peu de choses qui soient plus agaçantes – et passionnantes – pour les traducteurs que certaines questions qui surgissent presque immanquablement à chaque fois que la discussion s’oriente sur leur activité. L’une de ces interrogations obligées et toujours quelque peu inquiétantes porte sur le degré de fidélité de l’œuvre traduite par rapport au texte original, le traducteur étant souvent, dans une certaine mesure, soupçonné de trahir – au moins partiellement – une œuvre que, par son travail et ses tentatives d’apprivoisement, il ouvre aux locuteurs de sa langue.
 

La tâche du traducteur et quelques-uns de ses paradoxes : s’éloigner pour mieux s’approcher
 

Le travail du traducteur consiste à transmettre une œuvre étrangère sans la dénaturer tout en la coulant dans le moule de sa propre culture. Ainsi énoncée, la tâche semble d’une déconcertante simplicité : vous prenez une pâte, vous la coulez dans un moule que vous enfournez, puis laissez cuire le tout et, le temps de cuisson écoulé, il n’y a plus qu’à déguster. C’est prêt ! Mais voilà, les choses ne sont pas si simples. La pâte une fois cuite n’aura plus le même goût que lorsqu’elle était crue ; or, dans le processus de traduction, il importe à la fois que le texte écrit dans la langue cible soit lisible et qu’il entretienne le plus grand nombre possible de correspondances et de résonnances avec le texte source. La métaphore culinaire est donc nulle et non avenue pour décrire le processus de traduction.
Le traducteur honnête – gageons que la plupart le sont – doit efforcer de transformer l’œuvre originale sans trop la déformer afin d’en donner à lire dans sa langue une réplique presque exacte. En ce sens, il est un passeur de mondes, il permet effectivement à ceux qui parlent sa langue et ne maîtrisent pas l’autre de franchir des frontières. Il leur ouvre de nouveaux espaces en réécrivant l’œuvre, en devenant lui-même, pour un temps, un double de l’auteur. Le traducteur est un auteur qui réécrit un texte qui n’est pas du tout le sien et en même temps entièrement le sien le temps que dure le processus de la traduction.
 

Tout cela est bien beau et j’ai l’impression d’enfoncer des portes ouvertes en l’énonçant. Bien beau, mais pas si simple, et pas très rassurant, j’en conviens. Vous remarquerez que je m’entoure de précautions qui ne sont pas seulement rhétoriques ou attesteraient d’une humilité feinte de ma part. Les propos que je viens de tenir sont fortement modalisés et modérés. Non parce que je serais naturellement humble, mais parce qu’en tant que traducteur, on n’a d’autre choix que l’humilité et le courage face aux textes et aux mots qu’on doit transposer, exporter, redire dans notre langue. Notez que je ne parle pas d’identité entre l’œuvre originale et sa traduction, mais de grandes ressemblances, de correspondances, de résonnances multiples, de parenté proche. Et si je procède ainsi c’est parce que ma pratique pour ainsi dire quotidienne de l’exercice à la fois vicieux et vivifiant qu’est la traduction littéraire m’a conduit à reconnaître qu’il ne saurait exister d’identité parfaite quand il s’agit de dire dans une langue ce qui a été énoncé dans une autre. Il y a à cela un certain nombre de raisons.
 

« Langue » égal « culture »
 

Chaque langue possède son fonctionnement propre, sa morphologie, sa phonologie particulière, sa vision du monde et sa manière de découper, d’agencer le réel. Chaque langue possède ses tournures idiomatiques, ses expressions propres, ses proverbes, sa culture. Il n’existe pas de langue naturelle qui ne soit l’expression de la culture et de l’environnement de ses locuteurs et j’entends évidemment le mot culture au sens le plus large. C’est justement là que surgissent les difficultés : comment transférer tout cela sans le dénaturer et sans le perdre complètement ? Tout traducteur qui n’est pas tombé de la dernière pluie sait au fond de lui qu’il ne parviendra jamais à imiter parfaitement le texte pour les raisons que je viens d’avancer : la fidélité est son intention générale, mais elle ne restera toujours qu’une visée, un point vers lequel il tend, sans jamais l’atteindre vraiment, ce qui ne l’empêchera pas de s’en approcher, parfois avec bonheur. Jamais, par exemple, il ne parviendra à imiter la prosodie de la langue source dans la langue cible, le faire reviendrait simplement à ne pas traduire.
 

