samedi 31 janvier 2009



Au détour des pages de l'Internet, on trouve bien des choses, plus ou moins réjouissantes. Voici un article dont la lecture m'a particulièrement réjoui sous la plume de Thierry de Fages. L'article est élogieux et l'homme qui l'a écrit a saisi toutes les finesses d'une oeuvre que j'aime au plus haut point, l'un de mes romans préférés. Un immense merci à ce monsieur pour son bel article.

Je précise que trois romans d'Einar Mar Gudmundsson sont disponibles en traduction française. Le premier, Les anges de l'univers a reçu le Prix littéraire du Conseil Nordique en 1995. C'est un livre sublime, qui a été traduit, magnifiquement, par Catherine Eyjólfsson (je m'estime bien placé pour dire qu'elle a fait merveille car je sais à quel point cet auteur est difficile à rendre en français). Pour le second, Les chevaliers de l'escalier rond, il est paru chez Gaïa l'an dernier dans ma traduction et le troisième est Le Testament, thème de l'article ci-dessous. Avec les Editions Gaïa, nous envisageons de publier d'autres romans d'Einar Mar Gudmundsson (une trilogie), mais nous devrons attendre au moins un an à cause de mon programme surchargé...

LIEN vers LEMAGUE.NET : http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article5578

LE TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE…

Ecrivain islandais, né à Reykjavik en 1954, Einar Mar Gudmundsson est connu pour sa dizaine de romans et ses sept recueils de poèmes. Après « Les Chevaliers de l’escalier rond » (1985), son premier roman, paru chez Gaïa en 2007, la maison d’édition spécialisée dans les littératures nordiques vient de publier l’excellent Testament des gouttes de pluie…

L’étrange histoire du roman LE TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE se déroule dans la banlieue de Reykjavik. Ombres passagères, jouets des caprices de la Nature, les personnages insignifiants (?) de cette fresque au parfum de fjords et de flatkökur (1) évoluent dans un théâtre de la quotidienneté au décor plutôt pluvieux. Il y a là un coiffeur casanier, un gardien du Jardin des plantes tournant en rond, un sellier sans âge, captivant par ses contes les pêcheurs du coin lors de banquets arrosés, un pasteur tourmenté, possédé par sa mission éducative. Il y a aussi des écoliers, des oiseaux géants, des sirènes, des bateaux-fantômes…

Gudmundsson a une jolie formule pour exprimer son tempérament littéraire. Il tente d’examiner ce que « la réalité recèle de magique en même temps que la part de la réalité que la magie recèle ». Parfois, l’on songe à la lecture du TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE au réalisme magique de certains auteurs d’Amérique latine. Mine de rien, l’auteur nous bluffe par une méticuleuse description d’une petite ville islandaise avec son école, son église, son salon de coiffure, son asile psychiatrique, ses pêcheurs et ses notables. L’auteur semble gentiment se moquer de tout ce beau monde en lui prêtant certains traits islandais.

Le style évocateur de Gudmundsson, par sa verve gargantuesque, nous plonge dans un climat à la fois naïf, comique et magique, lorgnant vers les rivages - en apparence paisibles - de la fable et du conte. Parfois une touche « enfantine » et une tonalité anarchiste à la Roald Dahl viennent colorer ce curieux TESTAMENT. D’autres fois, c’est un univers fantastique, jubilatoire et inquiétant qui surgit comme ici : […] « Quelqu’un voit des anges planer sur leurs ailes noir corbeau et d’immémoriaux oiseaux de mauvais augure avec des têtes de trolls viennent visiter les rêves des enfants qui sommeillent, blottis dans leurs lits et innocents dans les grands immeubles […]

La première phrase du TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE crépite ainsi : « Au moment où le tonnerre et les éclairs explosent au-dessus de la ville obscure blottie dans le soir, on dirait que dans les airs retentit un concert d’innombrables instruments électriques. » Le panthéisme aux relents sensuels et mystiques de Gudmundsson se fond dans la symbolique de l’eau. Et l’on songe à « La Cloche d’Islande » (1943), célèbre roman de l’Islandais Halldor Laxness : « Il ne faut qu’à peine 10 minutes – à travers la lande qui embaume le thym sauvage et les bourgeons des bouleaux arctiques – pour arriver au sommet de la colline où on entend déjà le sourd martèlement de l’eau sur les colonnes de basalte noir. La cascade, d’une beauté incroyable, se jette avec grâce du haut d’une falaise noire […]

Dans son pénétrant roman, Gudmundsson nous suggère l’éternelle - et improbable - combinaison de l’immobilité, celle d’une petite ville pétrifiée par la routine et peuplée d’habitants solitaires et du mouvement, celui d’une nature indomptable. Mer, nuages, pluie, éclairs, tempête…Triomphe de la Nature, emportant tout. « Ils errent entre les maisons autour de la nuit ; autour de la mort, des gouttes de la pluie et de la nuit. », écrit Gudmundsson évoquant les marins.

« Au-dessus de la ville obscure et blottie dans le soir, on n’entend plus rien dans l’air, plus rien que le flic-flac des gouttes de pluie cristallines. », nous chuchote à l’oreille le romancier, fin observateur du pays des terres glacées et volcaniques. THIERRY DE FAGES

(1) épaisses galettes de farine sans levure cuites à même la plaque, on les consomme souvent avec les plats typiquement islandais comme le hangikjot, mouton fumé [note du traducteur]

LE TESTAMENT DES GOUTTES DE PLUIE
Roman d’Einar Mar Gudmundsson, traduit de l’islandais par Eric Boury, éditions Gaïa, collection « Catalogue général », 249 pages, 2008. Prix : 21 euros

samedi 24 janvier 2009

Hiver Arctique

MORCEAU CHOISI :
"Quand Erlendur rentra enfin chez lui, il n’alluma pas la lumière et alla directement s’asseoir dans son fauteuil, heureux de pouvoir enfin se détendre. Il regarda par la fenêtre en réfléchissant à Eva Lind et à ce rêve qu’elle voulait lui raconter.
Il vit un cheval qui se débattait dans les sables mouvants, les yeux exorbités et les naseaux dilatés à l’extrême. Il entendit le bruit de l’aspiration au moment où l’animal parvint à libérer l’une de ses pattes, avant de s’enfoncer plus profondément dans le piège qui se refermait sur lui.
Il désirait avoir l’âme en paix. Il désirait voir les étoiles cachées par les nuages afin d’y trouver la tranquillité, l’assurance qu’il existait quelque chose de plus vaste et de plus important que sa propre conscience, l’assurance de pouvoir se perdre, ne serait-ce qu’un instant, dans les immensités de l’espace et du temps.

