vendredi 21 janvier 2022

Récemment, Claire Ernzen et votre serviteur ont eu ensemble une fort agréable conversation sur la traduction et sur les livres de Jon Kalman Stefánsson... voici ! 





« Une nuit je me suis dit : Mais c'est “gamin”, le bon mot ! »

Eric Boury est le traducteur privilégié de Jón Kalman Stefánsson, qui vient de recevoir le prix du livre étranger France Inter-Le Point pour son dernier roman, « Ton absence n’est que ténèbres ». Il est aussi un formidable passeur de mots. Rencontre avec un homme heureux, qui dit de la traduction qu'elle donne un sens à sa vie.

Eric Boury est né dans le Berry. Il est tombé amoureux de l’Islande à treize ans après avoir lu Voyage au centre de la terre de Jules Verne et rêvé sur des photos du pays en noir et blanc. Il y est parti à dix-neuf ans, bagage de langues nordiques de l’université de Caen en poche. « J’ai eu l’impression de voir mon paysage intérieur », se souvient celui qui, après avoir travaillé comme garçon de ferme et « livreur de courrier » est aujourd’hui l’un des meilleurs traducteurs de l’islandais en France.

En exergue de votre blog de traducteuril y a cette phrase de René Char : « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience ». Est-ce votre ligne de conduite en tant que traducteur ? 

Oui ! Et ça vaut aussi bien pour la littérature, que pour le rêve ou pour l’amour. Cette phrase amène à réfléchir, elle reste en nous, elle vit en nous. Dans mon métier je traduis une littérature que je choisis et qui me plaît car on y trouve des phrases, des histoires qui finalement t’aident à vivre. Jón Kalman Stefánsson dit que la littérature a la capacité de rendre le monde plus vaste. Je dirais aussi que s’il n’y avait pas la poésie ou l’art tout court, ce serait très difficile de vivre, de survivre dans ce monde.

Vous êtes aujourd’hui le traducteur français exclusif du romancier islandais, dont vous avez déjà traduit sept livres. Comment l’êtes-vous devenu ?

Je traduisais déjà cinq auteurs islandais, dont Arnaldur Indridasson ou Sjón, tout en étant prof d’anglais et de français dans un lycée professionnel…  Et je n’avais le temps pour rien ! Et puis j’ai rencontré Jean Mattern, son éditeur chez Grasset à un festival littéraire en 2007, il avait lu en allemand ce qui allait devenir Entre ciel et terre. Quelques mois plus tard il en avait acheté les droits et me l’a envoyé malgré mes réticences. Je reçois le livre, je l’ouvre, je lis les dix premières pages, même pas, les cinq premières, et j’ai eu un coup de foudre absolu. J’ai alors trouvé le temps !

Qu’est-ce qui vous a plu chez ce romancier ?

Tout. Il a une écriture très particulière que l’on retrouve dans chacun de ses livres. La ponctuation par exemple, Jón Kalman utilise beaucoup de virgules et écrit de longues phrases, pas facile à respecter lorsqu’on traduit mais magnifiques à lire, et puis il est capable d’emmener son lecteur vers de multiples personnages en même temps… Je me souviens de passages de poésie pure dans Entre ciel et terre, où l’on accompagne plusieurs d’entre eux tandis qu’ils mangent ensemble et on découvre simultanément les pensées de la cantinière et de chaque pêcheur dans différentes profondeurs de champ… l’un pense à sa femme, l’un pense à son fils, l’un pense à son frère… Et tout cela forme comme une symphonie ou un opéra, j’ai été complètement ébloui, personne n’écrit comme ça en Islande.

Comment se passe pour vous une journée de travail ? 

Quand je suis en période de travail, j’aime bien avoir une bonne nuit de sommeil, puis je m’y mets : je fais d’abord des relectures à haute voix, systématiquement. Je fais une relecture à chaque fois que j’ai terminé un chapitre, et à chaque fois que j’ai fait ma dose de travail de la journée aussi. Je ne déclame pas, mais je relis en lecture murmurée, de façon à ce que ça résonne dans mon oreille. Il faut qu’il y ait le rythme, la musique… D’autant plus que l’on écrit dans sa propre langue mais que la matière initiale est une langue étrangère. C’est une journée de travail un peu classique, et qui a souvent tendance à s'allonger ! Au début, quand "j’écris" un livre, et le dernier par exemple, celui de Jón Kalman n’y échappe pas, je me dis, bon, tu vas t’astreindre à cinq ou six pages par jour, ce n’est pas mal, ça te laisse du temps pour faire autre chose et puis très rapidement j’ai été tellement happé, je suis passé à douze pages par jour, puis à quinze. J’ai traduit le livre de six cents pages en trois mois.