La tentation du renoncement
 

Le traducteur pourrait décréter que, tout texte étant foncièrement intraduisible, il renonce à son activité. Il pourrait rester assis dans son coin à côté d’un radiateur à regarder pousser ses ongles et à se transformer peu à peu en statue. Il pourrait opter pour l’inaction, pour l’égoïsme : après tout, il connaît la langue dans laquelle a été écrit le bijou qu’il vient de lire et, si ses compatriotes veulent accéder à cette merveille, qu’ils aillent apprendre le chinois, l’islandais, le groenlandais, l’italien du XIIIe siècle ! Car ne risque-t-il pas de détruire le texte qu’il trouve si beau en le traduisant, nécessairement imparfaitement ? Ne risque-t-il pas d’y greffer des choses qui n’y sont pas dites explicitement en se voyant forcé de préciser un peu, par endroits, la pensée ou les propos de l’auteur ? Ne risque-t-il pas de castrer le texte en se voyant contraint de faire le deuil définitif d’une formule magnifique dans la langue source, mais qui tombe comme un cheveu sur une soupe glauque et fade dans sa langue à lui ? Ne risque-t-il pas, par amour de la langue source qu’il connaît intimement et qui résonne en lui presque comme si elle était la sienne, de vouloir forcer sa langue maternelle à accepter des tournures à la limite du compréhensible, s’attirant ainsi les foudres des lecteurs, des universitaires, des académiciens, de ses confrères ? Ses intentions louables et son désir de partager l’œuvre avec ses compatriotes ne risquent-ils pas de le mettre au pilori ? Allons, allons, mieux vaut opter pour la chaleur douce et rassurante du radiateur… Certes, certes…
 

Négociation et témérité
 

Mais alors ? Adieu Dostoïevski, Virginia Woolf, Shakespeare, Laxness et tous les autres ? Adieu à la littérature mondiale et vive le repli sur soi ? S’il existe sur terre une grande diversité de langues et de cultures, il existe également une chose commune à tous les hommes : l’expérience humaine et la faculté de langage. C’est sur le terreau de cette universalité que peut naître la traduction qui permet de faire franchir à des textes toutes les frontières, sur le terreau de cette universalité et aussi du deuil partiel que je viens de mentionner. Le traducteur incapable de s’accommoder des pertes ne peut exercer ce métier. Il lui faut également composer avec d’autres contraintes. Sa traduction doit non seulement être la plus fidèle possible au texte source, mais il convient en outre qu’elle respecte les exigences relatives à la langue cible. Une traduction trop littérale, qui calquerait le texte original, menacerait la compréhension – la cause est largement entendue. Elle risquerait également d’être simplement affreuse dans la langue cible. Voilà pourquoi, en plus de faire le deuil de certaines choses, le traducteur doit s’efforcer de produire un texte qui réponde également aux critères esthétiques de sa langue afin que l’œuvre puisse être lue par ceux pour lesquels il la traduit.
 

Quelques exemples importés d’Islande
 

Je voudrais maintenant illustrer mon propos à l’aide d’un problème auquel j’ai été confronté assez récemment. Je devais traduire en français le livre intitulé Himnaríki og helvíti de l’Islandais Jón Kalman Stefánsson. Mot à mot, le titre se traduirait par « Le paradis et l’enfer ». Le premier problème est que le mot « helvíti » fait effectivement référence à l’enfer en islandais, mais qu’il est aussi un juron fréquemment utilisé, et qui pourrait se traduire par « merde ! », plutôt que par « Enfer ! », lequel serait ridicule pour les Français, eux qui sourient déjà au tabernacle et au Christ de leurs cousins québécois. Le mot est d’ailleurs utilisé plusieurs fois par l’un des personnages centraux en un moment crucial de l’œuvre, passage dans lequel je l’ai justement traduit par « Merde, merde, merde ! » La question du titre s’est donc posée à moi de façon aiguë. Fallait-il privilégier le juron et proposer à l’éditeur : « Le paradis et la merde » ou, mieux encore, « Le paradis et merde » !? Le problème était que ce titre ne correspondait pas, loin s’en faut, au ton du texte, lequel est une absolue merveille de finesse et de poésie : on touche donc là aux limites de la traduction. Et ce texte, que décrit-il ? La vie de marins à la toute fin du XIXe siècle, de marins coincés quelque part sur terre. Deux d’entre eux aspirent particulièrement au ciel, sont mus par une soif d’absolu, et la seule manière qu’ils ont de l’approcher consiste à lire de la poésie, encore et encore. Où sont-ils ? En Islande, ils pourraient presque être n’importe où : ils sont deux hommes, quelque part… Quelque part entre ciel et terre et cet Entre ciel et terre est devenu le titre du roman parce qu’aucune des autres solutions n’était envisageable pour des raisons précises que je ne développerai pas ici afin de ne pas être trop long, mais qui tiennent toutes aux limites que le bon sens nous impose afin de ne pas froisser l’oreille du lecteur francophone et de ne pas dénaturer complètement l’original en saccageant la langue hautement poétique de Jón Kalman dès le titre.
Le second problème auquel j’ai été confronté était le titre de la première partie, lui aussi très poétique en islandais : « Við erum nærri því myrkur ». La traduction la plus proche de cette formule lapidaire et ascensionnelle serait la suivante : « Nous ne sommes presque que ténèbres ». Le défaut de cette formule en français est qu’elle propose une répétition très malvenue de sonorités qui se rapprochent d’un bégaiement avec ce « presque que ». Ce sont les premiers mots d’un texte d’une beauté fulgurante et je dois avouer que le traducteur qui se contenterait de cette solution serait à mon avis bien mal engagé sur la voie de la poésie. Or, quel est le canon absolu de la poésie en langue française ? Le vers et, de préférence, l’alexandrin : son rythme me semble ancré au plus profond des Français qui ont tous appris à l’école primaire des poésies en vers. Lecteur et admirateur de René Char, je ne suis pas conservateur au point de refuser de faire droit à l’impair cher à Verlaine ou à la poésie en prose, mais là, si le traducteur le peut, ne devrait-il pas s’accorder les coudées franches et composer un alexandrin ? Une phrase fluide avec une belle allitération, deux hémistiches bien pesés et le tour est joué, tout cela, dans le strict respect, non de « la lettre qui tue, mais de l’esprit qui vivifie », disait Voltaire. Alors voici : « Nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres ». Peut-on considérer ici qu’on a franchi une limite, qu’on a forcé le texte à dire ce qu’il ne dit pas, qu’on l’a « surtraduit », qu’on lui a donné une qualité qu’il n’avait pas au départ ? Oui et non, mais bien plus non que oui. A cet endroit du texte islandais, la poésie ne nait pas de la forme, mais de l’idée exprimée par les mots et de la simplicité de la formule. Cela dit, la beauté est bien présente : n’importe quel Islandais qui lit ces mots ne peut que se réjouir et, comme la première traduction française avec le « presque que » écorche l’oreille, le traducteur n’a d’autre choix que d’opter pour la seconde et pour l’alexandrin. Je réfute d’avance l’argument selon lequel cette phrase serait le signe que le lecteur est en présence d’une belle infidèle : le texte islandais est beau, le texte français doit également satisfaire à cette exigence et il faut pour cela recourir à un ensemble de moyens, justifiés par la fin…