La famille était légèrement à l’étroit dans la petite maison aujourd’hui abandonnée. Les deux frères devaient partager la même chambre. Leurs parents occupaient la seconde. Il y avait aussi une grande cuisine prolongée par une remise ainsi qu’une petite salle à manger avec de vieux meubles et des photos de famille dont certaines se trouvaient aujourd’hui accrochées aux murs de l’appartement d’Erlendur. Il se rendait toujours dans les Fjords de l’Est à quelques années d’intervalle et passait la nuit dans les ruines de ce qui avait autrefois été sa maison. De là, il montait à pied ou à cheval sur la lande où il dormait à la belle étoile. Il appréciait de voyager seul et aimait sentir peu à peu la profonde solitude l’envahir sur les lieux de son enfance, peuplés de moments enfouis dans ce passé encore si fortement imprimé en lui, des moments dont il avait, encore aujourd'hui, la nostalgie. Il savait que ce passé ne survivait qu’à travers lui. Que lorsqu’il quitterait ce monde, ce serait comme si rien de tout cela n’avait jamais existé."
Arnaldur Indridason, Hiver Arctique, à paraître le 5 février aux Editions Métailié.

mercredi 12 novembre 2008

Aujourd'hui Le testament des gouttes de pluie d'Einar Már Guðmundsson sort aux Editions Gaïa... Un livre magnifique qui nous parle de tempêtes, de naufrages, de fantômes, de marins, de boisson, de récits, de pasteurs, de coiffeurs, d'elfes et de temps qui passe ou qui ne passe pas, se distend, se contracte, se retourne à chaque page : une méditation sur le temps sous une forme poétique et loufoque. Merci à Gaïa, à Susanne et à Evelyne d'avoir pris le risque de publier ce livre et merci à Einar Mar de l'avoir écrit.

Vous trouverez la présentation de l'éditeur ici : http://www.gaia-editions.com/index.php?option=com_content&view=article&id=325:testament-des-gouttes-de-pluie-le&catid=12:catalogue-general&Itemid=6


Voici aussi ce qu'en dit le critique littéraire et traducteur Philippe Bouquet qui a beaucoup aimé le livre. MERCI à lui pour ce texte :

Einar Már Guðmundsson : Le Testament des gouttes de pluie, Gaïa, 2008, traduit de l’Islandais par Eric Boury.
"On croyait que le « réalisme magique » était la spécialité des latino-américains, mais quand un Islandais s’y met ce n’est pas mal non plus et il nous donne un livre aussi beau que son titre (et que sa couverture !). Il convient cependant de mettre en garde ceux qui n’admettent pas qu’on raconte une histoire en « remontant la pente » au lieu de la descendre (au point qu’on se croit parfois dans Tristram Shandy tant on remonte à Hérode à propos du moindre événement) et qu’elle n’ait pas de fin, que la pluie tombe horizontalement (parfois rouge sang, si elle ne s’envole pas, et en telle quantité qu’elle finit par créer un véritable déluge) et qu’une tempête s’apaise en un instant comme elle s’est levée. Ce livre n’est pas pour eux. Pour les autres, en voici la recette (partielle) : un sellier qui picole en compagnie de quelques « petits » pêcheurs ; un pasteur qui a du mal à écouter sa femme qui veut lui raconter son rêve ; un gardien de jardin des plantes qui s’aventure au-delà du carré des simples ; un coiffeur qui fait le ménage en grand dans sa boutique ; un chauffeur qui a perdu un orteil (lequel a été avalé par une pierre) ; un contremaître privé de son pantalon et de son slip par enchantement ; des gens qui habitent des pierres… Ajouter quelques ratons laveurs, cuire à feu doux dans un moule informe mais bien structuré, et servir chaud. Ne pas oublier la sauce : une langue magnifique qui alterne phrases courtes (parfois deux ou trois mots) et longues périodes de dix voire quinze lignes dans lesquelles le lecteur est ballotté comme au cours d’une partie de rafting sur un torrent alpestre et dont il sort ébloui et étourdi. Un humour cocasse traverse le livre de bout en bout et lui donne une saveur tout à fait particulière. N’oublions pas non plus le travail du traducteur, sans lequel ce livre ne serait pas un tel enchantement de lecture, il est à la hauteur du reste. Avis aux amateurs."
Philippe Bouquet

samedi 8 novembre 2008

Boréales : Invité d'honneur, l'Islande


Les Boréales approchent à grands pas, elles sont cette année consacrées en priorité à l'Islande. Beaucoup d'auteurs sont invités, dont Kristin Maria Baldursdottir, Arnaldur Indridason, Arni Thorarinsson, Einar Mar Gudmundsson, Steinunn Sigurdardottir, Sjon, Gudrun Eva Minvervudottir. L'ancienne présidente de la République d'Islande participera au premier débat intitulé Modernité Islandaise à 14H. A 16H, Arnaldur Indridason sera interviewé par Martine Laval, journaliste à Télérama. Notons également la présence de Régis Boyer qui participera à un débat sur le Réalisme Magique dans la littérature islandaise contemporaine à 17H30. Tout cela aura lieu le samedi 22 novembre à l'auditorium du Musée des Beaux-Arts, au château de Caen.
On remet le couvert le dimanche!
Il y a aussi des expositions, des films, des concerts, de la danse : bref, un véritable festival ! Caen et la Normandie seront pendant deux semaines à l'heure islandaise...

http://www.crl.basse-normandie.com/0-actu/boreales-2008/009.html

Juste avant ce grand week-end littéraire, je signale le colloque : "L'Islande dans l'imaginaire" organisé par Hanna Steinunn Thorleifsdottir et François Emion à l'Université de Caen. Il se tiendra à l'Amphi Bouard, Bâtiment des Lettres, à gauche du Phénix, le vendredi 21 à partir de 9 H et le samedi 22 (matin) également à partir de 9 H. Entrée libre.