Lisez-vous une première fois le texte en entier ou traduisez-vous page à page comme un fou furieux ?

Oui, je fais partie des fous furieux. Je lis les cinquante ou les trente premières pages, quelquefois, mais souvent dès la première page, je me dis, allez au boulot, parce qu’en fait, j’ai envie de commencer. Quand on traduit ainsi, tout en découvrant le livre, il peut y avoir un énorme danger, celui parfois de se tromper de sens, mais on rectifie vite. Si le livre est bon, on plonge.

Quelles qualités faut-il développer, quelles qualités avez-vous dû développer vous-même pour en faire votre métier ?

Il faut avoir une bonne capacité de travail. Ça doit être très énervant pour l’entourage mais au bout d’un moment il n’y a plus qu’une seule chose qui existe, c’est le livre. Une autre qualité à cultiver est la rigueur. Être très attentif au texte, toujours coller au texte islandais sans que le phrasé ne sonne « étranger » en français et en même temps essayer de rendre au maximum tout ce qui se trouve dans le texte source, islandais pour moi, je ne traduis que cette langue. Parfois, il y a des états de grâce. Parfois on s’arrête. On a traduit quelque chose et on se dit : Je suis content. On relit et on se dit : mais que s’est-il passé dans ma tête ? Pourquoi est-ce si fluide ? Les phrases se succèdent. On lit la phrase en islandais, on la traduit. On la lit, on la traduit. Et ça peut durer une page entière, il se passe quelque chose de magique de l’ordre d’un automatisme, d’une forme d’automatisme. J’ai tellement traduit, j’ai dû traduire une soixantaine de livres, que j’en ai acquis de nombreux. Tu es complètement imprégné du bouquin, de la pensée de l’auteur, de sa sensibilité et fatalement tu n’as pas vraiment l’impression de bosser… Évidemment c’est un travail, mais tu prends tellement de plaisir…

Comment sait-on que l’on a trouvé l’image juste, celle qui va déployer tout son suc, toute son émotion auprès du lecteur français qui possède une autre culture, sans pour autant trahir l’écrivain ni sa langue ? 

Notre seul moyen, c’est de la tester sur soi. On fait le travail et puis on se demande : Est-ce que pour moi ça marche ? Il y a deux choses très importantes : la première c’est de ne pas trahir le texte, la deuxième est que le ton, les messages soient recevables. Mais ça c’est quelque chose que l’on sent quand on relit. Est-ce qu’on a grosso-modo la même impression quand on lit la traduction en français à haute voix puis le texte islandais ? Parfois des images peuvent sembler très belles en islandais mais deviennent très moches dans notre langue. Alors on change. On trouve une image parente de l’image islandaise, on tâche d’adapter le mieux possible…

Par exemple à la fin de Ásta de Jón Kalmanle contexte dans le livre est le suivant : Le soleil est en train de se coucher, il y a quelques nuages et le ciel se brouille. Jón Kalman trouve une image mêlant le soleil au rouge d’un œuf, car en islandais on dit rouge d’œuf au lieu de jaune d’œuf. Or, si l’image fonctionne parfaitement en islandais, en français le rouge d’œuf passe mal. Alors j’ai appelé l’éditeur et Jón Kalman, pour leur proposer bientôt le soleil se noiera, son sang se figera. C’est une transposition d’un vers d’Harmonie du soir de Baudelaire légèrement transformé « Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige ». Ils ont accepté. Je peux en parler avec Jón Kalman sans problème parce que l’on se connait très bien maintenant, nous sommes très amis… Mais si l’auteur a disparu, que fait-on ? On fait le travail parce que le but c’est de ne pas détruire le livre pour le lecteur. Le livre est là pour le lecteur avant tout.

C’est quelque chose que vous avez toujours en tête, le lecteur ?

Pas quand je traduis. Je l’ai toujours en arrière-plan, mais on ne passe pas notre temps à se demander si lecteur va aimer, ça ne rentre pas en ligne de compte. 

Faut-il admirer pour bien traduire ?