Prolixité d’une langue et pauvreté d’une autre pour décrire certains pans du réel
 

Et si maintenant nous parlions un peu de neige… C’est passionnant, la neige, c’est joli à regarder depuis sa fenêtre, les flocons, petits ou gros, les bourrasques qui forment parfois comme des rideaux et qui semblent balayer les rues ou dévaler les pentes des montagnes, les amas de neige gelée, les congères, le manteau blanc qui scintille et toutes ces jolies images. Cependant, quand on est francophone et qu’on veut vraiment la décrire avec précision : texture, grain, forme, température, état plus ou moins solide, plus ou moins liquéfié, il vaut mieux prendre quelques cours de langues nordiques. Jón Kalman Stefánsson, en bon Islandais, ne manque pas de vocabulaire pour décrire les phénomènes atmosphériques et le petit jeu littéraire auquel je viens de me livrer plus haut est un essai de traduction de mots qu’il utilise pour décrire la neige, laquelle occupe une grande place, presque deux cents pages dans le livre La tristesse des Anges, Harmur englanna, titre que j’ai cette fois-ci, traduit de manière littérale puisqu’il est aussi beau en islandais qu’en français sans transformations ni aménagements autres que celui de la traduction mot à mot. La neige ne manque pas en Islande et dans les pays nordiques et là où la langue française ne dispose que de quelques termes, l’islandais est d’une richesse qui n’a rien d’étonnant. On a ainsi : « snjór », « skafrenningur », « krapi », « slydda », « hríð », « fönn », « mjöll », « föl », « stórhríð », « neðanbylur » et « skafl ». Contentons-nous de cette petite mise en bouche et disons simplement que tous ces termes réfèrent à la neige en mettant l’accent sur la manière dont elle tombe – doucement, par à-coups, par bourrasques ? – sur sa consistance, sur une perception soit matérielle, soit poétique, etc. Cela signifie-t-il que les mots soient intraduisibles ? Certes non. Cela dit, le traducteur doit impérativement faire le deuil de la concision une bonne fois pour toutes et se résoudre à en passer par la périphrase. La question n’est pas de faire comprendre au lecteur qu’il neige, mais comment il neige et ce que cette neige implique pour tel ou tel personnage du livre. Le porte-t-elle à la rêverie ou risque-t-elle de sceller son destin de manière définitive en le collant au paysage telle une mouche prisonnière d’une vitre ?
 

Quand les châtaigniers font rêver ceux qui ne connaissent que la neige…
 

Supposons maintenant la difficulté à laquelle un traducteur islandais sera confronté s’il doit traduire une scène aussi banale qu’une promenade en forêt où l’on décrit divers arbres avant de faire une halte pour ramasser quelques châtaignes qu’on fera ensuite cuire dans de l’eau puis du lait comme le faisait ma grand-mère. Je souhaite bien du plaisir à mon confrère nordique : les mots désignant châtaigne et châtaignier existent bien en islandais, le problème est qu’ils ne renvoient pas à grand-chose de réel dans l’esprit de la majorité des Islandais pour la simple et bonne raison que leur terre est particulièrement pauvre en arbres et qu’il n’y pousse pas, que je sache, le moindre châtaignier. Est-ce à dire que cette scène est définitivement intraduisible ? Je ne le crois pas. Le traducteur misera ici sur les sensations éprouvées par les personnages, sur le goût de la soupe au lait et à la châtaigne, ainsi que sur l’exotisme. Le lecteur islandais qui n’a jamais voyagé n’a vécu dans sa chair ni l’expérience de cette promenade, ni ce repas pris avec sa grand-mère alors que le soir se pose sur la campagne et que l’air d’octobre fraîchit. Il sait toutefois le plaisir et le réconfort que procure le retour au foyer douillet après être resté longtemps dans le froid et alors, par la magie de la transposition des expériences, par la magie du langage et grâce à l’art du traducteur, il vit par procuration la scène dont nous parlons. La simple évocation d’un châtaignier le fera rêver. Et c’est en cela qu’on peut réellement dire qu’un traducteur abolit les frontières et repousse les limites du monde.
 