http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/erlis/manifestations/807

mercredi 15 octobre 2008

SJÓN, Sur la paupière de mon père / Með titrandi tár

Aujourd'hui est paru Sur la paupière de mon père de Sjón. C'est une oeuvre poétique et surprenante, où l'imaginaire règne en maître, se mêlant de façon grandiose à une réalité parfois tout aussi "loufoque" que l'imagination elle-même. Sjón convie son lecteur à un grand banquet de mots, il lui offre un symphonie de clins d'oeil avec un plaisir de raconter qui jamais ne s'essouffle. Il reprend les mythes islandais ou mondiaux, mélangeant joyeusement Bible et mythologie nordique, sources grecques, sagas islandaises, contes populaires, Histoire récente et ancienne, Guerre froide et Seconde guerre mondiale. Sjón jongle avec une légèreté sans pareille. Il semble s'amuser à nous perdre avant de nous surprendre en nous prouvant que, s'il nous a perdus, ce n'est que pour mieux nous amener à nous retrouver puisque, dans cette oeuvre, chaque mot compte et chaque chose, même apparamment déplacée, est parfaitement à sa place. Un livre jubilatoire qui mérite d'être découvert par les amoureux de la littérature et de la poésie, par les amoureux de la vie.



samedi 4 octobre 2008


La suite du Temps de la Sorcière d'Arni Thorarinsson est parue aux Editions Métailié il y a deux jours. Ce nouvel opus des aventures d'Einar s'intitule Le Dresseur d'insectes. Arni Thorarinsson continue d'y explorer la culture et la société de son pays natal avec lequel il n'est pas tendre. Chaque famille a ses cadavres dans le placard et la société islandaise est une grande famille. Le dresseur d'insectes est un livre humain, on y apprend beaucoup de choses sur l'Islande et le mythe de la nation presque parfaite prend encore une fois du plomb dans l'aile. Les personnages sont bien construits et d'une grande justesse psychologique : celui de Victoria, très touchant, est une merveille. Quant à Einar, il est très en forme.

Voici ce qu'en dit Bernard Strainchamps : "Certes, l’Islande en hiver ressemble à la fin du monde : un désert noir et blanc de lave et de glace. Sans doute la raison pour laquelle l’Islande détient le record des pays où on lit le plus au monde. Mais l’Islande n’avait pas de tradition d’écriture de roman policier. Or dans ce pays où la population est équivalente à celle de Nantes, il y a aujourd’hui 10 auteurs de roman policier dont trois traduits en France.
Même si il y a une vraie vague du polar nordique en France, que le lecteur est donc cuit pour lire n’importe quoi, c’est assez fou. L’Islande n’a eu qu’une médaille d’argent aux derniers JO. Mais elle cartonne en Cinéma, en musique, et maintenant en polar !
Les lecteurs français ont plébiscité Erlendur, l’anagramme à une lettre près de Arnaldur. Mais si ! vous connaissez ce commissaire de la police criminelle à Reykjavik, personnage inventé par Arnaldur Indridason. Divorcé, souvent déprimé, il ne mange que des plats réchauffés au micro-ondes. Et comme Wallander, il a des relations très difficiles et conflictuelles avec sa fille. Et pour notre plus grand bonheur des lecteurs, il est étranger - Erlendur veut dire étranger en Islandais- à « une société trop exemplaire, trop hypocrite qui pèse comme une chape de plomb sur ses habitants ». Car rendez-vous compte : les Islandais ont la « nostalgie d’un eden, la douleur d’avoir à renoncer à cette idée que l’Islande, ce territoire de 103 00 Km² (1/5e de la France) peuplé de 288 000 habitants, où le taux de chômage atteint à peine 3%, n’est pas un cocon de solidarité, une contrée magique à l’abri du crime et de la bassesse, mais une société gangrenée par la violence, qui plus est dans le secret. »
Depuis un an, Erlendur a un petit frère : Einar. C’est un nom assez commun en Islande, proche du mot « einn » qui veut dire seul ou solitaire. Einar est journaliste, personnage récurant inventé par Arni Thorarinsson, publié en France, toujours par les mêmes éditions Métailié. Le temps de la sorcière, son premier roman traduit, a été vendu il y a un an comme le nouveau Millénium. Cette comparaison m’avait alors laissé sceptique. Einar est moins borderline que Lisbeth et Mikael Blomkvist. Même si les sujets abordés et la manière de les mettre en scène se ressemblent. Du Simenon à l’aquavit ! A la lecture de son deuxième roman à paraitre en octobre et intitulé Le dresseur d’insectes, j’ai changé d’avis. Et j’espère que vous allez plébisciter cet auteur. Thorarinson déclare dans une interview publiée sur Bibliosurf, « Einar est conduit par son sens de la justice, sa curiosité, mais il n’est pas politiquement correct. Il n’arrive pas à trouver un équilibre psychologique, mais il ne cesse d’essayer. Il est conscient de ses propres préjugés. Il se moque de lui-même. Dans un certain sens, il est sa propre parodie, et il le sait. » Dans cette dernière enquête, il va jusqu’à se faire interner dans un centre de désintoxication par ce qu’il a appris que son informatrice y a été assassinée. Alcoolique en rémission, il est toujours prêt à nous surprendre.
Arni Thorarinsson n’écrit pas des romans à la Crumley ou Pete Dexter. Mais il ne faut pas bouder son plaisir. C’est un roman noir plein d’humour, de vivacité et de suspense. Un bon remède à la morosité ambiante."

NB : Il y a une petite erreur sur les chiffres mentionnés par Bernard : la population islandaise a dépassé les 300.000 individus, mais bon, c'est un point de détail. J'ajoute qu'étant donné la conjoncture économique actuelle et le marasme monétaire (la couronne islandaise à perdu la moitié de sa valeur en quelques mois!) que le pays connaît depuis quelques mois, il y a fort à parier que le chômage, dont le taux a toujours été très bas en Islande, franchisse allègrement la barre des 3%.








Le temps de la sorcière est paru en poche chez Points Seuil en même temps que le second opus des aventures d'Einar chez Anne-Marie Métailié. C'est un très bon roman que j'ai eu grand plaisir à lire avant de le traduire.