C’est souhaitable parce que si vous admirez, vous avez d’autant plus de plaisir ! En tout cas bien aimer le livre à traduire est important. Mais on peut aussi parfois accepter de traduire un roman pour l’exercice pur. Et il arrive qu’à la fin on adore le livre…

Jón Kalman a dit dans une rencontre avec ses lecteurs que l’une des choses les plus importantes pour lui dans la traduction est que le traducteur comprenne l’atmosphère d’un livre. Ce qui vous laisse une grande marge de manœuvre …

Comprendre l’atmosphère, et aussi le ton, les tonalités qui peuvent être différentes… Dans ton absence n’est que ténèbres, il y a des ruptures de ton. Il y a des moments presque carnavalesques, d’autres, ailleurs, plus lyriques… Il s’agit aussi de comprendre les motivations des personnages ou leur absence de motivation… Le traducteur est assez libre, mais de toutes façons quoi que puisse dire l’auteur, le traducteur est quand même esclave du texte. Si le traducteur est incapable de rendre l’atmosphère du livre, alors là, patatras, c’est qu’il n’a pas compris le livre. Et c’est très grave.

Dans Entre ciel et terre que vous avez traduit, une phrase revient sans cesse comme une phrase-poème « Nulle chose ne m’est plaisir en dehors de toi » et illumine le livre.  Est-ce une traduction littérale ou une trouvaille de traducteur ?

C’est une citation de Milton, tirée du Paradis perdu. Le texte a été traduit en islandais par un pasteur islandais au début du 19-ème siècle, elle respecte l’ancienne métrique islandaise mais le pasteur a produit une image neuve, puisqu’il l’a traduit au 19eme. Les spécialistes disent même que cette traduction a aussi influencé les grands poètes de ce siècle là, en Islande. J’ai d’abord examiné la phrase anglaise de Milton, Nothing please is me without youpuis la traduction littérale de Chateaubriand rien ne me plaît sans toi. Mais je trouvais ça très plat. J’ai donc penché pour la traduction littérale islandaise, celle du pasteur, j’ai essayé. Pas parce que c’était une idée saugrenue, mais parce que pour moi elle était la plus belle, tout simplement. Pour le Rien en début de vers, qui se dit ekkert en islandais, j’ai trouvé qu’il y avait un petit problème de rythme… Le rien coupe. J’ai alors opté pour Nulle chose, qui est plus doux. J’ai mis une note à cet endroit dans entre ciel et terre en expliquant pourquoi je ne prenais pas non plus la traduction de Chateaubriand… Mais bien l’islandaise, Nulle chose ne m’est plaisir en dehors de toi. Ce pasteur avait traduit ça de manière tellement magistrale, tellement belle, tellement profonde, que, par endroits - Jón Kalman l’explique d’ailleurs dans Entre ciel et terre -, sa traduction dépasse le texte original.

 Parfois donc, la traduction peut surpasser l’original ?

Une traduction, qu’elle soit de Baudelaire ou d’un autre traducteur, reste une traduction particulière à chaque fois. Peut-elle surpasser l’original ? Par endroits, oui. C’est la même œuvre, ou c’est quelque chose très proche de l’œuvre, mais c’est quand même une autre œuvre. Umberto Eco a écrit un essai qui s’intitule Dire presque la même chose, dans lequel il exprime tous les problèmes de la traduction, et c’est bien de cela dont il s’agit : Le traducteur ou la traductrice passe son temps à s’évertuer à essayer de dire presque la même chose. Alors, parfois il arrive à dire exactement la même chose mais en fait, même s’il le croit, il ne dit pas exactement la même chose. Parce que son lectorat n’évolue pas dans le même monde culturel et dans le même environnement que le lectorat original.

Mais pas seulement. Peut-être aussi parce que vous êtes d’abord et avant tout des lecteurs, vous, les traducteurs, ce qu’on oublie souvent ? 

Oui. Nous ne sommes pas des machines. Nous sommes aussi des lecteurs, et donc des interprètes. On nous donne une partition, on joue une partition comme on la conçoit, il y a nécessairement une part d’interprétation. Comme un chef d’orchestre. Et on se rend compte alors à quel point ce dernier peut être important. En musique, par exemple, J’ai toujours adoré les opéras de Mozart que j’ai écouté jusqu’à plus soif. Et puis j’ai découvert un chef d’orchestre belge, René Jacobs, qui a repris les plus grands opéras mozartiens, et la première fois que je l’ai écouté, je me suis dit: On y est. C’est mieux que toutes les interprétations que j’avais déjà entendues. C’est mieux… Disons : ça me correspond plus. Et il se passe la même chose avec la traduction.

 Quelle est la part de la subjectivité du traducteur ?