Eric Boury, décembre 2011.


dimanche 29 janvier 2012

Quelques actualités...

A écouter en podcast sur France Inter, les deux émissions de Zoé Varier sur la crise islandaise.


D'une crise à l'autre - 1 - Zoé Varier, Nous Autres


D'une crise à l'autre - 2 - Zoé Varier, Nous Autres

Dans le magazine Géo du mois de février, un article sur le polar islandais auquel j'ai travaillé en décembre...

Et en ce moment, traduction intensive de Deuil de Guðbergur Bergsson, livre magnifique d'un écrivain tout aussi magnifique! 

vendredi 23 décembre 2011

Les signets de la BnF

Le but initial de ce blog était de partager ma passion pour la littérature islandaise, je l'envisageais comme un outil où je pourrais parler de traduction, un peu de moi aussi, mais pas trop, mettre par-ci par-là quelques bribes, poèmes, extraits, pousser quelques coups de gueule - pour ces derniers, ce n'est pas trop le genre de la maison.

Je l'ai alimenté de manière parfois un peu chaotique, souvent en signalant des chroniques, des critiques et en l'agrémentant de quelques photos, parfois. Et voici qu'il est maintenant référencé dans les signets de la BnF à la rubrique Scandinave, avec un certain nombre d'autres sites destinés à ceux qui s'intéressent aux pays et cultures nordiques. J'en suis heureux et me sens honoré...

Signets BnF - Scandinave

jeudi 22 décembre 2011

Merci à Séverine qui m'a envoyé cet article paru dans le magazine Elle du 11.11.11  Jeanne de Ménibus y rend très bien compte du livre de Jón Kalman Stefánsson, La tristesse des anges... Cela fait plaisir!




jeudi 15 décembre 2011

Quand le temps manque...



On n'a parfois pas le temps de faire ce qu'on veut. Pris par mille et une choses, on oublie dans la bataille ce qui, peut-être, compte le plus ou qui nous tient le plus à coeur. Depuis septembre, je me répète que je devrais écrire ici tout le bien que je pense de La tristesse des anges de Jón Kalman Stefánsson, publié chez Gallimard, Du monde entier.  Et le temps m'a manqué cruellement, mais j'ai eu quelques échos, et plutôt élogieux, par des amis ou des connaissances - j'ai reçu un certain nombre de courriels qui m'ont fait plaisir de la part de lecteurs/lectrices. Le livre a même figuré dans les deux premières sélections du Prix Femina qu'il n'a finalement pas obtenu, mais le fait d'être nommé est, en soi, un honneur.

Alors que je me lance dans la traduction d'une oeuvre qui sera sans doute publiée sous le titre Deuil aux Editions Métailié, je me dis que je n'aurai peut-être pas le temps - toujours lui - d'écrire ce que je voudrais dire de ce livre sublime - sait-on jamais si, toutefois, à la faveur d'une petite pause...

Voici donc, en guise de consolation, quelques articles glanés çà et là sur Internet. Quelques uns de leurs auteurs, parfois dithyrambiques et largement séduits, omettent dans leur emportement de mentionner le nom du traducteur alors même qu'ils s'extasient sur la beauté de la langue et la fluidité du texte, qu'ils ont, je le suppose, lu en langue française. Jon Kalman est romancier, poète et également traducteur. Dans l'exemplaire qu'il m'a offert de Harmur Englanna - La tristesse des anges, il m'a écrit la chose suivante : "Sans traducteurs, il n'existe pas de littérature mondiale." Dont acte...

Quand on déguste un bon repas, il est de mise de féliciter la cuisinière pour ses talents.

Et le traducteur ne se borne pas à traduire un livre : il lit, se documente, rédige des résumés, propose des textes aux éditeurs, découvre, se bat parfois pour qu'une oeuvre soit publiée dans sa langue et surtout, il passe une grande partie de son existence à travailler devant l'écran d'un ordinateur, seul, dans l'ombre, à tenter de couler dans le moule de sa propre langue un texte qui, nécessairement, n'y entrera jamais parfaitement...

Mais ce n'est pas parce qu'il s'épanouit à la faveur d'une certaine invisibilité et d'une solitude aussi confortables que nécessaires qu'il faut aller jusqu'à gommer son existence. "C'est assez énervant", diraient les Normands, adeptes de la litote : en Normand, l'adverbe "assez", prend bien souvent le sens de "très" et je vis en Normandie...

Allons, un grand nombre de gens qui écrivent sur les livres mentionnent également le nom des traducteurs et je n'entends donner de leçons à personne, ni jouer les redresseurs de torts, mais il y a des vérités qu'il faut dire...

http://laquinzaine.wordpress.com/2011/11/17/jon-kalman-stefasson-la-tristesse-des-anges/

http://livres.fluctuat.net/jon-kalman-stefansson/livres/la-tristesse-des-anges-2/14226-chronique--Baudelaire-made-in-Islande-.html

http://www.lexpress.fr/culture/livre/jon-kalman-stefansson-et-le-feu-sous-la-glace-islandaise_1049988.html

http://tassedethe.unblog.fr/2011/11/20/la-tristesse-des-anges-de-jon-kalman-stefansson/

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/29022

jeudi 8 décembre 2011

L'Islande sur France Inter avec Zoé Varier...