Le texte qui suit a été écrit par Philippe Bouquet, traducteur et critique littéraire, dans le Bulletin Critique du Livre Français :

"Voici encore un « polar venu du froid ». La série commence à être longue (et inégale), mais celui-ci réjouira les lecteurs un peu exigeants. Il se caractérise par un ton absolument délicieux à base d’humour et d’ironie (et toutes les variétés intermédiaires, à commencer par l’auto-ironie). C’est l’histoire d’un journaliste dans la quarantaine, Einar, envoyé en « exil » dans le nord du pays, à Akureyri (une bonne carte d’état-major est recommandée pour situer la plupart des lieux) afin d’y chroniquer la « criminalité à petite échelle » du secteur : menu trafic de drogue, bagarres d’ivrognes et rixes entre indigènes et immigrés (dans ce pays où chacun, à l’origine, était un immigré !) Sans compter la disparition du chien d’Asbjörn Grimson et de Karolina ou le décès d’Asdis Björk au cours d’une partie de rafting organisée par son entreprise pour motiver son personnel et qui tourne mal. Les choses se corsent avec la découverte, sur une décharge, du cadavre carbonisé d’un lycéen qui devait tenir le rôle principal d’une pièce de théâtre. Pour avoir voulu se mêler de l’enquête, Einar est l’objet d’une tentative de meurtre sur la personne de… sa perruche (sauvée par l’intervention d’une karateka femelle). Et il voit Joa, sa photographe, pour qui il en pince un peu, entamer une relation lesbienne. Heureusement, il lui reste sa perruche. Pas drôle, donc, la vie dans ces contrées boréales – mais le lecteur, lui, ne s’embête pas. Il peut même admirer l’habileté avec laquelle l’auteur noue des fils très complexes et disparates et les relie à des notions aussi spécifiquement islandaises que le « Heaume de terreur » ou un lieu aussi important dans l’histoire du pays que l’évêché de Holar, mais aussi avec la criminalité en col blanc, le rock, le théâtre et le cinéma – pour ne pas parler du téléphone portable, lequel peut servir à tout autre chose qu’à téléphoner, comme chacun sait. Ajouter un soupçon de Narcistic personality disorder, une pincée de mondialisation et secouer. Voilà, le cocktail est prêt : il est assez corsé, un peu vertigineux et pas très optimiste : « Est-il possible que les gens aient des enfants ? Si c’est le cas, comment vont-ils ? Dans quel état sont-ils ? » se demande l’(anti-)héros de cette histoire. Au total : du travail d’artiste, servi par une bonne traduction, et un régal de lecture. L’excellent Arnaldur Indridason (publié en France chez le même éditeur) trouve là un sérieux concurrent. Après tout, la saga n’est peut-être pas un genre aussi mort qu’on le croit parfois et les scaldes étaient des virtuoses dans l’art de la tresse littéraire. Beau sang ne saurait mentir." Philippe Bouquet.

samedi 20 septembre 2008

Arnaldur

Je viens de rendre le manuscrit du prochain livre d'Arnaldur Indriðason qui paraîtra, comme d'habitude, aux Editions Métailié début février 2009 sous le titre Hiver Arctique. Je n'en dis pas plus, mais c'est toujours aussi bien. Un livre très émouvant, une atmosphère comme Arnaldur sait en créer... glaçante, avec pour toile de fond, l'hiver et la désepérance d'Erlendur.

dimanche 24 août 2008

Pas grand-chose à dire : le traducteur traduit, traduit, traduit... Trois traductions paraîtront en septembre octobre novembre. 1. Le Dresseur d'insectes d'Arni Thorarinsson aux Editions Métailié. 2. Le testament des gouttes de pluie d'Einar Mar Gudmundsson, chez Gaïa Editions. 3. Sur la paupière de mon père, de Sjón. Je dirai quelques mots des ces trois livres, tous très bons dans leur genre. Le premier est un policier, le second, tel un immense poème en prose, le troisième, très poétique et très drôle.

jeudi 3 avril 2008

Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie




Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie, Guðrún Eva Mínervudóttir, traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson.
Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie est un recueil de nouvelles de la jeune écrivaine islandaise Guðrún Eva Mínervudóttir. Le livre vient de sortir en français aux éditions Zulma dans la très belle traduction de Catherine Eyjólfsson.
PRESENTATION DES EDITIONS ZULMA


"Qu’il s’agisse de prendre un bain après un concert, de manger de la pâtée pour chats, d’adopter un ficus, de prendre Dieu pour amant ou d’ôter de la gorge d’un garçon la boule qui l’étrangle, le quotidien islandais de la narratrice ne manque pas de sel. Ni de piquant.Voici des nouvelles courtes, souvent écrites à la première personne ; des histoires d’amour, de haine, de fantômes, de règlements de comptes avec les autres ou avec soi-même. L’humour, la candeur douce-amère qui se dégage de l’œuvre toute entière ainsi qu’une distance prise par rapport aux personnages laissent à penser qu’on peut tirer des leçons de ce qui nous est raconté, qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre.Le charme subtilement empoisonné d’une prose qui, sous des dehors de ne pas y toucher, sème une étrange confusion dans l’âme."
MON OPINION PERSONNELLE :
Vous n'avez pas trop le moral? La réalité quotidienne vous semble manquer de relief ? Vous êtes follement amoureux? Vous haïssez votre voisin ou au contraire l'aimez secrètement? Vous êtes persuadé que la voisine du dessus est folle ou qu'elle s'entretient avec les fantômes? Vous êtes un jeune homme, un vieille femme, un adolescent qui se cherche, un homme d'âge mûr qui s'est trouvé, mais regrette de ne s'être pas perdu? Vous vous posez des questions existentielles? Vous ne vous en posez pas? Peu importe...
QUI QUE VOUS SOYEZ, ce livre est pour VOUS. Ce n'est pas qu'il va totalement chambouler votre vision du monde, ce n'est pas qu'il va vous entraîner dans des aventures palpitantes et pleines de rebondissements, ce n'est pas tellement non plus qu'il va vous plonger dans des mondes parallèles ou vous emmener sur des planètes étrangères.
Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie vous amènera à envisager le quotidien sous un autre jour. Entre douceur amère, drôlerie et humour parfois décalé, simplicité du style et beauté de la langue (magnifiquement rendue par la traduction de Catherine Eyjólfsson), Gudrun Eva nous promène dans un réel où bien des situation anodines dérapent, quelque part entre la banalité quotidienne et l'imaginaire, le rêve, la cocasserie.
Il suffit de lire les titre des nouvelles pour s'apercevoir que tout n'est pas tout à fait "normal" dans les histoires que Guðrún Eva nous raconte. L'auteur se joue de la logique comme des liens de causalité. Prenez ce : "Maintenant, je vais te donner un bain parce que tu es mon amie"... Ah bon, vous donnez souvent des bains à vos amis, vous? Pas moi! Eh bien, justement c'est peut-être un tort car à la lecture du texte, on aurait bien envie de se mettre au plus vite à cette pratique!
Et cette pure merveille qu'est le titre de l'ensemble du recueil : "Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie" et qui sous-entend que pendant qu' "il ne la regarde pas, elle serait quelqu'un d'autre"?? Je précise que le contenu des nouvelles est évidemment à la hauteur des titres. Certaines sont joyeuses comme un jour d'été, d'autres presque inquiétantes, mais toutes communiquent une irrésistible joie, un irrésistible désir de vivre.
Je m'arrête là car je vous recommande tout simplement de courir acheter le livre dans la première librairie. Eteignez votre ordinateur, sortez de chez vous, trouvez le livre et LISEZ... Bonne lecture!