La subjectivité va s’attacher à des détails. Parce qu’une œuvre bien écrite a toujours une économie interne qui ne permet pas toutes les marges de manœuvres, en tout cas pas à l’infini. Mais attention, la subjectivité peut aussi induire en erreur. L’œuvre rappelle quelquefois le lecteur-traducteur à l’ordre. Quand j’ai traduit Entre ciel et terre, pendant les cents premières pages, j’avais appelé garçon celui qui est désormais nommé le gamin dans le livre. Strákur en islandais est du langage tout à fait standard, neutre, cela signifie garçon. Mais vers la moitié du livre, une nuit de juin je me suis réveillé et je me suis dit mais non, ce n’est pas le garçon, le bon mot, mais le gamin, nom de Dieu c’est le gamin ! Donc demain tu changes tout. Et j’ai tout changé. Ensuite je me suis demandé pourquoi j’avais choisi gamin plutôt que garçon. Mais parce que c’était une évidence ! Parce que le mot gamin en français est beaucoup plus chargé émotionnellement que garçon … On peut dire « Et gamin ! Eh, le gamin, viens ici… » Et puis il y a la douceur. Et ce gamin est tellement doux, on a tellement envie de le consoler et de le protéger que l’appeler le garçon, c’était lui faire un sale coup…

 Vous employez en français une langue simple, riche, affective, familière, intime… 

Jón Kalman manie un langage simple qui permet d’exprimer des choses très complexes. Là réside pour moi la vraie intelligence, celle qui allie l’intelligence intellectuelle et émotionnelle, l’intelligence du cœur, aussi. On écrit et on parle le même genre de langue. J’ai toujours aimé la simplicité. Je viens d’une famille d’ouvriers-paysans, des gens qui ne lisaient pas, sauf mon père. Nous ne sommes pas des intellectuels. Jón Kalman l’est peut-être plus que moi… Mais quand je le lis j’ai l’impression de devenir plus intelligent et quand je le traduis aussi.

Doit-on tout comprendre d’un livre, l’histoire, les personnages, la structure, le point de vue, pour bien traduire ?

Ton absence n’est que ténèbres est vraiment très charpenté, très complexe, et quand je suis arrivé à la fin j’ai eu l’impression d’avoir réussi à embrasser la structure du livre, à embrasser le livre, ok, il est là. Il n’est pas en train de s’échapper de mon étreinte… Il est là. Il y a des bouts qui dépassent à droite à gauche, tu vois le mouvement, tu vois ce qu’il fait, là tu comprends ce que l’auteur a voulu faire même si tu n’es pas complètement capable de l’expliquer parce que c’est autant du domaine du ressenti que de l’intellect, et puis il y a toutes ces questions auxquelles tu n’as pas de réponses tangibles, par exemple le pasteur-chauffeur, qui est-il exactement ? Un pasteur sanctifié, l’homme d’église, est-ce que c’est le démon, est-ce Dieu, l’auteur lui-même qui se dédouble ? C’est l’une de mes hypothèses mais c’est juste une hypothèse … C’est l’auteur qui se dédouble pour apparaître dans son texte, il y a la partie qui veut écrire et l’autre partie qui veut surtout picoler et faire la fête… ça peut être ça aussi. Jón Kalman lui-même le sait-il ? Il y a des zones de mystères qu’il faut accepter. C’est ça qui est beau aussi. S’il n’y a pas de mystère, il n’y a pas grand-chose, finalement. Et pas que dans les bouquins, dans la vie aussi.

Avez-vous l’impression de faire partie du processus intime de l'écriture quand vous traduisez ?

J’ai traduit sept livres de Jón Kalman, fatalement, je connais tout son univers, toute sa façon de parler, celle qu’il a construite au fil de ses romans et quand tu te mets à le traduire, alors, évidemment ce n’est même pas conscient, tu enfiles ton costume de Jón Kalman en français, c’est vraiment ça. Ça vient tout de suite. Tu enfiles ton costume, même pas ton costume, c’est ta peau, c’est comme la peau des serpents, comme une mue… dès que je lis Jón Kalman j’entre dans quelque chose de familier et si je rencontre une difficulté, j’ai les échos de ses autres livres en tête et je trouve la solution. Je prends aussi conseil auprès de Jean son éditeur, d’une amie, Annabelle, et de Jón Kalman, bien sûr, dès que j’ai un doute.

Ce qui vous touche le plus dans l’écriture de Jón Kalman Stefánsson  ?

Son humanité et son humanisme. Et son lyrisme, ce qui ne va pas forcément ensemble. On peut être humaniste et un peu rigide… Pas lui. Ce que j’adore dans son écriture c’est le mouvement. Je n’ai pas l’impression qu’il écrit de la littérature, mais qu’il écrit la vie. Et il n’y a rien au-dessus de la vie. Parfois je traduis une scène de l’un de ses livres, je ris, je pleure parfois à chaudes larmes, et c’est plus fort que moi : il faut que je l’appelle où qu’il soit pour lui dire ça : qu’il écrit la vie et même l’éternité. Tu as presque l’impression parfois d’une possession. Jón Kalman serait-il le démon ? (rires) non, c’est une possession très agréable…

Le plus beau compliment que l’on vous ait fait en tant que traducteur ? 