La deuxième émission consacrée à l'Islande par Zoé Varier sera diffusée vendredi 9 décembre à 20H05. Elle traitera des elfes et des gens cachés.


Nous autres : Islande, 2eme partie : Le monde invisible.

samedi 26 novembre 2011

Après ce fort long silence,

je vous invite à écouter le vendredi 2 décembre à 20 heures sur France Inter : "Nous Autres" de Zoé Varier. 

Islande 1ère partie : entre terre et littérature - Rencontre avec Jon Kalman Stefansson. 

 

Zoé Varier s'entretient avec Jón Kalman, j'assure la traduction, cela se passe en Islande, véritablement Entre ciel et terre...

Islande 1ère partie : Jón Kalman Stefánsson


D'autres émissions suivront. Je les signalerai à chaque fois ici. 



 

vendredi 10 juin 2011

Une interview par Hannibal le Lecteur.

Bientôt l'été...

Il y a deux ou trois mois, j'ai répondu à quelques questions par téléphone... voici l'Interview par Hannibal le Lecteur qui a eu l'excellente idée d'agrémenter le texte de quelques photos... 

Je traduis actuellement un énorme livre de Stefán Máni (Svartur á leik) pour la Série Noire de Gallimard. Il y a un an et demi, la même Série Noire avait publié Noir Océan du même auteur, roman bien accueilli en France. Ce nouvel opus sera à découvrir en février prochain... Le style est à mille lieues de nombre des textes que j'ai pu traduire jusque là, mais c'est parfois assez jubilatoire malgré le nombre presque décourageant de pages. 550... jusque là, je ne m'étais jamais attaqué à un tel pavé! Lost in translation ? Peut-être un peu, mais il faut parfois savoir se perdre pour se trouver...

Vie monacale donc, et austère, tout l'été - à l'exception d'une parenthèse islandaise de dix jours bien méritée. Ensuite, ce sera le tour du prochain Arnaldur Indridason, à paraître lui aussi en février, aux Editions Métailié, comme chaque année depuis sept ans bientôt. Il y a dans les histoires qui durent bien des choses qui rendent heureux...

mercredi 18 mai 2011

Sjón à la Villa Gillet de Lyon



Pour la deuxième fois, Sjon est invité par la Villa Gillet, à Lyon, à l'occasion des Assises du roman. A cette occasion, on m'a demandé de répondre à une interview que vous trouverez ici, et qui s'intitule :  Sjon par son traducteur. Il sera également présent à Saint-Malo pour le festival Etonnants voyageurs.

jeudi 7 avril 2011

Jón Kalman Stefánsson, le poète qui écrivait des romans : entretien avec Mikaël Demets






A l'occasion du Salon du livre consacré aux littératures des pays nordiques, Jón Kalman Stefánsson a accordé un entretien à Mikaël DEMETS. Il y est question d'écriture, de poésie, de traduction, de frontières poreuses entre les catégories, d'océan et d'amour de l'humanité. 

C'est à lire ici :  Rencontre avec Jón Kalman Stefánsson : Le poète qui écrivait des romans.


Le prochain livre de Jón Kalman, la suite d'Entre ciel et terre, paraîtra en septembre chez Gallimard, Du monde entier.

mardi 22 mars 2011

Article de Sjón dans Le monde des Livres

A l'occasion du Salon du Livre consacré aux littératures nordiques, Le Monde a consacré son cahier littéraire du jeudi 17 mars à ce thème. Un peu de lecture...

SALON DU LIVRE DE PARIS 2011 - LITTÉRATURES NORDIQUES

Je m'écris cette lettre...

LE MONDE DES LIVRES | 17.03.11

On dit des habitants des pays nordiques, des Islandais surtout, qu'ils sont incapables de répondre à une question sans raconter une histoire. La mise en mots d'une réflexion philosophique leur étant étrangère, ils pensent qu'un récit de bonne facture et bien dit recèle tout à la fois l'idée, la critique et la conclusion. Mais pourquoi ne pas s'amuser en confiant tout cela à une histoire où l'amour de l'humanité se mêle à un humour un peu sec et à la dépression hivernale, fondateurs de ces sociétés ?