dimanche 2 mars 2008

Article de Gérard Meudal à propos de "Lhomme du lac" et de "Brouillages" dans Le Monde

Je suis très heureux du bel article de Gérard Meudal dans Le Monde des Livres du jeudi 29 février. Il est élogieux quant aux deux livres dont il parle et surtout il précise deux éléments qu'il est important de garder à l'esprit quand on s'intéresse à la littérature islandaise : premièrement, la langue islandaise a très peu évolué dans sa structure grammaticale depuis le Moyen Âge et, par conséquent, la littérature de cette époque qui semble bien lointaine aux Français est toujours très présente dans l'esprit des Islandais qui baignent littéralement dans la culture des sagas puisqu'ils peuvent lire "dans le texte" les écrits des XIIème et XIIIème siècles ; deuxièmement, cette proximité a nécessairement des répercussions sur la littérature moderne. Ces données surprennent toujours les Français, il est donc bon que quelqu'un les rappelle. Merci pour cela à Gérard Meudal dont voici l'article :

Critique : "L'Homme du lac" et "Brouillages" : du mauvais côté du soleil
LE MONDE DES LIVRES 28.02.08 17h26 • Mis à jour le 28.02.08 17h26

Voilà une épineuse question enfin résolue. On s'interrogeait depuis des lustres sur les origines du roman policier. Fallait-il remonter jusqu'à Poe, Voltaire, ou la tragédie grecque ? Pour Arnaldur Indridason, le roman policier trouve sa source dans les sagas islandaises, et il revendique pour sa part l'héritage de la saga de Gisli Sursson (1), une sombre histoire de meurtre en famille dans une ferme islandaise au IXe siècle.

Ayant peu évolué, la langue ancienne des sagas est restée parfaitement accessible aux lecteurs islandais contemporains et on peut donc admettre qu'elle influence la littérature contemporaine. La floraison tardive de nombreux romans policiers dans un pays qui n'en produisait guère il y a encore quelques années peut sembler, en revanche, plus surprenante. "Le pays compte trop peu de gens (moins de 300 000 habitants), peu d'événements, un quotidien plat, explique Indridason, mais la société islandaise a évolué très vite. On est passé en peu de temps d'une société de paysans pauvres à une société citadine très riche. Mon commissaire Erlendur fait partie des laissés-pour-compte. Il n'arrive à se lier ni à la ville ni au présent."

Le père d'Arnaldur était écrivain ("J'ai été élevé au son de la machine à écrire") et a publié plusieurs ouvrages consacrés à l'exode rural, ce qui explique peut-être pourquoi le thème des déracinés se retrouve si souvent dans les livres du fils. Pourtant, ici, dans ce quatrième roman traduit en français, Arnaldur Indridason s'aventure sur un nouveau terrain, celui du roman d'espionnage. Un tremblement de terre provoque la baisse brutale des eaux d'un lac islandais. On y découvre à cette occasion un squelette vieux de quarante ans, lesté d'un émetteur-récepteur de fabrication soviétique.

UNE SAVEUR PARTICULIÈRE

L'enquête ne vise pas à exhumer les secrets d'espions du temps de la guerre froide, mais, comme d'habitude, à mettre en évidence la solitude et le désenchantement de quelques personnages inadaptés aux mutations brutales de la société. Dans les années 1960, des étudiants islandais de gauche avaient obtenu une bourse pour poursuivre leurs études en RDA, à Leipzig. Passé le premier moment d'enthousiasme, ils avaient découvert le "socialisme réellement existant".

Certains en étaient revenus horrifiés, d'autres n'en étaient pas revenus du tout, mais ils avaient tous commis la même erreur : croire que le danger vient forcément de l'étranger et que, s'il était légitime, et nécessaire, de se méfier des mouchards de la Stasi, ils n'avaient rien à craindre de leurs compatriotes.

Jon Hallur Stefansson, né en 1959, appartient à la même génération que Arnaldur Indridason. Brouillages, son premier roman, met en scène un conflit de générations qui tourne à l'affrontement sanglant.

Marteinn découvre que son père, Björn, un brillant architecte de Reykjavik, entretient une liaison avec Sunneva, la fille d'un associé qu'il a plus ou moins évincé et dont il pourrait être le père. Avec l'aide de son ami Hallgrimur, il va mener une enquête qu'il veut discrète.

Mais lorsqu'on retrouve Björn dans le coma près du chalet d'été de la famille, où gît le cadavre de Sunneva, il n'est plus temps de laisser l'enquête aux mains de détectives amateurs. Valdimar, le policier chargé de l'affaire, est lui-même un bel exemple de ce conflit générationnel.

Quand il vitupère sans cesse contre ces gens qui mènent une vie sexuelle dissolue et passent leur temps à fumer des joints, ce n'est pas aux adolescents qu'il pense mais à la génération de ses parents, et plus précisément à son père, ex-soixante-huitard.

L'élégance et la précision de la langue, qui doivent sans doute beaucoup au travail remarquable d'Eric Boury, le traducteur des deux romans, forme un étrange contraste avec la cruauté des situations. Volonté de domination, lourds silences des familles, haines recuites : bien sûr, on trouvait déjà tout cela dans les sagas, rien de nouveau sous le soleil. Sauf que le soleil islandais a la particularité de briller par son absence pendant de longs mois avant d'imposer sa présence jour et nuit, ce qui modifie légèrement l'éclairage et donne une saveur particulière à ces polars venus du Nord.

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"L'Homme du lac" (Kleifarvatn) d'Arnaldur Indridason. Traduit de l'islandais par Eric Boury. Métailié Noir, 390 p., 18 €.

"Brouillages" (Krosstré) de Jon Hallur Stefansson. Traduit de l'islandais par Eric Boury Gaïa, 320 p., 21 €.