Qu’on ne voit pas du tout mon travail ! Et ça j’adore. C’est quand même le but. Car si le traducteur traduit it’s raining cats and dogs par il pleut des chats et des chiens, désolé c’est très fidèle, mais complètement à côté de la plaque !

 Votre métier vous procure-t-il de la joie?

Même du bonheur. Traduire un livre qui va être publié avec des gens dont je peux dire que je les aime donne vraiment un sens à ma vie.

 Le blog d’Eric Boury : www.ericboury.blogspot.com

Ton absence n’est que ténèbres, de Jón Kalman Stefánsson, aux éditions Grasset.


 



https://blogs.mediapart.fr/claire-ze/blog/190122/une-nuit-je-me-suis-dit-mais-cest-gamin-le-bon-mot?fbclid=IwAR3Ul69BfUfZx0PH71JpgKn1ZqX2wJaXg0SrBCW9TF8qFEXuPUi2328qhQ0

vendredi 28 août 2020

Traductions de l'islandais, liste conçue par Hanna Steinunn THORLEIFSDÓTTIR

 Une mine de connaissances et de références, travail de longue haleine de mon amie Hanna Steinunn THORLEIFSDÓTTIR qui, depuis des années, répertorie l'ensemble des traductions de l'islandais parues en français. Un travail simplement essentiel !! 

https://isl.hypotheses.org

jeudi 12 mars 2015

Stage de traduction littéraire organisé par le Collège européen des traducteurs littéraires de Seneffe

Une amie traductrice me signale ce stage qui aura lieu en Belgique au château de Seneffe entre le 5 et le 19 avril. Le programme est plus qu'alléchant. Hélas, je n'y serai pas puisqu'à cette date, je serai en Islande.

Vous trouverez toutes les informations nécessaires ICI


vendredi 14 février 2014

Voici déjà une semaine qu'est paru le dernier opus d'Arnaldur Indridason aux Editions Métailié. Un beau livre, une belle histoire, peuplée de personnages très attachants comme toujours avec Arnaldur. Le personnage ambigu de Marion Briem est magnifique d'humanité et son histoire d'amour avec Kristin est d'une grande justesse. Une fois de plus, les critiques sont élogieuses et le roman les mérite amplement.
 
Je signale aussi la parution en poche chez Folio du Cœur de l'homme de Jon Kalman Stefansson. L'ensemble de cette magnifique trilogie (Entre ciel et terre, La tristesse des Anges et Le cœur de l'homme) est désormais disponible en français à un prix plus que raisonnable ! 
 
 
 



jeudi 12 décembre 2013

L'Islande, par Michel Sallé.

Après ces longs mois de silence...

Voilà qui est alléchant...

 
 
Un livre sur l'Islande, par Michel Sallé, aux éditions Karthala.

Présentation de l'éditeur.

De plus en plus de touristes visitent l’Islande de nos jours, attirés par sa nature exceptionnelle qui, derrière une image d’unicité, est façonnée par une multitude de paysages. Si ces mêmes touristes s’intéressaient aux habitants de l’île, ils se demanderaient alors comment 320 000 personnes ont pu atteindre un tel niveau de vie sur une île perdue au milieu de l’Atlantique Nord, sans ressources naturelles autres que le poisson et la possibilité récente de fabriquer de l’énergie bon marché ?
Comment sont-ils arrivés à disposer d’un réseau routier de bonne qualité sur plus de 100 000 km² (1/5 de la France) ; à entretenir un système scolaire et universitaire performant, ou encore à bénéficier d’un système sanitaire leur donnant une espérance de vie parmi les plus élevées au monde ? Ce livre tente d’apporter des réponses à ces questions, à travers l’histoire, la géographie, la culture et la vie économique et politique de l’île.
Les Islandais ont certes récemment défrayé la chronique économique victime d’une crise financière d’une extrême brutalité, qui a semblé mettre à nu la fragilité de l’île. Pourtant, force est de reconnaître que les Islandais ont su trouver une sortie de crise qui était loin d’être prévue… Cela n’a d’ailleurs pas été la seule difficulté rencontrée par les habitants de cette île à travers l’histoire, comme le retrace ici l’auteur, bien que les soixante dernières années aient été une période de forte expansion économique où le niveau de vie a, au moins, égalé celui des Français.
Ces soixante « glorieuses » locales viennent après une très longue période noire, allant du XIIIe siècle au début du XXe, faite surtout d’épidémies et de misère, faisant chuter la population islandaise à la fin du XVIIIe siècle, à moins de 30 000 personnes, totalement oubliées du reste du monde, pas loin de connaître le même sort funeste que les établissements créés au Groenland par ses ancêtres vikings.
Que s’est-il passé, que se passe-t-il aujourd’hui, pour que de tels résultats soient obtenus ? Peut-on déceler des spécificités liées à l’histoire, ou au faible nombre de la population, à sa nature qui s’impose à tous, ou à d’autres facteurs à découvrir ? Indépendamment des succès économiques, une démocratie comme l’islandaise peut-elle fonctionner comme celle des autres pays occidentaux, aux plans politique ou social ?
Michel Sallé se pose ces questions depuis près de 50 ans, et essaye à travers cet ouvrage de trouver des réponses, tout en décrivant cette île exceptionnelle, qui attire souvent pour sa nature unique, mais qui fascine toujours pour l’histoire, le quotidien et la vie des populations qui y ont vécu à travers le temps.