*

J'étais récemment au Danemark, à Rungstedlund, où l'écrivaine Karen Blixen habita après son retour d'Afrique et jusqu'à sa mort. J'étais là pour me faire photographier avec un objet lui ayant appartenu, et que j'avais vu un an plus tôt, alors que j'étais invité avec d'autres auteurs par l'académie danoise. Ce jour-là, on nous avait fait visiter la maison et, comme elle était fermée au public, nous pouvions accéder aux pièces d'ordinaire interdites aux touristes : la chambre à coucher incroyablement spartiate aux murs entièrement lambrissés qu'occupait la baronne, ainsi que son bureau empli de lumière, orné de fleurs cueillies dans le parc et de sagaies rapportées d'Afrique. Dans ce bureau, j'ai noté, entre autres choses, que se trouvaient mis à l'honneur, sur les bibliothèques, les principaux romans du Prix Nobel de littérature islandais, Halldór Laxness, ainsi qu'un choix de sagas islandaises ; cela soulignait l'admiration déclarée de Karen pour ces oeuvres.
Alors que je franchissais le seuil, je remarquai un objet qui me sembla à première vue être un grand javelot blanc, dans le coin derrière le poêle noir qui avait réchauffé la conteuse de génie quand elle écrivait, dans les hivers glacés du détroit de l'Øresund, comme une magicienne occupée à façonner ses anecdotes du destin - tel le sublime Festin de Babette. Toutefois, l'objet posé contre le mur blanc n'était pas un javelot arrivé là, depuis le sud du monde, au terme d'un long périple, mais une gigantesque corne de narval. Le hasard avait voulu que, plus tôt ce jour-là, dans le salon de la baronne de Blixen, j'avais lu à voix haute le chapitre d'un roman décrivant la découverte d'une défense de narval, quatre cents ans plus tôt, par un poète islandais autodidacte et un recteur d'université danois.
Quelques mois plus tard, je revins donc à Rungstedlund afin d'y être photographié avec cette pièce de collection autrefois convoitée par les rois et les papes, et qui, moulue et mélangée à de l'esprit de vin, était considérée comme détenant un pouvoir de guérison supérieur à celui de tous les élixirs du monde ; du reste, les gens croyaient que cette corne appartenait à l'animal mythique capable de faire trembler la terre, et que seules les vierges les plus pures pouvaient amadouer ; en résumé, elle provenait du front d'une licorne.
On considère comme établi que ceux qui vendaient ces cornes aux cours royales et aux cathédrales d'Europe étaient des Islandais demeurant en Islande ou au Groenland - avec le profit tiré de l'illusion qu'ils entretenaient, ils auraient financé l'écriture et la facture des sagas islandaises. Dans le bureau de Karen Blixen, je sentais sur ma paume le contact de cet objet qu'elle avait possédé, et il me semblait caresser l'essence du lien entre les littératures nordiques.
*

Petit, j'écrivais parfois des lettres dont j'étais le destinataire. Lors de mon déménagement, l'été dernier, j'en ai retrouvé une, écrite alors que je devais avoir 8 ou 9 ans, au fond d'une boîte abritant divers objets de mon enfance. Sur une enveloppe faite maison est tracé un timbre avec le dessin d'une sterne arctique, mon oiseau préféré, un drapeau islandais sur un mât et les mots "par avion", que je ne comprenais évidemment pas, mais que j'avais vus sur toutes les lettres intéressantes qui arrivaient à notre domicile. L'adresse inscrite témoigne de l'état de ma connaissance du monde à l'époque :

Sigurjón B. Sigurðsson
Kleppsvegur 120
Reykjavík
Islande
Pays nordiques
Europe
Terre
Système solaire
Voie lactée
Univers

Et, bien que l'écriture enfantine montre clairement qu'il n'y avait pas derrière ce certificat d'autre autorité que celle de votre serviteur, ce document confirme que je percevais comme un privilège le fait de voir écrit noir sur blanc que je n'étais pas seulement un habitant de l'île d'Islande, mais également de cette autre île qu'on nomme Terre. C'était une étape importante que de me percevoir en tant que partie d'un tout plus vaste que cette île boréale - laquelle me plaisait bien, même si j'avais conscience qu'elle n'était pas immense - et c'était là une tentative pour me définir en tant que participant dans la machinerie du monde.

A l'époque où cette lettre avait été "envoyée", j'ai découvert une chose qui, plus tard, m'influencerait beaucoup en tant qu'écrivain : un recueil de contes populaires islandais, trouvé dans la bibliothèque de ma grand-mère. S'est alors ouvert à moi un monde qui ne tendait pas vers l'extérieur, mais vers l'intérieur. L'intérieur d'une expérience particulière vécue par ceux qui habitaient mon pays longtemps avant moi, un univers mental façonné par leur expérience, et qui engendrait des histoires d'elfes et de monstres aquatiques, de pierres magiques et d'herbes médicinales, de pasteurs stupides et de fantômes prompts à la répartie. A cette lecture, je me reconnaissais sincèrement comme un descendant de ceux qui vivaient dans ces contes et me disais que mon adresse s'arrêtait au mot : "Islande".

Puis, à l'adolescence, j'ai découvert l'avant-garde européenne et, pendant de longues années, les idées des surréalistes m'ont beaucoup séduit. A cette époque, je me disais que mon adresse allait décidément jusqu'au mot "Europe", reconnaissons que je n'accordais guère de place à la littérature populaire de mon pays. Ce que je ne soupçonnais toutefois pas, dans l'ivresse de ma révolte, c'est qu'en réalité on m'avait envoyé parcourir le monde - comme n'importe quel nigaud de conte de fées - pour que je puisse m'y forger de nouveaux outils d'écriture et mieux travailler avec le seul matériau qui s'offre à un écrivain né dans une petite société : les histoires des siens.