(1) "Folio", Gallimard, traduit par Régis Boyer.

A signaler la parution en Points de La Voix, le précédent roman d'Arnaldur Indridason qui a obtenu en France le Grand Prix de littérature policière 2007.

Gérard Meudal
Article paru dans l'édition du 29.02.08

Petite précision avec retard, L'homme du lac d'Arnaldur a reçu le Prix du Polar européeen du point à l'occasion du festival Quai du Polar, à Lyon.

vendredi 11 janvier 2008

Brouillages, polar islandais chez Gaïa

Brouillages de Jón Hallur Stefánsson (Krosstré) paraîtra aux Editions Gaïa début février. Le livre est paru en janvier au Danemark sous le titre : Kvinden der forsvandt. La presse danoise s'est montrée très élogieuse... (Malheureusement, je n'ai pas le temps de traduire les compliments en français pour l'instant!)

Brouillages de Jón Hallur STEFÁNSSON
Polar traduit de l’islandais par Éric Boury
13 x 23, 320 pages, 21 €
Collection Gaïa polar

Le livre :

Un architecte apparemment bien sous tous rapports est retrouvé inanimé au bord du lac de sa maison d’été. Qui lui a fracassé le crâne ? Sa femme ? Son fils ? Sa jeune maîtresse ? Son ancien associé, viré pour alcoolisme ? Ou ce mercenaire japonais qui disserte volontiers sur l’art de tuer, et qui trouve en l’Islande un décor idyllique pour mettre en scène ses meurtres ?Jón Hallur Stefánsson nous immerge dans la bonne société islandaise, où tout le monde sait tout sur tout le monde, où la vie à la fois monotone et complexe de chacun brouille les pistes. Brouillages est un polar empreint de relations humaines à la violence exacerbée, à l’image d’une nature grandiose et extrême, qui plonge le lecteur dans un huis clos étouffant.

L'auteur
Jón Hallur Stefánsson est né en 1959. Il s’était fait remarquer en 2004 en obtenant le prix de l’Association des auteurs policiers d’Islande pour une nouvelle intitulée Enginn engill (Loin d’être un ange). Brouillages a connu un grand succès public en Islande, la critique l’ayant décrit comme l’héritier du maître maintenant incontesté qu’est Arnaldur Indriðason.


Extraits de la presse étrangère
Le livre est un bouillonnement de passions enflammées, de haine, d’obsessions, de jalousie agrémentées d’une petite touche de folie. Jón Hallur mélange tous ces ingrédients en un roman policier extrêmement bien écrit, ce qui fait de Brouillages un livre à la fois littéraire et très captivant.Þórarinn Þórarinsson, Fréttablaðið
Jón Hallur est surnommé le prince héritier du roman policier islandais et il mérite amplement son titre de bout en bout de son premier roman. L’histoire est captivante et l’intrigue, les personnages et tout l’environnement collent impeccablement à la réalité islandaise. Brynhildur Björnsdóttir, Birta
Complexe, poétique et remarquablement bien écrit, Brouillages est le premier volume captivant d’une excellente série de polars. Buch-Aktuell
Jón Hallur Stefánsson écrit de manière plus épurée, plus austère qu’Arnaldur Indridason. Chez ses personnages, l’amour est brutal, jamais délectable. Mais l’humour est noir, bizarre et hilarant. Un polar macabre qui prend le lecteur en otage jusqu’à la dernière page.

Quant à la présentation de L'homme du lac, on la trouvera plus bas ici et sur le site des Editions Métailié http://www.editions-metailie.com/indoc/l-homme-du-lac-de-arnaldur-indridason-T927.htm

jeudi 3 janvier 2008

La voix d'Indridason en Points Seuil

Aujourd'hui, 3 janvier 2008 paraît en collection de poche le troisième Indridason, LA VOIX, qui a obtenu le Grand prix de la littérature policière cet automne.

Plus qu'un mois à peine à patienter avant la sortie de L'HOMME DU LAC, le quatrième opus sort chez Anne-Marie Métailié le 1er février...

mardi 18 décembre 2007

Homère à Reykjavík





Par amour pour ce texte, je l'ai finalement traduit. Einar Már Guðmundsson, l'auteur des Chevaliers de l'escalier rond et des Anges de l'Univers y dit tant de belles choses sur l'Islande. A chaque fois que je le lis, il suscite en moi les mêmes images : la rue Hverfisgata, la neige, le vent, le froid, la lumière bleutée de l'hiver et la hâte de rentrer se mettre au chaud. Evidemment, ça donne le mal du pays...

Sagnaþulurinn Hómer, Einar Már Guðmundsson


Eitt regnþungt síðdegi,
á skipi úr víðförlum draumi,
kom sagnaþulurinn Hómer til Reykjavíkur.
Hann gekk frá hafnarbakkanum
og tók leigubíl sem ók með hann
eftir regngráum götum
þar sem dapurleg hús liðu hjá.


Við gatnamót sneri sagnaþulurinn Hómer
sér að bílstjóranum og sagði:
"Hvernig er hægt ímynda sér
að hér í þessu regngráa
tilbreytingarleysi búi söguþjóð?"
"Það er einmitt ástæðan," svaraði bílstjórinn,
"aldrei langar mann jafn mikið
að heyra góða sögu og
þegar droparnir lemja rúðurnar."


þegar droparnir lemja rúðurnar
og þokan sem liðast inn flóann
hylur jafnt fjöllin og hafið,
ekkert í frásögur færandi
nema krapið á götunum,


enginn seiðandi söngur,
engin syngjandi sól,
aðeins fótspor sem hverfa
einsog regnið í hafið,
í tómið og vindinn sem syngur og blæs . . .


Sveipaður gráma
líður tíminn um stræti,
einstaka fugl svífur
draumlaust um bæinn,
regnslæður skýja
herpast um hálsinn
og náttmyrkrið hellist
sem net yfir heiminn.


Maður siglir í bát út á hafið,
það er syngjandi alda,
það er sofandi hús,
segl sem er undið í draumi,
heimurinn bylgjast
um svartan sæ
og ljósin líða
sem logar um stræti.



Le conteur Homère, Einar Már Guðmundsson


Par une soirée lourde de pluie,
Sur un navire tissé en un rêve voyageur
Le conteur Homère s’en vint à Reykjavik.
Il s’éloigna du quai,
monta dans un taxi qui l’emmena
longer des rues grises de pluie
où défilaient des maisons tristes.