jeudi 11 juillet 2013

Voilà une nouvelle qui risque d'en intéresser plus d'un et plus d'une. Un beau livre.

L’Islande dans l’imaginaire est à paraître en août 2013

Actes du colloque de Caen (21-22 novembre 2008). Études réunies et présentées par Hanna Steinunn Thorleifsdóttir et François Émion.

Collection Symposia.
 
Cet ouvrage présente les contributions d’une dizaine de spécialistes venus d’horizons différents (civilisation, littérature) qui ont confronté leurs points de vue sur l’image de l’Islande, ancienne et contemporaine. La notion d’image est complexe : elle suppose tout un jeu d’interactions entre ceux qui la produisent (autochtones, mais aussi observateurs étrangers) et le public auquel elle est destinée. Ce travail collectif s’efforce de mettre en évidence à la fois la pérennité des représentations liées à l’Islande, qui relèvent parfois du cliché, et les enjeux qui se dissimulent derrière la confection d’images dont la maîtrise échappe parfois à leurs concepteurs.

 SOURCE :Presses universitaires de Caen





On trouvera la table des matières sur le site des Presses universitaires de Caen ou en cliquant directement sur le lien : TABLE DES MATIERES



mardi 25 juin 2013


Einvígið







Soleil, fraicheur, lumière, tilleuls en fleurs... Serait-ce enfin l'été ? Mais voici ce qui occupe le point central de mes jours en ce moment... Le livre est à paraître aux Editions Métailié en février 2014. Comme toujours avec Arnaldur, c'est bien, très bien même !

Deuil, Article de Cécile Pellerin

A lire, cet article élogieux sous la plume de Cécile Pellerin à propos de Deuil de Gudbergur Bergsson sur le site Actualitte.com

Je suis heureux de voir Gudbergur comparé à Haneke, il y a longtemps que j'avais fait le rapprochement... Ah oui, à propos de Haneke, justement, j'ai vu sa mise en scène du Cosi fan tutte vendredi dernier sur ARTE. J'ai toujours beaucoup aimé cet opéra et la vision de Haneke m'a bien plu. On peut voir la version intégrale ici... J'en conviens, tout cela n'est pas très islandais, mais il n'y a pas que l'Islande, dans la vie, il y a aussi les alternances du coeur :)
Cosi fan tutte, Mozart, version de Haneke diffusée sur ARTE 

Mais voici l'article concernant DEUIL de Gudbergur Bergsson, publié aux Editions Métailié

Mourir, cela n'est rien, mourir, la belle affaire... Mais vieillir...oh vieillir!


Un vieil homme seul attend la mort. Parfois il se raconte, parfois c'est un narrateur extérieur qui mène le récit. Cet homme n'a pas de nom. Il est sans doute un homme ordinaire, anonyme, sans destinée particulière puisque condamné à mourir, de toutes façons. Le quotidien qu'il raconte (« 22 décembre, l'année n'a aucune importance ») ou qui est raconté n'impressionne pas, semble figé, presque ritualisé. Un non-événement. A travers ces lignes, un grand silence, de l'ennui, comme si finalement rien ne se passait plus désormais dans cette vie, presque déjà « morte ». Si le sifflement de la bouilloire sur la gazinière ne rythmait pas les instants qui passent, comme un souffle  (voire un râle) respiratoire, on pourrait croire que cet homme est déjà mort.