Mais afin de pouvoir conter ces histoires pour qu'elles sonnent comme neuves et vraies aux oreilles de ceux qui les lisent et les écoutent, où qu'ils soient dans le monde, je dois recourir aux outils rapportés de mon expédition à mon retour en Islande, peu importe que ces artifices littéraires puissent paraître inattendus, rétifs, voire inappropriés.

M'efforçant ainsi de permettre la rencontre de traditions nationales et de nouveautés étrangères, j'espère pouvoir enfin gagner le droit de voir mes livres, ces missives que je continue de m'écrire à moi-même, s'arrêter à l'adresse qui est notre destination finale à tous : "Terre", l'île dans l'océan de l'Univers.


(Traduit de l'islandais par Eric Boury.)


Dernier ouvrage paru : "De tes yeux, tu me vis" (Rivages).

mercredi 16 mars 2011

Avant le Salon du livre.

Je passerai la fin de semaine au Salon du livre de Paris, consacré aux littératures nordiques. Quarante auteurs, venus des cinq pays nordiques sont invités et d'autres seront présents, avec leurs éditeurs français, en marge du Salon.

Quatre écrivains islandais sont à l'honneur : Auður Ava Jónsdóttir, Jón Kalman Stefánsson. Steinunn Sigurðardóttir et Árni Þórarinsson. Découvrez ici L'ensemble des auteurs nordiques du salon. Un autre Islandais, Steinar Bragi, sera également présent, à l'occasion de la publication de son premier roman, aux Editions Métailié, dans la traduction de Henrý Kiljan Albansson. Ici, une présentation de l'oeuvre: Installation de Steinar Bragi et là, un article paru sur le site de la revue des ressources :  L'Islande déshumanisée de Steinar Bragi

De mon côté, je dois signaler la parution (avec la même couverture que la version brochée) en format poche chez Rivages de Sur la paupière de mon père de Sjón, dont un article traduit par mes soins paraîtra demain dans le Monde des livres. Sur la paupière de mon père a eu un petit article dans le Télérama de cette semaine.  Je le mettrai ici plus tard.

Quant à Jón Kalman Stefánsson, son "Entre ciel et terre" est paru en collection Folio ce mois-ci et je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir la couverture, belle et évocatrice.  :


Et Arnaldur Indriðason alors? Eh bien, son dernier livre, La rivière noire, paru en février aux Editions Métailié a bénéficié d'un certain nombre d'échos élogieux dans la presse dont un article de Martine Laval et quatre étoiles dans le Télérama de cette semaine. C'est ici : La rivière noire d'Arnaldur Indriðason, critique par Martine Laval.

A lire également, à propos du Cent portes battantes aux quatre vents de Steinunn Sigurðardóttir, traduit chez Heloïse d'Ormesson par Catherine Eyjólfsson : La critique de Christine Ferniot, de Télérama et un article de Steinunn elle-même, traduit également par Catherine, dans Le Magazine Littéraire

J'en oublie, c'est sûr...

vendredi 11 mars 2011

De tes yeux, tu me vis, critique du livre de Sjón dans Libération par Eric Loret :


ARTICLE PARU DANS LIBERATION LE 10 FEVRIER 2010.

Boue, y es-tu ?

Critique

Un déporté juif évadé et un petit garçon d’argile... La création du Golem revisitée par un ancien guitariste de Björk       Par ERIC LORET