A un carrefour, Homère se retourna
vers le chauffeur et lui dit :
“Comment peut-on s’imaginer qu’ici,
au creux de cette monotonie grise de pluie
vive une nation de conteurs ?”
“C’en est la raison précise,” répondit le chauffeur,
“jamais on n'a autant envie
d’entendre une belle histoire
que quand les gouttes frappent les vitres.”



lorsque les gouttes frappent les vitres,
que la brume se glisse dans la baie,
couvrant montagnes et océan,
et que rien ne vaut d’être conté
sauf la neige boueuse et glacée des rues,



nul chant ensorcelant,
nul soleil virtuose,
seules des traces de pas qui se perdent,
telle la pluie sur l’océan,
dans le néant et dans le vent
qui fredonne et qui s’époumone...


Drapé dans sa grisaille,
le temps longe les rues,
un oiseau esseulé plane
sur la ville en un vol sans rêve,
les voiles de pluie des nuages
s’enroulent autour du cou
et le noir de la nuit se déverse
tel un filet sur le monde.


Un homme vogue en bateau bien loin sur l'océan,
ici une vague qui chante,
ici une maison qui sommeille,
une voile enveloppée dans un songe
le monde ondule sur l’océan noirâtre
et les lumières passent
telles des flammes le long des rues.


Traduction : Eric Boury, 7 novembre 2007

vendredi 23 novembre 2007









L'HOMME DU LAC / KLEIFARVATN

Voici la présentation sur la page des Editions Métailié du prochain Arnaldur Indridason qui sortira début février. Quant à moi, je commence la traduction du cinquième volume.

"A la suite des tremblements de terre qui ont eu lieu en Islande en juin 2000, le lac de Kleifarvatn se vide peu à peu. Une géologue chargée de mesurer le niveau de l’eau découvre sur le fond asséché un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacés. La police est envoyée sur les lieux, Erlendur et son équipe se voient chargés de l’enquête, ce qui les mène à s’intéresser aux disparitions non élucidées ayant eu lieu au cours des années 60 en Islande. Les investigations s’orientent bientôt vers les ambassades ou délégations des pays de l’ex-bloc communiste. Les trois policiers sont amenés à rencontrer d’anciens étudiants islandais qui avaient obtenu des bourses de l’Allemagne de l’Est dans les années 50 et qui ont tous rapporté la douloureuse expérience d’un système qui, pour faire le bonheur du peuple, jugeait nécessaire de le surveiller constamment. Peu à peu, Erlendur, Elinborg et Sigurdur Oli remontent la piste de l’homme du lac dont ils finiront par découvrir le terrible secret. On retrouve les personnages des livres précédents. D’autres apparaissent, parmi lesquels Sindri Snaer, le fils d’Erlendur.A. Indridason réfléchit sur l’humanité et la cruauté du destin. Il nous raconte aussi une magnifique histoire d’amour contrarié, sans jamais sombrer dans le pathos. L’écriture, tout en retenue, rend la tragédie d’autant plus poignante."

Ce roman a reçu le Prix POINT du polar européen à l'occasion du festival Quai du Polar


vendredi 16 novembre 2007

Grand prix de littérature policière pour La Voix d'Arnaldur Indriðason


Excellente surprise : La Voix a reçu le grand prix de littérature policière. Hmm... que dire? Content de voir qu'Arnaldur plaît autant au public français. Merci à lui pour ses livres et aussi à Anne-Marie de l'avoir fait connaître ici.


lundi 12 novembre 2007

Les chevaliers de l'escalier rond







La critique suivante est parue sur le site : papercuts.fr à propos des Chevaliers de l'escalier rond d'Einar Már Guðmundsson, publié chez Gaïa.




" Les Chevaliers de l’Escalier Rond, c’est un peu le Petit Nicolas chez les scandinaves avec l’impertinence de Calvin et Hobbes. Mais ces parentés n’empêchent pas ce roman d’être un livre rare. Peu commun d’abord puisque la maison d’édition Gaïa a choisi de le publier sur des pages roses pâles afin d’en optimiser le confort de lecture ; ensuite parce qu’Einar Már Guðmundsson possède un talent sans pareil pour retrouver le ton de l’enfance. L’auteur précise s’intéresser à « ce que la réalité recèle de magique en même temps que la part de réalité que la magie recèle ». S’il s’agit ici de son second ouvrage traduit en français, Les Chevaliers de l’Escalier Rond est pourtant le premier roman de l’islandais, coup d’essai remarqué avant qu’il soit consacré en 1995 par le Prix Littéraire du Conseil des Pays Nordiques pour Les Anges de l’Univers, paru en France chez Flammarion.

L’histoire de ce roman ? Rien de plus simple, le héros, Jόhann, nous raconte les petits et grands tracas d’un enfant des années 60 dans les quartiers populaires de Reykjavík, capitale de l’Islande. Mais cela pourrait se passer dans n’importe quelle autre grande ville européenne de l’époque, avec ses nouveaux immeubles en construction, et son équilibre fragile entre laxisme et autorité. Un simple coup de marteau qu’il donne sur la tête de son ami Olí, et toute l’existence de Jόhann s’en retrouve bouleversée. Imaginez : notre jeune héros se retrouve privé de l’anniversaire d’ Olí, sans conteste la meilleure fête de l’année puisque l’oncle de l’hôte, athlétique policier, vient y faire une démonstration de ses muscles !

Avec cette trame narrative simple, et ses rebondissements parfois futiles, Einar Már Guðmundsson nous prouve que l’histoire n’a que peu d’importance pourvue qu’elle soit bien racontée. La plume de l’auteur est si virevoltante, que nous découvrons haletants les suspens de pacotille qui jalonnent les journées d’un petit de sept ans.

« Olí hurle. Olí tremble. La tête d’ Olí se transforme en plusieurs têtes. Olí a quatre têtes. Et puis gloup : de ses cheveux coupés en brosse, un petit œuf blanc, et les larmes semblent précéder le passage d’ Olí quand il franchit la porte de la cave de l’immeuble. » Ou : « J’envisage la possibilité d’aller me noyer dans le bocal à poissons de mon grand frère ou bien de disparaître dans l’un des tiroirs du bureau. Je lève les yeux vers la fenêtre au cas où la magicienne des histoires enfantines essaierait d’entrer en contact avec moi. »

Avec le narrateur, nous redécouvrons les choses sous un regard neuf. A travers des yeux d’enfant, tout se teinte de merveilleux, l’imagination transforme le quotidien en donnant à chaque détail un sens nouveau. Cette retranscription minutieuse des digressions propre à la jeunesse donne lieu à de très savoureux passages, sur les coupes masculines courtes par exemple, les bienfaits d’une doudoune à capuche et tant d’autres petits riens éparpillés sur notre route.