Veuf depuis longtemps, son existence a perdu sens et il ne la mène plus que pour mieux parvenir à son échéance et s'en libérer. « Plus il vieillit, plus il s'accroche à la vie, même s'il ne fait rien pour prolonger la sienne. » Sans distractions désormais, il est dans un état d'inaction, où les mouvements deviennent rares et minimalistes. Chaque geste est lent, mesuré, presque sans effet. Il a déjà cessé de vivre sans pour autant être encore mort,  comme enfermé dans un sas, contraint par une mémoire et une lucidité qui défaillent et un corps délesté de toute force musculaire ; presque prêt à lâcher prise pour disparaître. Et c'est ce « presque », cette mise en œuvre du processus de destruction, cet état intermédiaire que l'on nomme « déchéance » qui forment l'ensemble de ce  récit âpre, violent, impitoyable mais extrêmement réaliste. « Les gens fouinent dans les plis de la maladie et de la déchéance. Il y a quelque chose qui les attire, une puanteur, odeurs de sueur, de pied, haleine fétide, odeur d'urine, ce qui nous attend : la vieillesse. »

En attendant la mort, le vieil homme se souvient, lorsque sa mémoire fonctionne, et évoque des souvenirs imprécis sur son épouse, sa déchéance rapide et le deuil qui suivit (la mort est rarement digne), sur sa relation particulière aux femmes, sur son voisin, son travail, ses enfants. De vagues réminiscences parfois si confuses qu'on ne sait plus exactement si le vieillard rêve. Entre veille et sommeil, ne sachant plus s'il fait jour ou si c'est la nuit, il se raconte, la raison troublée, sans cohérence véritable si ce n'est qu'en égrenant son passé, il se rapproche de sa mort et cela le contente et l'apaise.

Pétri de solitude, il a perdu l'habitude de parler et sa voix chevrote et s'éraille à force de ne plus servir. Car vieillir c'est aussi souffrir d'être de plus en plus seul et cela est parfois bien plus redoutable que la mort. Finalement, il n'a pas peur de mourir, s'en amuse même, avec provocation et crudité, comme pour déstabiliser le lecteur car selon lui, la solitude, souvent renforcée par la tristesse et la mélancolie, la douleur et l'angoisse rend bien plus malade et c'est une véritable injustice que de devoir survivre à celui qu'on aime et que de devoir supporter son souvenir le temps qu'il reste à vivre. « Ce qui l'envahissait n'était pas la dépression, mais cette malédiction afférente à la vieillesse ; ce n'était ni la nostalgie, ni les regrets, mais simplement la mélancolie sous sa forme la plus pure […] Cette forme se déversait sur lui pour l'inonder. »

 Entre poésie et philosophie, grâce une écriture resserrée, une précision des mots, un sens épuré de la description, Gudbergur Bergsson délivre une vision de la vieillesse, certes expurgée de tout sentimentalisme mais  imprégnée d'une émotion profonde, très belle qui n'est pas sans rappeler le film de Mikael Haneke, « Amour ». « Nous devînmes dépendants l'un de l'autre. Je savais que je ne me débarrasserais d'elle qu'à ma mort ou à la sienne. Après avoir compris que c'est dans le malheur qu'on est le plus unis. »



samedi 25 mai 2013

Un locataire de Svava Jakobsdóttir aux Editions Tusitala, traduction : Catherine Eyjólfsson



Un peu trop pris ces derniers temps, j'ai oublié de signaler ici la parution aux Editions Tusitala du livre Un locataire de Svava Jakobsdóttir dans la traduction de Catherine Eyjólfsson. L'auteur, la traductrice et ce nouvel éditeur méritent toute l'attention. Bonne chance à cette maison d'édition naissante (et à Mikaël)!
  
Editions Tusitala, Svava Jakobsdottir


jeudi 23 mai 2013

Deux critiques sous la plume de Léon-Marc Lévy sur le site La cause littéraire



A lire, ces deux belles critiques sous la plume de Léon-Marc Lévy.

La première parle de Deuil de Gudbergur Bergsson, publié aux éditions Métailié :

Deuil, Gudbergur Bergsson

La seconde traite d'Etranges rivages, d'Arnaldur Indridason, également publié aux éditions Métailié :

Etranges rivages, Arnaldur Indridason

Et une autre critique, tout aussi belle, de Michel Abescat dans Télérama. Cela date un peu, mais j'ai dû négliger mon blog pour me consacrer à une foule d'autres activités...

Etranges rivages, critique de Michel Abescat



samedi 27 avril 2013

Deuil, Gudbergur Bergsson


A lire... Si ce n'est déjà fait, un livre grave, âpre et nécessaire. Eric Chevillard en parle dans le Monde des livres du 21 mars 2013, il suffit pour le lire de suivre le lien que voici. Je suis en retard pour le signaler, mais je traduisais à un rythme frénétique. Et maintenant, rédaction de fiches de lecture, relectures, lectures multiples, préparation d'une communication qui s'inscrira dans le cadre d'un colloque organisé par la fondation Vigdís Finnbógadóttir en l'honneur de Guðbergur Bergsson. Le titre de mon intervention sera : Rithöfundar og þýðendur : Furðufuglar af sömu sauðahúsi ? / Ecrivains et traducteurs : Oiseaux rares de même pelage ? 