Certains quadragénaires connaissent déjà Sjón ailleurs que dans un livre. On l’a vu sur scène vers la fin des années 80, aux côtés de Björk, quand elle n’était qu’un morceau de sucre. Sigurjón B. Sigurðsson (de son nom complet) jouait à l’époque de la guitare invisible, et il écrivait déjà les textes de certaines de ses chansons. De tes yeux, tu me vis a été publié en 1994, ce qui le place, dans la chrononologie de l’univers sjónien, avant la Paupière de mon père (réédité en Rivages poche). Certains connaissent déjà Léo Löwe, le héros de ces deux romans, puisque c’est le nom du rabbin qui, selon le mythe, fabriqua le Golem. Löwe est ici un Juif allemand échappé du camp de Theresienstadt et transportant avec lui un petit garçon d’argile à qui il tente d’insuffler la vie. Si la Paupière… racontait ses tribulations d’exilé en Islande, De tes yeux, tu me vis se réfère au psaume 139 («De tes yeux, tu me vis, alors que je n’étais qu’une ébauche informe») et expose la création du Golem, lequel devient pour l’occasion le narrateur du livre.
Lutins. Le point de vue d’un tas de boue, c’est pas mal. Aussi confus qu’onctueux : «Et quand il ne leur resta plus qu’à border la jeune fille dans le livre, à la napper de lait et de pain, à poser le matelas sur le secrétaire afin qu’elle puisse lire tandis qu’elle mangerait quelques allumettes et qu’elle se désaltérerait avec un peu de cire chaude, ils avaient eu tout le loisir d’examiner le malheureux qui dormait comme un ange malgré tout ce vacarme.» Sjón ne s’amuse pas systématiquement à tout caramboler, mais il joue beaucoup de ce stade oral propre au conte, où toute chose et tout mot sont bons à manger. Son récit se déroule dans une cache, une chambre mystérieuse dérobée entre deux cloisons aveugles au sommet d’une auberge de Basse-Saxe, la pension Vrieslander. Là, deux hommes ont confié à Marie-Sophie la garde d’un jeune homme traumatisé. Elle tente de le nourrir, de lui parler, mais il reste plus ou moins inerte sous ses couvertures jusqu’à la toute fin du livre. Sjón développe leur histoire d’amour dans une sorte de naturalisme apprivoisé, où les gargouillis des corps blessés, la scatologie transforment la chambre en étable à lutins, du moins dans l’imagination de la jeune fille.
Le conte, c’est aussi la longue focale. Ce qui s’y passe est à distance, en modèle réduit, dans un décor qui nécessite une vraie-fausse façon de faire vivre lieux et personnages. Dès le début, plusieurs univers déploient leurs espaces-temps sur des plans différents, de la même façon que l’histoire de Marie-Sophie et Léo est imperméable à ce qui se passe dans le reste de l’auberge et de la ville - même si les disputes entre Marie-Sophie et son petit ami Karl, ses discussions avec sa patronne folle ou ses hallucinations en constituent justement le double-fond. Le narrateur, devenu géant et atemporel, explore comme un Gulliver les amours de ses parents, en commençant par soulever le toit de l’hôtel sans que cela en gêne les pensionnaires. Il est accompagné d’un interlocuteur ayant tout l’air d’un ange gardien, mais traité sauce bourgeoise, plus inquiet de l’heure du dîner que de questions divines.
«M. le maudit». Le geste gigogne qui modèle De tes yeux, tu me vis inclut encore des récits de rêves, des relectures (où l’on reconnaît aussi bien M. le maudit de Lang que des flashes d’heroic fantasy) et Sjón adore en outre sauter du récit au théâtre entre deux séquences : «La lecture est un peu comme un rêve», conclut son innocente héroïne.
Il faut toute cette bonne humeur pour faire passer un sujet finalement pas tellement jouasse. Car dans cette fantaisie, les relations ne se passent jamais et des fantômes d’hommes composés «des organes et des membres, détachés des cadavres en putréfaction sur les champs de bataille» ne cessent d’errer, engendrés «par l’insatisfaction des femmes à partir des restes des hommes qu’elles avaient aimés, et perdus».

dimanche 30 janvier 2011

La rivière noire, Arnaldur Indriðason et autres informations...


Le prochain livre d´Arnaldur Indriðason, La rivière noire, (Myrká) paraît aux Editions Métailié le 2 février... C'est Elinborg qui mène l'enquête, je n'en dirai pas plus ici, pour l'instant. Pour ceux qui n'ont pas vu l'article paru dans Libération cet été sous la plume de Sabrina Champenois, voici ce texte : Reykjavík, Plus au Nord, tu meurs, par Sabrina Champenois


Le même jour, 2 février, paraît chez Rivages un troisième livre de Sjón, De tes yeux, tu me vis (Augu þín sáu mig) est une merveille de poésie de d'inventivité narrative. Pour ceux qui aiment les jeux de cache-cache avec le lecteur, les digressions permanentes qui mènent à un but précis et autres joyeuses loufoqueries. Je me suis régalé à le traduire au début de l'été dernier, j'espère que quelques lecteurs se régaleront à le lire. C'est un livre à la fois drôle et grave.

Ici, la présentation de l'éditeur :
De tes yeux, tu me vis, Sjón, Payot & Rivages 


Et pour l'heure... Depuis le 21 décembre, le traducteur traduit, traduit, traduit Jón Kalman Stefánsson. C'est la suite d'Entre ciel et terre, il y neige beaucoup, le vent souffle, le froid pique et c'est un régal! Le style de ce second volet est à la hauteur du premier... Le livre paraîtra chez Gallimard en septembre. 

LE SALON DU LIVRE 2011

Jón Kalman Stefánsson est invité au Salon du Livre, de même qu'Árni Þórarinsson (Le temps de la sorcière, Le dresseur d'insectes et Le septième fils, Métailié) et deux autres auteures islandaises : Auður Ava Ólafsdóttir (Rosa Candida, chez Zulma, traduit par Catherine Eyjólfsson) et Steinunn Sigurðardóttir (Le Cheval soleil et Cent portes battantes aux quatre vents, Editions Héloïse d’Ormesson, tous deux traduits par Catherine Eyjólfsson ). Voilà pour les Islandais, mais seront en tout présents 40 auteurs nordiques.  

Salon du Livre de Paris, Edition 2011.

Et maintenant, il est temps pour moi de retourner à ma tempête de neige et à la beauté du texte de Jón Kalman.  

samedi 25 décembre 2010

Noël

Depuis quelques jours, je travaille sur la traduction  de Harmur englanna de Jón Kalman Stefánsson. C'est la suite d'Entre ciel et terre, et c'est aussi beau.  

 Parfois, la littérature contamine le réel, voilà qui plairait à plus d'un Islandais de ma connaissance. Quelque part, un homme écrit un livre envahi par la neige, un autre homme le traduit dans un autre pays et subitement, il se met à neiger là où, habituellement, il ne neige pas.