Peut-être faudrait-il également saluer le travail du traducteur, Eric Boury, qui a su conserver la cocasserie joliment naïve dont Guðmundsson pimente son écriture ; pour preuve, quelques titres de chapitres : « Je sens que j’ai le nez qui sanglote », « Messages en langue des doigts », ou le moins poétique « Mal aux roupettes ». Comme devant un bambin maladroit qui reprend avec ses mots les expressions d’adulte, on ne peut s’empêcher de sourire à la lecture des Chevaliers de l’escalier rond.

Ce chaleureux roman venu du froid est un petit plaisir de lecture rare où humour et poésie sont mêlés avec délicatesse. Et lorsque la tragédie arrive, l’auteur l’évoque avec pudeur, à demi-mot et, comme les sourires précédemment esquissés, l’émotion s’invite à la lecture… Il n’y a décidément pas d’âge pour se redécouvrir une âme d’enfant. "

dimanche 30 septembre 2007

Kleifarvatn, L'homme du lac, Arnaldur Indridason


Le prochain opus des "aventures" du commissaire Erlendur paraîtra aux Editions Métailié en février 2008. Il s'agit de L'homme du Lac, en islandais, Kleifarvatn (Le lac de Kleifarvatn). A droite, une photo de la couverture de l'original du livre.
Je viens de remettre la traduction à Anne-Marie Métailié. C'est un très beau livre, une enquête bien menée et une magnifique histoire d'amour... Quel plaisir de traduire Arnaldur...

Tími nornarinnar, Le temps de la sorcière,


Le Temps de la sorcière d'Arni Thorarinsson (Þórarinsson) est paru aux Editions Métailié fin août. Ci-dessous, une critique de Gérard Meudal parue dans le Monde des Livres, le 31 août 2007

Arni Thorarinsson : crimes sans mobile et téléphone portable

LE MONDE DES LIVRES 30.08.07 17h43 • Mis à jour le 30.08.07 17h43

Un petit objet devenu banal est en train de révolutionner les codes du roman policier : le téléphone portable. On connaît déjà la place que ces appareils ont prise dans les activités délictueuses. Indispensables aux malfaiteurs, ils sont devenus des auxiliaires précieux pour les enquêteurs, qui peuvent grâce à eux localiser certains appels et confondre les couples. Il était donc légitime de se pencher comme le fait Arni Thorarinsson, un auteur islandais né en 1950 dont c'est le premier roman traduit en français, sur les nouvelles règles qu'ils imposent à la fiction. "Ils ont compliqué (la tâche) des auteurs de romans policiers parce que le héros comme la victime étaient eux aussi toujours accessibles : le suspense et le danger de mort impliqués par l'impossibilité de joindre ou d'être joint appartenaient désormais presque au passé."
Tout commence lorsqu'un grand quotidien de Reykjavik décide d'ouvrir une antenne locale à Akureyri, une ville du Nord où il ne se passe pourtant pas grand-chose. Une femme est morte en tombant dans une rivière au cours d'une séance de rafting organisée par l'entreprise de confiserie dont elle était propriétaire. Un accident banal.
Quelques jeunes ivrognes font du tapage dans les bars de la région, un chien s'est égaré sans même se faire écraser et la troupe amateur des lycéens d'Akureyri s'apprête à monter une pièce du répertoire classique islandais, Loftur le sorcier. Pas de quoi doper les ventes d'une édition régionale du Journal du soir, pas de quoi non plus nourrir une intrigue policière qui au départ peut sembler presque laborieuse, malgré des personnages pittoresques et bien campés. En premier lieu, le narrateur, Einar, devenu localier malgré lui. En bisbille permanente avec le nouveau patron du journal, il file le parfait amour avec Snaelda, une perruche que les propriétaires de l'appartement qu'il loue ont confiée à sa garde. Et puis il y a Gunnhildur Bjargmundsdottir, la mère de la femme noyée dans la rivière, qui voit des crimes partout. Mais, dans sa maison de retraite, la vieille dame a manifestement abusé des aventures de l'inspecteur Morse à la télévision ; du reste, elle n'a peut-être plus toute sa tête. Il y aussi Joa, la photographe qui tombe amoureuse de la rédactrice en chef du journal concurrent.

DÉSORDRE GÉNÉRAL
Lorsque Skarphedinn, le jeune bourreau des cœurs qui devait jouer le rôle-titre de Loftur le sorcier, est retrouvé assassiné, son cadavre brûlé sur un tas de pneus dans une décharge, à la veille de la première de la pièce, tous les fils de l'intrigue se nouent étroitement. Commence alors le portrait implacable d'une société à la dérive. On a l'impression que les troubles dont peuvent souffrir certains individus, particulièrement les jeunes, ceux qui n'ont pas encore trouvé leur place dans la société, ou les vieux, qui sont en passe de la perdre, des désordres comme l'hypocondrie ou les délires narcissiques ne sont que le reflet d'un désordre plus général qui affecte le groupe tout entier. En explorant systématiquement ces défaillances, Arni Thorarinsson dresse un portrait sévère, d'une cruauté presque surprenante, d'une société dont les individus semblent avoir perdu tout repère et avoir de plus en plus de mal à communiquer entre eux. Avec ou sans téléphone portable.

LE TEMPS DE LA SORCIÈRE (TIMI NORNARINNAR) d'Arni Thorarinsson. Traduit de l'islandais par Eric Boury. Métailié noir, 336 p., 20 €.
Gérard Meudal

lundi 13 août 2007

La femme en vert, numéro 1 -:)

Une amie en Islande m'a signalé que depuis quelques jours, La Femme en Vert est numéro 1 au palmarès établi par Datalib sous la rubrique polars. La cité des jarres, est en 11ème position.
http://public.datalib.net/fonctions/top_ventes.php?page=1&cat=3
Agréable surprise -:)

mercredi 20 juin 2007

Prix Elle pour la Femme en Vert d'Arnaldur Indriðason


La Femme en vert (Grafarþögn) a reçu le Prix Elle des Lectrices dans la catégorie policier le 29 mai de cette année... à la grande satisfaction de l'auteur, de l'éditrice et du traducteur...