En entre temps, quelques pages de traduction du prochain Indridason, à paraître en février aux Editions Métailié. 


Voici ce que j'avais écrit à propos du livre avant de le traduire, merci à Anne-Marie Métailié d'avoir relevé le pari ! 


"Un vieil homme attend que l’eau entre en ébullition dans sa bouilloire électrique tandis qu’allongé dans son lit, il vient de retirer ses boules Quiès et remonte le fil de son existence. Plongé dans une profonde méditation sur l’essence de la vie, son caractère fugace et sur les événements qui ont marqué la sienne, il se laisse porter par les associations d’idées et les souvenirs épars reviennent à la surface de sa mémoire, par vagues. L’ensemble de la narration est construit sur le mode alterné du monologue intérieur et du récit à la troisième personne. En réalité, l’homme allongé dans le lit, entre le sommeil et la veille, avoue qu’il n’attend rien du tout : il a perdu sa femme et sa jeunesse, il se contente de s’accrocher à la vie alors qu’il n’a plus rien à en espérer et que tout simplement, il ne désire plus la poursuivre, victime de la vieillesse qu’il considère comme une malédiction : l’auteur dédie d’ailleurs le livre à la génération de l’éternelle jeunesse.

L’eau qui va bientôt bouillir est le seul lien qui l’unit à la réalité extérieure, c’est l’attente de cette ébullition qui ponctue le livre. Elle est aussi le symbole de cette vie qui s’échappe lentement de lui, de ce passé qui se vaporise et s’enfuit, se voit réduit à néant par le temps, la vieillesse souvent oublieuse et son corollaire, la mort. Au fil de l’histoire, le lecteur apprend que l’épouse du narrateur est récemment décédée. Elle a voulu être incinérée et son mari conserve les cendres dans son salon. Il lui avait promis un voyage en bateau jusqu’aux îles Féroé alors, chaque matin, il mélange une cuiller de ses cendres à son thé ou à son café avant de le boire, ainsi, même défunte, elle l’accompagnera – presque physiquement – dans ce voyage. Accomplit-il là un ultime acte d’amour ? Pas vraiment : certes, il avoue qu’il aime sa femme, il l’a aimée jusqu’à sa mort, il a aimé jusqu’à son cadavre, mais les souvenirs qu’il expose soulignent combien leur cohabitation était difficile, surtout vers la fin de sa vie, vie qu’il avait d’ailleurs envisagé d’abréger, autant par altruisme, pour la soulager de la déchéance due à la maladie, que par égoïsme, pour retrouver son indépendance et sa liberté. Mais quelle liberté ? Elle semble ici n’exister que bien peu : le couple et l’ensemble des relations humaines sont vues comme des jeux de pouvoir où chacun tente d’opprimer l’autre. La vie commune demande bien des compromis, lesquels, du point de vue du narrateur, égalent compromissions. Compromissions et pièges dans lesquels, est-il noté quelque part, l’être humain s’engage à la fois de gré et de force.

A la fin de ce livre sans concessions sur la vieillesse, la déchéance physique ou mentale qu’elle entraîne, et sur les relations entre les êtres, le lecteur est presque perdu, pris de vertige entre les couches temporelles, entre les époques qui se superposent : l’homme allongé dans le lit est-il vivant, n’assiste-t-on pas à son trépas en temps réel ? A moins qu’il ne soit l’un de ces morts qui ne sont pas encore partis dans l’au-delà et refusent de quitter la terre des vivants ? Peut-être n’est-ce pas vraiment la question, les interrogations que soulève l’œuvre sont plus vastes : que reste-t-il de nous, en fin de compte, puisque toute chose passe et s’efface, que reste-il de ce que nous avons été, de ce que nous avons accompli ? Peut-on jamais considérer avoir accompli quelque chose une fois qu’on se retrouve plongé dans la solitude, exclu du monde pour cause d’âge trop avancé ? Les réponses qu’apporte Guðbergur sont assez terribles : nous naccomplissons que peu de chose, il ne reste de nous en fin de compte quun presque rien, mais ce presque rien est important, capital et sa disparition génère un vertige qu’il exprime en 120 pages denses de mots magnifiques et simples, une histoire ponctuée de réflexions philosophiques et de fulgurances poétiques. Un très beau texte, crépusculaire." © Eric Boury / Editions Métailié.